Si la Chine abandonne son approche « zéro-COVID-19 », elle pourrait avoir 1,6 million de morts avec une vague Omicron qui produirait 15 fois plus d’hospitalisations qu’il n’y a de lits d’hôpital.

Publié le 11 mai
Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

Cette conclusion d’une nouvelle étude sino-américaine survient alors que les villes de Pékin et de Shanghai sont paralysées et que le grand patron de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Ghebreyesus, encourage la Chine à changer de stratégie face à la pandémie. « Quand nous parlons de stratégie zéro COVID-19, nous ne pensons pas que c’est soutenable, considérant le comportement du virus à l’heure actuelle et celui que nous prévoyons dans le futur […]. Passer à une stratégie différente est très important », a déclaré M. Ghebreyesus en point de presse à Genève, selon l’Agence France-Presse.

La nouvelle étude, publiée mardi dans la revue Nature Medicine, a modélisé ce qui se passerait en Chine si les mesures draconiennes de quarantaine de toute la population des villes touchées étaient abandonnées au profit de mesures semblables à ce que le Québec avait au début du printemps, comme le port du masque et la limitation des grands rassemblements.

PHOTO ANDY WONG, ASSOCIATED PRESS

Préposé au nettoyage dans les rues de Pékin

« Il y a déjà eu un demi-million d’infections à l’Omicron, à 93 % à Shanghai », explique l’un des auteurs de l’étude, Marco Ajelli, de l’Université de l’Indiana. « Nos chiffres montrent que sans l’isolement très sévère de villes entières, il y aurait plus de 110 millions d’infections à l’Omicron cette année en Chine. »

M. Ajelli est le seul auteur non chinois, mais ses coauteurs l’ont désigné pour les entrevues avec les médias ne parlant pas le mandarin. Il collabore avec ces chercheurs chinois depuis le début de la pandémie, ayant fait beaucoup de comparaisons entre la Chine et l’Italie, l’un des pays européens les plus touchés lors de la première vague de la pandémie.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER DE MARCO AJELLI

Marco Ajelli, coauteur de l’étude

Le problème, c’est que le taux de vaccination est beaucoup plus bas dans l’empire du Milieu que dans les pays occidentaux. C’est particulièrement vrai chez les personnes âgées, et Shanghaï a un taux de vaccination encore plus bas que la moyenne nationale. Moins d’un aîné sur trois à Shanghaï a eu une dose de rappel, et seulement 40 % en totalité en Chine.

Pourquoi le gouvernement chinois ne rend-il pas la vaccination obligatoire ? Après tout, la coercition ne semble pas lui faire peur. « Avant le variant Omicron, la stratégie chinoise fonctionnait assez bien, dit M. Ajelli. Alors, on a peut-être été moins sévère avec la vaccination. »

Hong Kong est aussi touchée par cette méfiance ou cette indifférence envers la vaccination, même si elle n’est pas soumise à la stratégie zéro-COVID-19 de Pékin. Seulement 40 % des 70-79 ans et 20 % des plus de 80 ans ont une dose de rappel, et en date du 10 mai, moins de 80 000 quatrièmes doses avaient été administrées, 10 fois moins qu’au Québec malgré une population similaire.

L’efficacité des vaccins chinois, moindre que celles des vaccins occidentaux à ARN messager comme ceux de Pfizer et de Moderna, a-t-elle un impact important ? « Il faudrait surtout augmenter le taux de vaccination », dit M. Ajelli.

En savoir plus

  • 79 à 98 %
    Protection contre la mortalité des vaccins chinois anti-COVID-19 avec dose de rappel, observée à Hong Kong
    SOURCE : Nature Medicine
    87 à 98 %
    Protection contre la mortalité des vaccins Moderna et Pfizer avec dose de rappel, observée à Hong Kong
    SOURCE : Nature Medicine