Le gouvernement du Québec jongle avec une lassitude croissante de la population face aux mesures sanitaires, selon certains experts. Assez pour offrir des assouplissements un peu plus vite que la prudence le suggérerait.

Publié le 7 février
Lila Dussault
Lila Dussault La Presse

Le gouvernement du Québec pourrait annoncer mardi de nouveaux assouplissements, à temps pour le Super Bowl, rapportait Le Journal de Montréal lundi soir. Notamment, le nombre de personnes autorisées dans les rassemblements privés pourrait revenir à 10 personnes, comme c’était le cas avant Noël.

« On sent que la population québécoise n’en peut plus, explique Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Et c’est correct. Mais on demeure très fragiles et fortement menacés par la vulnérabilité hospitalière. Il faut trouver un certain équilibre. »

Un avis partagé par Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’Université de Montréal. « Je pense qu’autant du côté de la Santé publique que de François Legault, ils aimeraient mieux être prudents, estime-t-il. Mais ils reconnaissent que les gens vont se rencontrer pareil [pour le Super Bowl], parce qu’il n’y a pas beaucoup d’écoute [de la part de la population]. »

Besoin de souffler

Selon l’expert, le fait qu’une grande partie de la population a été infectée au variant Omicron ou a reçu sa dose de rappel a un rôle à jouer dans cette diminution de l’adhésion aux mesures sanitaires. « Les Québécois se disent qu’ils sont pas mal bien protégés », résume-t-il.

Les gens ont besoin de souffler et de voir du monde, renchérit Roxane Borgès Da Silva.

Le gouvernement doit faire des choix qui auront un impact positif sur la santé mentale et les besoins de socialisation, mais pas trop négatif sur le nombre de cas. Des rassemblements de 10 personnes dans les maisons, c’est mieux que 200 personnes dans un bar.

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

L’important, surtout : éviter un mouvement de masse où toute la population cesserait de respecter les mesures sanitaires. « On essaie d’éviter un décrochage généralisé de tous les Québécois, constate Benoît Mâsse. Donc, [le gouvernement et la Santé publique] lèvent le couvercle doucement. »

Pourquoi le Super Bowl plutôt que, disons, un festival de musique ? « J’ai l’impression que le gouvernement travaille plus sur l’impact sur la population que sur la priorisation des secteurs », analyse Roxane Borgès Da Silva. Pour Benoît Masse, le fait que le Super Bowl attire des milliers de téléspectateurs à travers la province peut expliquer la décision. « C’est une reconnaissance du fait que les gens vont se rencontrer de toute façon pour le Super Bowl », affirme-t-il.

Le fait que les Québécois voient le monde se déconfiner n’aide en rien l’adhésion aux mesures en place, selon Roxane Borgès Da Silva. Mais il faut faire attention aux comparaisons internationales, rappelle l’experte : « Le Danemark, la France, l’Angleterre ont une capacité hospitalière bien meilleure que la nôtre, et leur couverture vaccinale de la troisième dose est beaucoup plus élevée que chez nous. »