C’est ce mardi que le couperet tombe. Les non-vaccinés ne pourront plus pénétrer dans les locaux de la SAQ ou de la SQDC où l’on exigera dorénavant la présentation du passeport vaccinal.

Publié le 18 janvier
Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

Est-ce que ce sera la panique chez les antivax ou chez les quelque 540 000 Québécois qui, sans être militants, n’ont pas présenté leur épaule dans un des centres de vaccination ? Sans doute pas. La Presse a pu déterminer pas moins de sept façons de se procurer malgré tout des boissons alcoolisées ou du cannabis.

« Il y a en effet d’autres façons d’accéder à ces produits », convient Vardit Ravitsky, professeure aux programmes de bioéthique à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. « L’approche est d’augmenter la pression sur les personnes non vaccinées par choix. Donc, on ajoute des exigences en espérant que ça va donner des résultats, mais ce n’est pas basé sur des données scientifiques. »

Le professeur de droit à l’Université Laval Louis-Philippe Lampron ajoute que c’est « une mesure symbolique ».

« Indirectement, c’est un incitatif à se faire vacciner, mais l’objectif derrière le passeport vaccinal, c’est de protéger la population en disant que le vaccin est une condition qui permet de réduire de façon importante la propagation de la COVID-19, et c’est ce dont on a besoin pour se sortir de la crise », explique-t-il.

Voici comment on peut s’approvisionner sans mettre les pieds à la SAQ ou à la SQDC.

Alcool

Les agences de la SAQ

La SAQ compte 406 succursales régulières, qui ne seront pas accessibles aux non-vaccinés. Mais la société d’État a aussi construit un substantiel réseau d’agences – on en compte pas moins de 429 –, qui sont en fait de mini-succursales hébergées dans des épiceries et des dépanneurs de villages du Québec. Or, la preuve vaccinale n’est pas requise dans les agences de la SAQ. Pourquoi ? Pour ne pas alourdir la tâche des propriétaires de ces commerces, explique-t-on, et parce que ces points de vente se trouvent souvent dans des commerces essentiels où l’obligation du passeport vaccinal n’est pas en vigueur.

Résultat, pour les Québécois qui vivent en dehors des centres urbains, l’interdiction gouvernementale ne posera strictement aucun problème, si ce n’est un choix de produits plus limité. On peut d’ailleurs noter que l’existence de ces agences favorisera les Québécois des régions par rapport à ceux des grands centres. Il n’y a pas d’agences à Montréal.

Les commandes en ligne

On l’oublie souvent, mais il y a moyen de commander des produits en ligne à la SAQ. Ce mode d’achat est relativement peu utilisé, il ne représente qu’environ 3 % des ventes totales. Si tous les produits ne sont pas accessibles, le choix est toutefois très étendu, mais les délais de livraison ne permettent pas de combler un besoin pressant : il faut en général compter de cinq à sept jours. Il y a un autre problème : il faut payer 12 $ pour la livraison à domicile.

Les épiceries et les dépanneurs

N’oublions pas non plus que les Québécois sont aussi des buveurs de bière. En 2019-2020, 39 % des ventes de boissons alcoolisées étaient en effet de la bière, ce qui représente 46 % de l’alcool ingéré, selon Statistique Canada. Et la bière, au Québec, contrairement à l’Ontario, se trouve dans les dépanneurs et les épiceries. C’est ainsi que la mesure sanitaire pénalise davantage les non-vaccinés buveurs de vin et d’alcool que ceux qui préfèrent le houblon. Notons que les épiceries et les dépanneurs offrent aussi du vin. Selon la SAQ, 10 % de ses ventes se font dans le réseau des épiceries.

Les agences privées

Les non-vaccinés auront également la possibilité de commander du vin en ligne auprès d’agences d’importations privées, dont certaines offrent la livraison à domicile.

L’Ontario

Enfin, pour les non-vaccinés qui ne sont pas trop loin de l’Ontario, il y a moyen d’aller faire un saut dans une succursale de la Régie des alcools de l’Ontario (LCBO), où le passeport vaccinal n’est pas exigé.

Cannabis

Le cannabis en ligne

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

La SQDC exigeant maintenant le passeport vaccinal, les non-vaccinés pourraient se tourner vers la production à la maison ou le marché noir.

Les consommateurs de cannabis pourront eux aussi profiter de l’internet. La Société québécoise du cannabis (SQDC) elle-même vante son site en ligne : « Évitez les files d’attente. Magasinez en ligne quand bon vous semble. En toute confidentialité. » Les livraisons, plus rapides que pour l’alcool, prennent entre 1 et 3 jours ouvrables, et les frais sont de 5 $ par commande. Pour 4 $ de plus, la SQDC promet de livrer le jour même avec son service de livraison express 7 jours sur 7 dans le Grand Montréal. « Nous sommes prêts à recevoir un achalandage plus élevé sur notre site web si le nombre de commandes augmente », assure le porte-parole Fabrice Giguère.

Le marché noir

Il y a une autre option qui, elle, n’est pas légale : le marché noir. Dans son plus récent rapport annuel, la SQDC se réjouissait du fait que les transactions légales occupaient maintenant 53 % du marché au Québec. Cela signifie que le marché noir reste florissant et est en mesure d’alimenter les non-vaccinés qui seraient pénalisés par l’exigence du passeport vaccinal. Comme on sait, les jeunes de moins de 21 ans n’ont pas le droit d’acheter du cannabis à la SQDC. Pour eux, où l’on retrouve probablement une certaine proportion des non-vaccinés, la mesure ne changera rien.