Faut-il relancer le dépistage de la COVID-19 au Québec ? Au moment où la baisse des morts et des hospitalisations liées au virus semble se stabiliser dans la province, des experts appellent le gouvernement à se donner « une heure plus juste » de la situation.

Publié le 8 mars
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse
Pierre-André Normandin
Pierre-André Normandin La Presse

La vague Omicron a poussé Québec à restreindre l’accès aux tests de dépistage PCR. Depuis le début de l’année, ceux-ci sont réservés à certains groupes jugés prioritaires. Le nombre de tests effectués est ainsi passé de 52 000 par jour à un peu moins de 14 000 actuellement. Il faut remonter au printemps 2020, soit au début de la pandémie, pour voir aussi peu de tests.

« Si on assouplit les mesures, on pourrait au moins se permettre d’augmenter un peu la fréquence de tests, ne serait-ce que pour avoir un diagnostic plus précis, une meilleure image de la situation », lance le virologue Benoît Barbeau, professeur au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Bien que le nombre de tests soit en recul, le taux de positivité reste élevé. Pas moins de 8,2 % des tests continuent à être positifs, au-delà du seuil de 5 % recommandé par l’Organisation mondiale de la santé.

Cela fait trois mois que le taux de positivité est aussi élevé, du jamais-vu depuis le début de la pandémie.

Le faible nombre de tests rend difficile de prévoir les changements dans la pandémie. Actuellement, par exemple, le nombre de cas continue à décliner, alors que les hospitalisations et les décès se stabilisent. Depuis une semaine, le Québec affiche en moyenne 16 morts par jour. Un plateau semble ainsi s’être installé après une forte baisse observée depuis la fin de janvier. Les admissions à l’hôpital aussi se sont stabilisées à environ 80 par jour. Globalement, le nombre de personnes hospitalisées continue à diminuer parce que les sorties demeurent plus élevées, à 108 par jour en moyenne.

Aux soins intensifs, le Québec enregistre 10 admissions par jour en moyenne depuis une semaine. Le nombre de patients a aussi diminué, parce que les sorties demeurent légèrement plus élevées, à 12 par jour. Pourtant, le nombre de cas affiche une tendance baissière continue. On recense ainsi 1100 nouveaux cas par jour, en baisse de 17 % sur une semaine. Jusqu’à récemment, le nombre de cas permettait d’anticiper la tendance des hospitalisations une semaine plus tard, puis les décès deux semaines plus tard.

Selon M. Barbeau, demander à toute personne symptomatique de se faire tester serait « raisonnable » dans le contexte. Pour l’heure, Québec n’autorise que certaines personnes symptomatiques à se faire tester, notamment les gens de 70 ans et plus, les travailleurs essentiels ou encore les malades chroniques. Les travailleurs de la santé, les sans-abri, les Autochtones ou les individus vivant en région isolée sont aussi autorisés à faire un test de dépistage, mais la population générale n’y a pas accès, même en cas de symptômes.

L’incidence des eaux usées

À l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM), le DAndré Veillette rappelle que la relance du dépistage est une « option à considérer », mais que l’analyse des eaux usées – que Québec envisage de redémarrer – semble encore plus prometteuse.

C’est une bonne mesure qu’on voit déjà ailleurs, d’autant plus qu’on peut aussi séquencer les virus qu’on y retrouve. Ça peut donc aussi nous renseigner sur la présence des différents variants.

Le Dr André Veillette, de l’IRCM, au sujet de l’analyse des eaux usées

« Ça pourrait être tout autant utile que le dépistage si on fait ça dans différentes régions et, surtout, plus simple que de se remettre à tester tout le monde », ajoute le Dr Veillette à ce sujet.

Depuis quelques jours, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) dit de son côté « travailler sur un projet d’évaluation des eaux usées ». L’initiative est menée de concert avec l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui a déjà conclu dans les derniers mois que cette méthode pourrait s’avérer « utile » dans le contexte actuel.

« Ce projet pourra s’ajouter aux différents outils existants de [monitorage] de la COVID », indique le porte-parole du Ministère, Robert Maranda, à ce sujet, précisant que Québec travaille aussi à « déployer de nouveaux indicateurs, afin d’avoir un portrait le plus précis possible de la situation ».

Il rappelle toutefois, comme l’avait prévenu l’INSPQ en janvier dernier dans un rapport, que l’analyse des eaux usées est un domaine de recherche relativement jeune. Davantage d’études sont donc nécessaires pour « soutenir sa mise en œuvre », affirme le gouvernement. « Pour l’instant, le projet étant à ses débuts, il n’est pas possible d’en tirer des conclusions. Il est aussi trop tôt pour confirmer comment cette détection pourrait se faire », explique d’ailleurs M. Maranda.

« Ce qui est certain, c’est qu’il faut vraiment avoir une meilleure idée générale du nombre de cas, à savoir s’ils sont stables, s’ils augmentent, s’ils diminuent. C’est ce qui va nous permettre de prévoir une hausse des hospitalisations », ajoute de son côté le DAndré Veillette.

Décès

Les deux tiers des décès rapportés depuis deux semaines sont survenus chez des personnes qui vivaient à domicile au moment de contracter la COVID-19.

Source : ministère de la Santé et des Services sociaux