Si les trois quarts des enfants et adolescents ont déjà contracté la COVID-19 aux États-Unis, selon une nouvelle étude parue mardi, le Québec semble avoir nettement « mieux contrôlé » la transmission communautaire chez les jeunes. Dans tous les groupes d’âge, moins d’un sur deux a jusqu’ici été infecté, mais cela pourrait augmenter.

Publié le 27 avril
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« On est loin des 75 % au Québec pour le moment », confirme la Dre Caroline Quach, pédiatre et microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine et professeure à l’Université de Montréal.

Selon les plus récentes données disponibles, datant de la fin de février, seulement 35 % des enfants de 0 à 4 ans ont contracté le virus à Montréal. Chez les 5 à 11 ans, on atteint 46 %, alors que chez les 12 à 17 ans, ça oscille autour de 38 %. À Québec, ces mêmes proportions atteignent respectivement 33 %, 37 % et 37 %.

Aux États-Unis, c’est une tout autre situation. Dans un rapport paru mardi, les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) du gouvernement américain ont d’ailleurs révélé qu’aux États-Unis, en date de février 2022, « environ 75 % des enfants et des adolescents présentaient des preuves sérologiques d’une infection antérieure » à la COVID-19. Du nombre, « environ un tiers » des jeunes l’avaient contractée durant la cinquième ou la sixième vague, soit depuis le mois de décembre 2021.

Plus précisément, si entre décembre 2021 et février 2022, la séroprévalence globale aux États-Unis est passée de 33,5 % à 57,7 % dans la population, elle a bondi de manière encore plus prononcée chez les enfants pendant la même période, passant de 44,2 % à 75,2 % chez les enfants de 0 à 11 ans, indique l’organisme de recherche.

Je pense que ça démontre qu’on a quand même réussi à mieux contrôler la transmission communautaire au Québec qu’ils ont réussi à le faire aux États-Unis. Et c’est probablement ce qui explique qu’eux avaient beaucoup plus d’hospitalisations pédiatriques dans la cinquième vague.

La Dre Caroline Quach, pédiatre et microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine

La Dre Quach reconnaît toutefois qu’il reste une « bonne proportion d’enfants qui peuvent être infectés » pour la première fois au Québec, mais rappelle que la forte majorité d’entre eux s’en sortent sans complications.

Globalement, c’est 58 % de la population américaine générale qui a contracté la COVID-19 depuis le début de la pandémie, en date de février 2022. Selon les CDC, ce pourcentage équivaut à près de 190 millions de personnes aux États-Unis, un nombre bien plus élevé que les 80 millions de cas officiellement recensés, la plupart étant donc non diagnostiqués, asymptomatiques ou non enregistrés auprès des autorités.

Répercussions de la sixième vague

Avec la combinaison de la saison de la grippe, de celle des traumas et de la COVID-19, les urgences pédiatriques de Montréal restent malgré tout très sollicitées ces temps-ci. La semaine dernière, La Presse a rapporté qu’entre 300 et 340 patients par jour entraient aux urgences du CHU Sainte-Justine, un chiffre plus élevé qu’en temps normal.

De surcroît, l’ancienne présidente du Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) ne se berce pas d’illusions : les chiffres de prévalence chez les jeunes risquent d’augmenter dans les prochaines études sérologiques qui paraîtront dans les semaines à venir, et qui prendront en compte la sixième vague propulsée par le variant BA.2.

« La sixième vague est arrivée au moment où on avait relâché les mesures, donc c’est sûr que la transmission a été plus importante », dit la Dre Quach.

À savoir ce que ça va donner comme séroprévalence, on l’ignore encore. Je ne pense pas qu’on atteigne 75 % comme les États-Unis, mais on va avoir certainement monté, peut-être autour de 60 %.

La Dre Caroline Quach, pédiatre et microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine

Chez Héma-Québec, le directeur des relations publiques, Laurent Paul Ménard, confirme qu’une quatrième étude sérologique sur la population québécoise adulte est en cours. « Ça devrait être publié prochainement. On parle de jours, peut-être de semaines, avant que ce ne soit prêt », assure-t-il, soulignant qu’une distinction devrait être établie entre l’immunité acquise par la vaccination et celle acquise par une infection à la COVID-19. Le « même genre d’étude » est aussi en cours de réalisation au CHU Sainte-Justine, mais chez les personnes âgées de 0 à 18 ans, indique la Dre Quach.

Au Québec, durant les trois premières vagues, les jeunes ont eu tendance à afficher moins de cas que les autres groupes d’âge. Cela dit, leur taux d’infection a grandement augmenté l’automne dernier, pour atteindre un sommet avec l’arrivée d’Omicron. De septembre à décembre, les 0 à 9 ans affichaient le taux d’infection le plus élevé.