Le 28 décembre dernier, l’ancien animateur de radio Pierre Trudel a quitté son domicile en ambulance. L’homme de 78 ans était faible et confus. À son arrivée à l’hôpital Santa Cabrini, le diagnostic est tombé : un léger infarctus. M. Trudel est admis aux soins intensifs. Dix jours plus tard, ses proches reçoivent un appel. Le vieil homme a contracté la COVID-19, dont était atteint son voisin de chambre.

Mis à jour le 21 janvier
Katia Gagnon
Katia Gagnon La Presse

M. Trudel est très loin d’être un cas d’exception. Contracter la COVID-19 à l’hôpital, c’est en effet de plus en plus fréquent. Depuis le 1er janvier, les établissements de santé québécois recensent une moyenne quotidienne de 1153 cas actifs de COVID-19 où la maladie a été contractée lors d’un séjour à l’hôpital, indique la porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Marjorie Larouche.

Vendredi dernier, le fils de Pierre Trudel, Sébastien, a pu visiter son père, revêtu de la totalité des équipements de protection individuelle.

Il n’est pas encore sorti du bois. Il a la COVID à 78 ans… mais à ce jour, il n’a pas trop de symptômes. À part une grande fatigue.

Sébastien, fils de Pierre Trudel, à propos de son père et de la COVID-19 qu’il a contractée à l’hôpital

Ces cas de COVID-19 « nosocomiaux », comme celui de M. Trudel, sont en « augmentation significative » depuis le début de l’année 2022, admet le ministère de la Santé. En effet, le 12 janvier, on en était à 1671 cas actifs de COVID-19 nosocomiaux. Au 14 janvier, ce chiffre avait grimpé à 1783.

Attention : ces chiffres de cas nosocomiaux ne peuvent être mis en relation avec le nombre d’hospitalisations quotidiennes de COVID-19 recensées par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), précise le Ministère. « Ce sont deux univers de données différents et ils ne peuvent pas être comparés », dit Mme Larouche. Les cas d’hospitalisation COVID-19 ont été admis à l’hôpital, certains pour des symptômes liés à la COVID-19, d’autres pour tout autre chose, mais tous ces patients ont été déclarés positifs au coronavirus dès leur admission à l’hôpital.

Dans le cas des patients nosocomiaux, ce test initial a été négatif. Puis, au cours de leur hospitalisation, ces patients ont contracté la COVID-19 et ont été déclarés positifs. « Le nombre de cas actifs nosocomiaux par jour dans nos milieux hospitaliers est utilisé pour la gestion des éclosions, alors l’information est saisie de façon prudente. En cas de doute sur le lien épidémiologique, nous demandons aux établissements de le saisir comme un cas nosocomial. Cette prudence permet d’anticiper les éclosions potentielles et met en œuvre le principe de précaution. Ainsi, par prudence les établissements ont tendance à identifier davantage de cas », précise Marjorie Larouche.

Mais une fois leur test positif obtenu, ces cas nosocomiaux entrent-ils dans le décompte quotidien des hospitalisations ? Et si oui, quelle proportion des cas représentent-ils ? Nous avons posé ces deux questions au ministère de la Santé. Au moment de publier, nous n’avions toujours pas eu de réponse.

Hausse vertigineuse

Chose certaine, ces éclosions dans les milieux de soins sont nettement à la hausse, nous révèlent les données de l’INSPQ. Leur nombre a en effet augmenté de près de 30 % entre le Premier de l’an et 18 janvier. D’un millier d’éclosions actives au tournant de 2022, on est passé à près de 1300 au cours des derniers jours. La proportion d’éclosions dans les établissements de santé représentait 56 % des éclosions au début de l’année ; on en est maintenant à près de 77 %. Depuis décembre, la hausse est vertigineuse (voir graphique).

L’an dernier, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) comptabilisait les cas nosocomiaux de COVID-19. On avait établi qu’un patient sur sept hospitalisé avec la COVID-19 avait reçu son premier résultat de test positif plus de sept jours après son admission, et était donc un cas très probable de COVID-19 nosocomial. Malheureusement, un an plus tard, l’INESSS ne réalise plus ce calcul : impossible de comparer avec précision à la situation actuelle.

Mais il est clair que le variant Omicron a changé la donne dans les hôpitaux, dit Marjorie Larouche.

On peut constater que depuis le début de la vague d’Omicron, nous avons une augmentation significative des éclosions et des cas nosocomiaux dans nos milieux de vie et de soins. Il y a beaucoup plus de cas nosocomiaux qui sont dépistés depuis trois semaines.

Marjorie Larouche, porte-parole du MSSS

Des cas comme celui du père d’Irène T. Le vieil homme de 85 ans a fait une embolie pulmonaire. Il a quitté sa résidence pour aînés pour un hôpital montréalais le 29 décembre dernier. Soucieuse de préserver l’anonymat de son père, sa fille nous a demandé de taire son nom et celui de l’établissement où il a été admis.

« On a eu très peur quand on a su qu’il cohabitait avec un cas positif », relate sa fille. Ce qui devait arriver arriva : comme plusieurs résidants sur son étage, le 5 janvier, son père reçoit lui aussi un diagnostic de COVID-19. « Donc il était rétabli de son embolie, mais positif à la COVID. Et totalement asymptomatique. » On l’a envoyé sur un étage rouge, dans une chambre minuscule, d’où il ne pouvait pas sortir… Et sa résidence pour aînés ne voulait pas reprendre un cas positif en ses murs.

Irène T. a finalement refusé de laisser son père enfermé pendant 10 jours dans une toute petite chambre : elle l’a repris chez elle, lui a aménagé un espace de vie au rez-de-chaussée, en déménageant elle-même au sous-sol de sa résidence.

Car la situation était un véritable non-sens, dénonce sa fille. « C’est un homme très actif, qu’on enfermait dans une petite chambre sans aucune distraction, alors que les médecins recommandaient précisément qu’il marche pour éviter un nouveau caillot ! »

Rectificatif
Une erreur survenue lors de l’édition du texte intitulé Les infections à l’hôpital en forte hausse, publié vendredi, a eu pour effet la publication d’un titre erroné. Il y était mentionné que plus de 1000 patients par jour attrapent la COVID-19 à l’hôpital. La réalité est plutôt une moyenne de plus de 1000 cas actifs par jour, ce qui est moindre. Nos excuses.