Vous avez 8 % de risques de développer l’affection si vous êtes vacciné, selon de nouvelles données

Publié le 8 mai
Vincent Brousseau-Pouliot
Vincent Brousseau-Pouliot La Presse

Quelle est la probabilité de développer une COVID longue d’au moins un mois ? De 7 % à 9 % chez les personnes adéquatement vaccinées, selon les données du gouvernement du Royaume-Uni publiées vendredi.

Ces premières données sur la COVID longue avec le variant Omicron confirment que : 1) le vaccin diminue grandement (de moitié, selon la Santé publique britannique) le risque de développer une COVID longue ; 2) le variant Omicron, moins virulent, est deux fois moins susceptible de provoquer une COVID longue que les variants précédents.

Avant le vaccin, environ 40 % des patients non hospitalisés qui attrapaient la COVID-19 (souche originale du coronavirus, variants Alpha, Delta) développaient une COVID longue d’au moins trois mois, et 46 % des patients non hospitalisés, une COVID longue d’au moins un mois, selon une étude québécoise effectuée avant la campagne de vaccination⁠1.

Mais le vaccin réduit de beaucoup les risques d’avoir une COVID longue. Au 3 avril dernier, de 7 % à 9 % des adultes britanniques triplement vaccinés avaient une COVID longue d’un à deux mois, selon les données publiées vendredi par l’Office for National Statistics du Royaume-Uni⁠2 (l’équivalent de Statistique Canada). Le pourcentage (taux de prévalence) varie entre 7 % et 9 % selon le variant responsable de l’infection (Delta, Omicron BA.1, Omicron BA.2). Environ 9 % des adultes britanniques avec deux doses de vaccin ont une COVID longue un mois après une infection avec Omicron BA.1.

Une troisième dose de vaccin réduirait d’environ de moitié les risques de faire une COVID longue avec Delta (les risques passeraient de 15,9 % à 8 %), mais elle n’aurait pas d’effet significatif contre la COVID longue avec Omicron BA.1, selon les données britanniques. (Omicron est le variant dominant au Québec et dans beaucoup de pays actuellement.)

« Parmi les adultes triplement vaccinés, nous estimons qu’environ une personne sur 15 infectées par le variant Omicron BA.1 va avoir des symptômes de COVID longue un mois après l’infection. Cette proportion augmenterait à une personne sur 12 infectées par le variant Omicron BA.2 », indique Daniel Ayoubkhani, statisticien principal de l’Office for National Statistics.

Quelques données sur la COVID longue

La COVID longue est la version invalidante de la COVID, qui fait en sorte qu’un ou des symptômes (fatigue, essoufflement, troubles cognitifs, maux de tête, douleurs musculaires, perte de goût ou d’odorat…) durent au moins un mois (définition des États-Unis) ou au moins trois mois (définition de l’Organisation mondiale de la santé) après qu’on a contracté la COVID. Certains patients atteints de la forme la plus grave de COVID longue deviennent carrément invalides : ils ne peuvent plus travailler ni vaquer à leurs activités tant ils sont fatigués ou physiquement atteints.

Au 3 avril, environ 2 % des Britanniques avaient la COVID longue depuis au moins trois mois. Il s’agit de 1,3 million de personnes. Environ 1,8 million de Britanniques avaient la COVID longue depuis au moins un mois (2,8 % de la population), et 0,8 million depuis au moins un an (1,2 % de la population).

Si on applique ce taux de 2 % au Québec, environ 138 000 adultes québécois auraient connu une COVID longue d’au moins trois mois.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec ne dévoile pas le nombre de patients atteints d’une COVID longue.

Un effet « très important », selon la Dre Tam

La COVID longue ne doit pas être prise à la légère, avertissent des experts.

« Nous anticipons qu’elle aura probablement un effet très important [substantial] », a dit la Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada. « Nous sommes toujours en train d’essayer de comprendre la COVID longue. » Le conseil de la Dre Tam ? « Si vous n’attrapez pas la COVID, vous n’attraperez pas la COVID longue », dit-elle.

« Il ne faut pas banaliser la COVID longue, même si c’était pire en début de pandémie quand les gens n’étaient pas vaccinés », explique l’épidémiologiste Gaston De Serres, médecin-chef du groupe scientifique en immunisation de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Même avec les vaccins, il y a des patients qui traînent des symptômes pendant des semaines et des mois.

Gaston De Serres, médecin-chef du groupe scientifique en immunisation de l’INSPQ

Toutes les COVID longues ne sont pas aussi graves. Certaines sont désagréables, comme lorsqu’on perd l’odorat, mais permettent de vivre relativement normalement. À l’opposé, des patients voient leur vie complètement chamboulée. Faire une marche peut leur demander des heures de récupération.

Au Royaume-Uni, 20 % des patients avec la COVID longue (au moins trois mois) estiment que celle-ci a beaucoup réduit leurs activités de tous les jours (forme grave), comparativement à 47 % des patients avec une réduction légère des activités (forme légère) et 33 % des patients sans incidence sur leur qualité de vie (forme très légère).

« On ne veut pas semer la peur, ce n’est pas productif. Mais les gens doivent avoir conscience que les risques de développer des complications avec la COVID longue sont réels, même s’ils diminuent avec la vaccination, les nouveaux variants et l’impact de nouveaux médicaments. Ces risques ne vont pas disparaître, et les conséquences peuvent être graves », affirme la Dre Emilia Falcone, directrice de la Clinique de recherche post-COVID de l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) et infectiologue au CHUM.

Symptômes et causes

Le principal symptôme de la COVID longue : la fatigue, qui touche 50 % des patients atteints de COVID longue depuis au moins trois mois au Royaume-Uni. Viennent ensuite, entre autres, l’essoufflement (34 % des patients), la perte de l’odorat (31 %), les difficultés à se concentrer (25 %), les douleurs musculaires (24 %), la perte du goût (24 %), les maux de tête (22 %), la perte de mémoire/confusion (20 %), les troubles du sommeil (19 %), la toux (17 %) et l’anxiété (17 %).

Peut-on développer une COVID longue lors d’une réinfection à Omicron ? Oui, indique la Dre Falcone, qui a vu des cas dans sa clinique montréalaise.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

La Dre Emilia Falcone, directrice de la Clinique de recherche post-COVID de l’IRCM

Les scientifiques cherchent toujours la cause de la COVID longue. Cinq grandes hypothèses sont avancées.

  1. Dans certains cas, particulièrement chez les patients hospitalisés lors de leur infection ou avec une infection sévère, l’inflammation lors de l’infection entraînerait des dommages à des tissus autour des vaisseaux sanguins et dans différents organes, dont les poumons.
  2. Des particules virales pourraient persister dans le corps et provoquer une inflammation soutenue.
  3. L’infection virale perturberait le système immunitaire et celui-ci s’attaquerait à l’organisme (maladie auto-immune).
  4. Le virus pénétrerait dans l’intestin et perturberait la flore intestinale, entraînant de l’inflammation dans le reste du corps.
  5. Des microcaillots se formant dans les vaisseaux sanguins causeraient des dommages à différents organes, dont les nerfs (ce qui expliquerait certains symptômes neurologiques).

1. L’étude québécoise a été réalisée auprès de 6061 travailleurs de la santé entre juillet 2020 et mai 2021 (environ 95 % des participants à l’étude n’étaient pas vaccinés). Une étude réalisée par l’Université d’Oxford avant la campagne de vaccination arrive à la même conclusion.

2. Les données britanniques sur la COVID longue selon le variant et le statut vaccinal comprennent des cas de premières infections de la mi-mai 2021 à la mi-avril 2022.

En savoir plus

  • 6 %
    Pourcentage des patients atteints de COVID longue au Royaume-Uni (au moins trois mois) qui ont été hospitalisés lors de leur infection à la COVID
    Source : Bureau des statistiques nationales du Royaume-Uni
    Femmes de 35 à 49 ans
    Groupe de personnes les plus susceptibles d’avoir la COVID longue. En effet, les femmes de 35 à 49 ans qui ont déjà des ennuis de santé limitant leurs activités, qui travaillent dans le milieu de la santé, de l’éducation ou des services sociaux et qui vivent dans des quartiers défavorisés.
    Source : Bureau des statistiques nationales du Royaume-Uni