Après la « fatigue pandémique », le Québec est frappé de plein fouet par la « fatigue vaccinale ». Même si la majorité des Québécois disent vouloir recevoir une autre dose de vaccin en vue de la saison froide, peu d’entre eux concrétisent la chose. Au point que la couverture vaccinale recule dans la province.

Publié le 22 septembre
Vincent Larin
Vincent Larin La Presse

En cause, le grand nombre de doses et la fréquence à laquelle il faut recevoir ses vaccins afin de rester à jour, estime Ève Dubé, titulaire de la Chaire de recherche IRSC en santé publique appliquée sur l’anthropologie des enjeux de la vaccination, INSPQ – Université Laval.

« C’est inédit, la campagne [de vaccination] que l’on vit. Tous les adultes, deux doses pour la série primaire, trois doses pour certains groupes, ensuite des doses additionnelles recommandées régulièrement, c’est un contexte particulier », explique-t-elle.

Selon un sondage mené par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) dont les résultats ont été publiés mardi, pas moins de 68 % des Québécois disent avoir l’intention de « recevoir une autre dose de vaccin ».

Malgré leurs bonnes intentions, les chiffres de la Santé publique tracent un portrait bien différent. La cadence de la campagne de vaccination stagne depuis des semaines, voire des mois : le Québec administre en moyenne 19 000 doses par jour.

Ce rythme est insuffisant pour maintenir la couverture vaccinale. En tenant compte du fait que la Santé publique recommande de se faire vacciner cinq mois après sa dose précédente, seulement 21,1 % des Québécois ont leur vaccination à jour.

« Il faut que ce soit facile »

Loin d’aider, la diminution de la couverture médiatique et des messages gouvernementaux ainsi que la réduction des ressources consacrées à la vaccination nuisent à l’objectif de Québec de vacciner le plus de personnes possible en vue de la saison froide, estime Ève Dubé.

« Quand on est favorable, mais plus ou moins motivé, il faut que ce soit facile [de se faire vacciner]. Si on se promène avec un vaccinobus et qu’on peut se faire vacciner au café du coin, ça peut aider à passer à l’action », explique-t-elle.

« Au début de la campagne, les gens étaient très motivés, avaient hâte de se faire vacciner pour se sentir en sécurité, mais là, on n’est plus dans cet état d’esprit. […] Donc il faut que ce soit très, très facile », ajoute l’experte.

Parmi les solutions qui pourraient être envisagées pour augmenter la couverture vaccinale au Québec, Ève Dubé propose d’élargir l’accès aux vaccins en offrant des cliniques sans rendez-vous dans des lieux très fréquentés, comme les centres commerciaux, et de rappeler constamment l’importance du geste, particulièrement par les professionnels de la santé.

Les parents réticents

Les parents de jeunes enfants ne sont pas épargnés par la « fatigue vaccinale ». En s’attardant aux chiffres fournis par l’INSPQ, on remarque une grande disparité entre ceux dont la progéniture est âgée de 6 mois à 4 ans et ceux dont l’âge des enfants varie de 5 à 11 ans.

Ainsi, 59 % des parents d’un enfant âgé de 6 mois à 4 ans non vacciné disent ne « pas avoir l’intention » de l’amener recevoir sa dose. Lorsqu’on interroge ceux d’enfants âgées de 5 à 11 ans, cette proportion tombe à 25 % seulement.

Ce phénomène pourrait s’expliquer par le fait que le vaccin pour les tout-petits a finalement été rendu disponible cet été, au moment où la COVID-19 n’était plus sur le radar de bien des familles. « Pour les 0-5 ans, c’est un vaccin offert, mais pas fortement recommandé », ajoute Mme Dubé, en rappelant qu’il a somme toute été peu publicisé.

Avec Pierre-André Normadin, La Presse

20 hospitalisations de plus, 10 morts

Le Québec rapporte mercredi une hausse de 20 hospitalisations et 10 nouveaux morts liés à la COVID-19, mais la propagation demeure stable. Ces nouveaux décès portent la moyenne quotidienne calculée sur sept jours à 11. La tendance est ainsi stable sur une semaine. Les 1540 personnes hospitalisées actuellement représentent aussi une tendance stable sur une semaine. Aux soins intensifs, les 37 patients représentent une baisse de 8 % sur une semaine.