Champion de la deuxième dose du vaccin contre la COVID-19, le Canada est le deuxième pays parmi les pires du G7 – après les États-Unis – pour le taux de vaccination de la troisième dose.

Publié le 19 mai
Vincent Brousseau-Pouliot
Vincent Brousseau-Pouliot La Presse

Seulement 54,3 % des Canadiens ont reçu leur troisième dose. Le Canada est loin devant les États-Unis (30,8 %) et légèrement derrière le Japon (56,3 %) et la France (56,3 %). La moyenne des pays du G7 est de 55,4 % (chiffres de OurWorldinData en date du 15 mai).

La troisième dose augmente de façon importante la protection du vaccin face à Omicron. « La différence est énorme avec Omicron. Tout le monde a besoin de la troisième dose », dit l’immunologiste André Veillette, professeur à l’Université de Montréal.

Pourquoi le Canada est-il en retard ?

La campagne de vaccination pour les deux premières doses a été un succès au Canada. Pour la troisième dose, le Canada a toujours été, depuis l’automne 2021, parmi les trois pires pays du G7 en matière de taux de vaccination.

Le Canada et le Québec ont commencé plus tard à offrir la troisième dose. Pourquoi ne parvient-on pas à rattraper notre retard ? La fatigue pandémique et des messages gouvernementaux moins efficaces que pour les deux premières doses expliquent la situation, selon des experts consultés par La Presse.

« Le gouvernement [du Québec] a un peu abandonné [pour la troisième dose], dit l’immunologiste André Veillette. On a commencé en retard et il y a eu une perte d’engouement. »

Le gouvernement a aussi fait trop de promesses avec les deux premières doses, en disant qu’une fois à 85 % de gens vaccinés à deux doses, ça allait tout régler et qu’on allait pouvoir enlever toutes les mesures. Certaines personnes en ont pris note. Il n’y a pas le même engouement pour aller chercher la troisième dose.

André Veillette, immunologiste et professeur à l’Université de Montréal

« Il aurait pu y avoir un meilleur message gouvernemental sur la dose de rappel », dit le virologue Benoit Barbeau, professeur à l’UQAM. Il y a aussi la fatigue pandémique. « Tout le monde considère que la pandémie est derrière nous et que la dose de rappel n’est pas importante, alors que ce n’est pas le cas », dit M. Barbeau.

Le Québec reste toutefois en avance sur l’Ontario en matière de taux de vaccination de la troisième dose, avec un taux de vaccination de 51,5 % sur sa population totale, contre 49,1 % pour l’Ontario en date du 15 mai1. Le taux de troisième dose est beaucoup plus faible en Alberta, à 37,6 %.

Attention aux comparaisons, dit Québec

Le gouvernement Legault estime qu’il faut apporter des « nuances importantes » avec les comparaisons internationales parce que plus de 3 millions de Québécois ont attrapé la COVID-19 durant la cinquième vague (selon les estimations de la Santé publique) et que Québec recommande d’attendre trois mois après une infection à la COVID-19 avant d’aller chercher sa troisième dose.

C’est exact – sauf que le même phénomène a touché tous les pays du G7 sensiblement de la même façon. Et pour beaucoup de Québécois ayant attrapé la COVID-19 au cours de l’hiver, ce délai de trois mois est terminé. Et pourtant, le Québec a administré en moyenne seulement 1400 troisièmes doses par jour durant la dernière semaine.

La troisième dose sera-t-elle plus populaire à l’été ? Comme la situation épidémiologique s’améliore et que les restrictions sanitaires sont pour la plupart tombées, l’épidémiologiste Benoît Mâsse en doute. Il anticipe que la troisième dose deviendra plus populaire au début de l’automne, à l’approche d’une nouvelle vague. « À l’automne, il faudra repartir la machine et reconvaincre les Québécois », dit M. Mâsse, professeur à l’Université de Montréal.

Au Québec, le taux de vaccination pour la troisième dose est de 51 % dans la population générale, 62 % chez les 18 ans et plus, 34 % chez les 18-29 ans, 41 % chez les 30-39 ans, 54 % chez 40-49 ans, 68 % chez les 50-59 ans, 85 % chez les 60-69 ans et 91 % chez les 70 ans et plus, selon les chiffres de l’INSPQ en date du 11 mai.

1. La troisième dose n’est pas offerte au Québec à la grande majorité des moins de 12 ans. Nous avons calculé le taux de vaccination sur toute la population générale, car c’est le dénominateur commun pour les comparaisons internationales par le site OurWorldinData.

Réactions d’Ottawa et de Québec

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Jean-Yves Duclos, ministre fédéral de la Santé

La vaccination demeure le meilleur moyen de se protéger contre la COVID-19. […] Qu’on le veuille ou non, la pandémie n’est pas terminée et le virus continue de circuler dans nos communautés. Nous ne sommes d’ailleurs pas à l’abri de nouveaux variants et de nouvelles vagues. […] Nous encourageons tous les Canadiens qui y sont [admissibles] et qui ne l’ont pas encore fait à recevoir leur dose de rappel dès que possible.

Cabinet du ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec

Le Québec est l’une des juridictions au monde où la population est la plus vaccinée. […] Pour la troisième dose, 87 % des 60 ans et plus ont reçu leur dose de rappel. Comme ce sont les plus vulnérables à la COVID et qui présentent des risques de complications et d’hospitalisations plus élevés, et que ce sont les personnes que nous avons davantage ciblées, c’est une excellente nouvelle.

Cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Christian Dubé