Pour convaincre les 540 000 adultes qui ne sont toujours pas vaccinés contre la COVID-19, Québec implantera à nouveau cet hiver une série de « cliniques éphémères » dans les secteurs moins vaccinés. Des étudiants en médecine et en soins infirmiers participeront à l’opération, qui vise une « approche positive ».

Mis à jour le 24 janvier
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« On va intensifier nos efforts pour avoir des stratégies adaptées dans les quartiers à faible taux de vaccination. On veut aller à la rencontre des gens sur le terrain, leur expliquer les bienfaits de la vaccination, en utilisant une approche positive. […] C’est ce qui avait manqué jusqu’ici, je pense », a affirmé lundi le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant.

Une première « clinique éphémère » verra le jour jeudi dans le CLSC Sainte-Catherine, au coin des rues Saint-Laurent et Sainte-Catherine. Elle sera ouverte tous les jours de 9 h à 17 h, sans rendez-vous. Des dizaines d’autres cliniques de ce genre devraient ouvrir partout au Québec éventuellement, mais la priorité sera d’abord donnée à Montréal.

La mesure, en soi, n’est pas nouvelle : le gouvernement avait déjà mis sur pied des cliniques éphémères de vaccination l’été dernier. « On était alors passé de 1,2 million à 600 000 personnes non vaccinées à peu près. On ajoute de l’intensité à quelque chose qui marchait déjà. Mon but n’est pas de réinventer la roue », a d’ailleurs reconnu M. Carmant à ce sujet. « Les gens hésitants, s’ils voient la clinique, peut-être que le premier jour, ils ne rentreront pas, mais que le lendemain, ils vont aller chercher de l’information. Peut-être que dans deux ou trois jours, ils vont se faire vacciner. »

Une ligne téléphonique sera aussi mise sur pied pour les personnes « souhaitant discuter avec un professionnel de la santé des facteurs contribuant à leur hésitation vaccinale ». Québec admet d’ailleurs avoir accès à l’identité des non-vaccinés, mais ne les contactera pas directement pour l’instant.

« Il n’y a rien de nouveau dans le plan présenté aujourd’hui par le ministre Carmant, pour une raison bien simple : ils se contentent d’augmenter l’intensité d’une approche qui a montré ses limites. C’est trop peu trop tard », a réagi lundi le critique solidaire en Services sociaux, Sol Zanetti.

Des étudiants appelés en renfort

Québec a aussi annoncé la création d’un partenariat avec la Faculté de médecine de l’Université de Montréal (UdeM), afin que des étudiants en médecine et en soins infirmiers « viennent donner un coup de main », soit en tant que vaccinateurs, évaluateurs, téléphonistes ou agents de terrain. Le CIUSSS Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal ouvrira d’ailleurs bientôt une plateforme « Je contribue » au niveau universitaire. « On veut les insérer partout dans la campagne », a promis M. Carmant à ce sujet.

Le ministre s’est fait par ailleurs avare de commentaires sur le nombre de personnes non vaccinées qu’il vise ainsi à rejoindre. « Chaque dose donnée va être un gain. J’ai un chiffre en tête, mais je vais me garder la réserve de ne pas le partager », a-t-il glissé lundi, le sourire aux lèvres, avant d’ajouter : « tous ceux qui peuvent et veulent avoir le vaccin, on va leur donner. »

Selon le directeur général de la gestion exécutive de la pandémie, Daniel Paré, l’opération devrait aussi aider à augmenter le taux de vaccination chez les jeunes de 5 à 11 ans, qui est au ralenti depuis quelques jours. « Nos enfants de 5 à 11 ans ont des parents, et des fois il y a un lien entre les deux, donc effectivement si on peut bien informer les parents, il peut y avoir un effet vraiment positif sur nos enfants », a-t-il convenu, en disant vouloir être surtout « présent » et « accessible ».

Le gouvernement appelle d’ailleurs à éviter les « amalgames », et rappelle que les personnes non vaccinées « ne sont pas toutes contre le vaccin et les mesures sanitaires ». Les communautés vulnérables ou marginalisées, ou encore les personnes manquant d’accès à l’information ou ayant des problèmes de littératie seront d’ailleurs visées.

Pour l’heure, les premières doses administrées chez les adultes continuent à diminuer. Après un sommet de 2400 premières doses par jour atteint il y a une semaine, la province est retombée à moins de 1800 vaccins par jour chez les 18 ans et plus. La vaccination chez les 5 à 11 ans, elle, continue de progresser assez lentement. Environ 1100 enfants reçoivent quotidiennement leur première dose, ce qui a permis de faire passer le taux de vaccination à 61,1 %. Par contre, l’administration des deuxièmes doses chez ces mêmes jeunes progresse rapidement. Deux mois après avoir reçu leur première dose, 9,2 % des 5 à 11 ans sont aujourd’hui pleinement vaccinés.

Avec Pierre-André Normandin, La Presse