Les hospitalisations se stabilisent, mais le nombre de morts continue à augmenter, dépassant depuis mercredi le sommet atteint l’hiver dernier. Si le réseau de la santé n’est qu’à quelques pas du plateau tant attendu du nombre de patients hospitalisés, il faudra s’armer de patience avant de voir moins de Québécois mourir de la COVID-19, préviennent des experts.

Mis à jour le 19 janvier
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

Ce sont 88 nouveaux décès qui ont été rapportés mercredi, portant la moyenne quotidienne à 67, une tendance à la hausse de 77 % depuis sept jours. Ainsi, le Québec déplore maintenant plus de décès qu’au sommet de la deuxième vague, l’hiver dernier. En date du 26 janvier 2021, on comptait 62 décès quotidiens en moyenne, sur une semaine.

Il reste toutefois à voir si le Québec dépassera le sommet de la première vague, la plus meurtrière, qui a atteint 130 morts par jour. Au début du mois de mai 2020, la province rapportait en moyenne 110 morts par jour.

Si on se fie à la tendance actuelle, le nombre de morts risque de continuer à augmenter pendant encore au moins une semaine, en attendant le sommet des hospitalisations. « Les décès, malheureusement, c’est toujours le dernier indicateur à suivre, si on se base sur l’expérience des vagues précédentes. On doit s’attendre à voir des décès qui continuent d’augmenter dans les prochains jours », explique le DAlex Carignan, microbiologiste et infectiologue au CIUSSS de l’Estrie – CHUS.

Vers le fameux « sommet »

La bonne nouvelle, toutefois, c’est que les hospitalisations ralentissent de manière évidente au Québec depuis quelques jours, ce qui laisse entrevoir l’atteinte imminente d’un pic. Les autorités ont recensé mercredi une faible hausse de 8 hospitalisations, soit 359 entrées et 351 sorties. Actuellement, 3425 patients sont hospitalisés en lien avec le virus. De ce nombre, 285 se trouvent toujours aux soins intensifs, ce qui représente une baisse de 4 cas (42 entrées, 46 sorties).

Une hausse de huit hospitalisations, pour moi, c’est un signe clair qu’on approche du sommet. La situation commence à être plus encourageante. On doit maintenant espérer une décroissance constante.

Le DAlex Carignan

Selon l’épidémiologiste Hélène Carabin, il semble aussi très clair que la pression sur le réseau de la santé diminue de jour en jour. « Cela dit, ça ne va pas disparaître du jour au lendemain. Contrairement aux autres vagues, la durée d’hospitalisation est plus longue en moyenne actuellement, ce qui fait quand même que les patients s’accumulent dans nos hôpitaux », prévient la professeure de l’Université de Montréal.

Mardi, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, affirmait que le réseau était actuellement « au bout du rouleau », et que l’« élastique » était « étiré au maximum » en ce qui concerne le personnel. Il juge que l’état critique des choses ne permet pas pour l’instant un nouveau relâchement des mesures sanitaires. « On est encore dans la tempête dans nos hôpitaux. Je sais qu’il y a des gens qui ne sont pas contents des mesures, mais je sais une chose : on a le système de santé qu’on a, qui a vécu cinq vagues. Le personnel de la santé est épuisé », a-t-il insisté.

« La réalité, c’est que même si la transmission communautaire diminue, ça pourrait prendre plus de temps avant de voir un réel changement dans le réseau si la prévalence reste plus forte, autrement dit si les gens restent encore soignés longtemps », analyse encore Mme Carabin à ce sujet.

La variable « écoles »

Seulement deux jours se sont écoulés depuis le début de la rentrée scolaire, et il est donc pour l’instant impossible de déterminer l’effet qu’elle a sur la transmission. S’il n’exclut pas que cette rentrée puisse « contribuer » à une certaine recrudescence des cas, le DCarignan appelle à « relativiser ».

« C’est sûr que c’est imparfait, mais il faut se rappeler que dans les écoles, on avait eu des taux de transmission assez impressionnants avant Noël, donc le bassin à court terme de réinfections risque d’être relativement bas. Autrement dit, le nombre d’enfants qui restent encore à infecter est probablement beaucoup moins important qu’il ne l’était au début de décembre », soutient-il.

Pour le reste, Alex Carignan avoue qu’il s’attend à voir certaines mesures être allégées dans les prochaines semaines, quand le réseau de la santé pourra souffler à nouveau. « Je pense qu’on n’aura pas le choix, éventuellement, de revenir par exemple à de petits rassemblements dans les maisons, à tout le moins à plus d’un foyer. Il faudra être prudents, mais on tend vers ça », conclut-il.

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Zoom sur la vaccination

Pour ce qui est de la vaccination, la campagne conserve un bon rythme. Un peu plus de 110 000 doses supplémentaires ont été administrées dans la journée de mardi, auxquelles s’ajoutent 4780 injections faites avant le 18 janvier qui n’avaient pas encore officiellement été comptabilisées. La vaccination a d’ailleurs franchi deux seuils symboliques, mercredi. D’abord, le tiers des Québécois ont maintenant reçu leur troisième dose, soit 33,1 % d’entre eux. Ensuite, les jeunes de 5 à 11 ans ont finalement atteint le cap des 60 % ayant reçu leur première dose. Au total, 85,6 % des Québécois ont reçu une dose de vaccin et 78,3 % en ont reçu deux. Québec a aussi signalé mercredi 6123 nouveaux cas, ce qui porte la moyenne quotidienne sur une semaine à 6499. La tendance est ainsi en baisse de 47 %. Cette donnée est toutefois nettement moins représentative, l’accès aux tests de dépistage étant maintenant très limité.