(Québec) Une association représentant les propriétaires de gyms accuse le gouvernement de les ignorer tandis qu’elle tente d’établir un dialogue afin de trouver une façon d’ouvrir en toute sécurité les centres de conditionnement physique.

Publié le 28 janvier
Stéphane Rolland La Presse Canadienne

« Ce n’est pas juste des réponses qui ne sont pas satisfaisantes, dénonce Gabriel Hardy, porte-parole pour le Québec du Conseil canadien de l’industrie de conditionnement physique (CCICP). C’est vraiment : aucune réponse, aucune écoute, aucun échange. »

M. Hardy dit avoir eu des rencontres avec le gouvernement en novembre 2020 et avoir discuté de l’avenir de l’industrie en temps de pandémie et de possibles solutions. « On voyait bien qu’on ne s’en sortirait pas facilement [de la pandémie]. On avait fait des propositions qui allaient en ce sens-là. On avait plein d’avenues pour aider l’industrie à passer à travers. Aucune de ces propositions n’a été reconnue. »

Le porte-parole du CCICP, qui est aussi le propriétaire du gym Le Chalet à Québec, affirme que le gouvernement fait la sourde oreille depuis. « Malgré le fait qu’on a envoyé des lettres, que nous avons communiqué régulièrement, non seulement avec la santé publique, mais le ministère de l’Économie, le ministère du Travail, le sous-ministère du Sport. »

L’absence d’ouverture serait telle que la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a décidé d’intervenir en adressant une lettre à l’intention du ministre de la Santé, Christian Dubé, pour attirer l’attention du gouvernement. La communication envoyée mardi par courriel n’aurait toujours pas obtenu de réponse, affirme Francis Bérubé, analyste principal des politiques à la FCEI.

Les questions de l’industrie du conditionnement physique sont « légitimes », estime M. Bérubé. Il souligne que les représentants de l’industrie ont mis de l’avant des propositions « innovantes » qui n’auraient pas obtenu de réponses. « Considérant le peu de rétroaction qu’on reçoit à l’heure actuelle, on a jugé approprié de faire une lettre conjointe. »

M. Bérubé constate que les centres de conditionnement physique arrivent entre « deux chaises ». Le secteur touristique, lui aussi ébranlé par la pandémie, peut échanger avec le ministère du Tourisme, donne en exemple l’analyste. « Les centres de conditionnement physique, ça touche un peu tout. Ça touche la santé, ça touche l’économie, ça touche le sport. »

Il n’a pas été possible d’obtenir une réaction au ministère de la Santé, que nous avons joint en avant-midi.

Le premier ministre François Legault a dit mardi que la réouverture des gyms arriverait au cours d’une « troisième étape », soit après la réouverture des restaurants et des salles de spectacles. Aucune date n’a été avancée.

En attendant ce moment, les propriétaires de gyms sont à bout de souffle tandis qu’ils ont été fermés pendant 14 des 22 derniers mois, s’inquiète M. Hardy. Les propriétaires auraient accumulé entre 75 000 $ et 80 000 $ de dettes en moyenne, selon un sondage interne.

Des pistes pour ouvrir

En collaborant avec l’industrie du conditionnement physique, M. Hardy estime qu’il est possible de trouver un compromis satisfaisant pour limiter la propagation du virus et permettre la réouverture.

Il cite en exemple la Colombie-Britannique, où les centres de conditionnement physique sont ouverts depuis le 20 janvier. En collaboration avec l’industrie, le gouvernement a établi des conditions strictes pour permettre leur réouverture. Le passeport vaccinal y est exigé, le port du masque est obligatoire lors des déplacements et pour les entraîneurs. Une distanciation de sept mètres entre les sportifs est également exigée.

La médecin hygiéniste en chef de la Colombie-Britannique, Bonnie Henry, a d’ailleurs remercié le chapitre provincial du CCICP lorsqu’elle a fait l’annonce de la réouverture des gyms. Ces démarches ont permis de rouvrir avec des mesures que « la santé publique connaît et accepte », juge M. Hardy.

Pas si simple

La réouverture des centres de conditionnement physique n’est toutefois pas si simple pour le gouvernement, croit Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM). « Avec un variant plus contagieux, on peut s’attendre à ce qu’il y ait beaucoup plus de risque d’avoir des éclosions dans un gym. »

S’il peut sembler contradictoire de rouvrir les restaurants avant les centres de conditionnement physique, la décision peut se justifier, selon elle. « La contamination se fait par aérosol. Quand on fait du sport, on est essoufflé et on expulse beaucoup plus d’aérosol que lorsqu’on est dans un restaurant assis. »

M. Hardy croit que les experts de la santé publique seraient à même de constater que les centres de conditionnement physique sont des milieux sains s’ils venaient visiter les installations. « Êtes-vous venu visiter nos milieux pour regarder ce que vous voyez comme dangereux ? Elles sont où les statistiques d’éclosion massives dans les gyms comparés aux salles de cinéma ou aux salles de spectacle ? Il n’y a pas d’échange, on ne sait pas sur quoi ils se basent, mais, pour ça, ça prend un dialogue. »