(Ottawa) L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a rejeté le vaccin de Medicago, selon la pharmaceutique québécoise. La décision serait attribuable à ses liens avec le cigarettier Philip Morris, un actionnaire minoritaire, ce qui pousse Ottawa à évoquer un changement dans l’actionnariat de l’entreprise.

Mis à jour le 25 mars
Michel Saba La Presse Canadienne

« Officiellement, l’OMS a confirmé à Medicago sa décision, mais n’a pas encore transmis la lettre officielle expliquant sa décision », a indiqué à La Presse Canadienne une firme de relations publiques embauchée par l’entreprise.

Il s’agirait d’une « décision préliminaire », a-t-on précisé.

Medicago dit comprendre « par leurs déclarations récentes » que la décision serait attribuable à ses liens avec l’industrie du tabac « et que ça n’a rien à voir avec l’efficacité ou la qualité du vaccin », a ajouté un porte-parole.

Le vaccin Covifenz de la société Medicago, établie à Québec, a été homologué par Santé Canada le mois dernier pour les adultes de 18 à 64 ans. Il est le seul vaccin contre la COVID-19 fabriqué au Canada.

Le Canada a signé un contrat pour acheter jusqu’à 76 millions de doses du Covifenz, mais sa stratégie vaccinale repose désormais uniquement sur les vaccins à ARNm de Pfizer-BioNTech et de Moderna.

Le Canada avait prévu de faire don de toute dose excédentaire de vaccin aux pays à faible revenu par l’intermédiaire de COVAX.

Puisque l’OMS a refusé la demande de Medicago, le Canada ne pourra pas donner des doses de Covifenz à l’alliance de partage de vaccins COVAX.

Changement dans l’actionnariat ?

Questionné avant la période des questions vendredi, le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, a évoqué l’idée qu’un changement dans l’actionnariat de Medicago pourrait constituer une solution.

« Ça serait à la compagnie évidemment de décider, a-t-il lâché. L’actionnariat de ces grands groupes-là, ça varie souvent avec le temps. Si vous regardez même l’évolution de Medicago, ça a évolué avec les années. Moi, je pense que ça va évoluer encore. »

Quant à l’enjeu éthique, le ministre a dit qu’il « il y avait quelque chose qui était bizarre de voir le type de capital ou d’actionnaire dans cette société-là ».

Medicago dit pour sa part qu’elle poursuivra ses « discussions sur les prochaines étapes avec ses partenaires et investisseurs » lorsqu’elle aura reçu la lettre officielle de l’OMS et le « rationnel de cette décision ».

Selon Medicago, Mitsubishi Tanabe Pharma est actionnaire à 79 %. Philip Morris International possède la balance des parts, soit 21 %.

Dans un courriel à La Presse Canadienne, l’OMS indique que l’évaluation du vaccin de Medicago est « suspendue » en lien avec les « investissements de l’industrie du tabac ».

« Medicago a été informé de cette décision et a été informé des politiques de l’OMS sur le tabac », écrit l’organisation.

L’OMS réitère avoir une « politique stricte » de garder ses distances avec des entreprises qui font la promotion du tabac.

Ottawa ne baisse pas les bras

Le ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos, a expliqué que le gouvernement fédéral travaille avec la pharmaceutique et l’OMS « pour s’assurer qu’on puisse aller au-delà de cette décision qui repose sur un usage d’urgence du vaccin et sur des raisons reliées à la structure corporative de la compagnie ».

« Il y a d’autres avenues que nous pouvons utiliser pour nous assurer d’aller dans la bonne direction », a-t-il dit en anglais, sans plus de détails.

Le ministre a évité deux fois plutôt qu’une de dire s’il y a des discussions au gouvernement pour tenter de conclure des ententes directement avec d’autres gouvernements.

Il y a une semaine, l’OMS avait annoncé que la demande déposée par Medicago pour obtenir une licence d’utilisation d’urgence du Covifenz avait été suspendue et serait probablement refusée.

COVAX ne peut utiliser que des vaccins pour lesquels l’OMS a accordé une licence d’utilisation d’urgence, de sorte qu’un rejet de Medicago pourrait limiter les pays dans le monde où le vaccin peut être utilisé.