Le Québec dispose encore de 4,4 millions de doses de vaccin contre la COVID-19 au moment où la campagne de vaccination montre d’importants signes d’essoufflement. Si ces provisions peuvent sembler astronomiques, elles pourraient toutefois s’avérer utiles dans les prochains mois.

Publié le 11 février
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse
Pierre-André Normandin
Pierre-André Normandin La Presse

« La réalité, c’est qu’on ne sait pas vraiment ce qui va arriver. Peut-être qu’on aura une autre vague éventuellement, et que tous ces gens qui ne tiennent pas à se faire vacciner en ce moment vont soudainement courir pour le faire. L’engouement peut aussi reprendre si le passeport vaccinal passe à trois doses », lance le DAndré Veillette, chercheur à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM).

Selon des chiffres colligés par La Presse, basés sur des données de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et de Santé Canada, le Québec dispose en effet d’une réserve d’environ 4,4 millions de vaccins actuellement. De ce nombre, plus de 1,6 million de doses sont de Pfizer, environ 695 000 de Pfizer « pédiatrique », plus de 2 millions de Moderna et tout juste 44 000 d’AstraZeneca, qui n’est presque plus utilisé dans la province.

D’après le professeur et chercheur spécialisé en immunologie et en virologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) Alain Lamarre, tout est une question de perspective. « Oui, 4,4 millions, c’est beaucoup. Et avec l’essoufflement évident de la campagne, je ne vois pas comment on va écouler ça dans le moment. Mais on n’est pas à l’abri d’une remontée. Il ne faudrait pas se faire prendre avec une éventuelle sixième vague sans être prêts », juge-t-il aussi.

Personne n’avait vu venir Omicron. Et on était bien contents d’avoir les vaccins. La gestion d’une telle réserve n’est pas simple, mais elle est nécessaire.

Alain Lamarre, spécialiste en immunologie à l’INRS

Au Québec comme ailleurs, l’enjeu principal derrière ces provisions reste toutefois la validité des vaccins à plus long terme, ceux-ci ayant en pratique une « date de péremption ». « Il faudra surveiller ça de près, mais en même temps, on sait que ces dates ont été établies de façon très conservatrice. Dans la réalité, les vaccins ARN sont censés être bons pendant quelques années. On ne sera pas obligés de s’en débarrasser demain matin », dit M. Veillette.

Relancer la machine ?

Pour l’heure, le rythme de la campagne de vaccination montre toujours de forts signes d’essoufflement au Québec. Mercredi, à peine 31 770 doses ont été administrées, auxquelles s’ajoutent tout de même 977 vaccins donnés avant le 9 février qui n’avaient pas encore été officiellement comptabilisés. Globalement, 86,3 % des Québécois ont une dose, 81,2 % en ont deux et 45,8 % ont trois doses.

Jeudi, le cabinet du ministre de la Santé, Christian Dubé, a rappelé que « beaucoup de Québécois » – au moins 2 millions d’entre eux depuis le début de la cinquième vague, selon les estimations de la Santé publique –, « ont attrapé la COVID-19 dans le temps des Fêtes et attendent leurs 8 à 12 semaines pour aller chercher leur dose ».

« Nous ne voulons certainement pas que la capacité de vaccination perde du rythme, alors que la demande pourrait remonter ou encore que les directives de la Santé publique pourraient évoluer à tout moment, comme nous l’avons vécu en décembre dernier. Nous allons continuer de nous ajuster », a indiqué l’attachée de presse Marjaurie Côté-Boileau.

Parlant d’un « moment charnière de la vaccination », Québec confirme avoir « beaucoup plus d’offres que de demande à ce stade-ci » et dit « redéployer » des ressources « vers d’autres tâches plus ciblées, notamment pour la vaccination dans les écoles ». « Les gens qui sont mobilisés dans les centres de vaccination sont majoritairement embauchés via la plateforme Je contribue. Depuis le début de l’opération de vaccination, on fait tout pour que les infirmières soient dans les hôpitaux et les milieux de vie », conclut Mme Côté-Boileau.

L’enseignante à l’École de santé publique de Montréal (ESPUM) Roxane Borgès Da Silva appelle le gouvernement à « relancer des campagnes de communication positives pour encourager les gens à aller chercher leur troisième dose ». « La clé de la sortie de crise passe par une couverture plus large avec la dose de rappel. Qu’on utilise nos artistes, nos influenceurs, pour faire passer le message », lance-t-elle.