(Québec) La situation est à ce point critique dans les hôpitaux que le gouvernement Legault se prépare au pire, c’est-à-dire qu’il prévoit de donner des soins « B au lieu d’A+ » s’il devient impossible de traiter tous les patients du Québec, qu’ils soient infectés ou non par le variant Omicron de la COVID-19.

Mis à jour le 18 janvier
Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Le ministère de la Santé et des Services sociaux a présenté mardi les grandes lignes d’un nouveau « Guide pour la priorisation et la gestion des hospitalisations en courte durée en contexte de pandémie », qui serait déployé si les hôpitaux étaient submergés. La sous-ministre adjointe à la Santé, la Dre Lucie Opatrny, a affirmé que tout était fait pour éviter d’utiliser ce protocole, mais a ajouté que « nous avons le devoir d’être préparés à toute éventualité ».

« La situation est tendue, mais on n’est pas arrivés là. Et d’ailleurs, on n’active pas ce guide de priorisation maintenant. On est dans la phase de préparation », a affirmé le président de l’Association des spécialistes en médecine interne du Québec, le Dr Hoang Duong, dans un breffage technique destiné aux médias d’information.

La directrice générale adjointe des services hospitaliers, du médicament et de la pertinence clinique du Ministère, la Dre Lucie Poitras, a de même confirmé que les hôpitaux évaluaient actuellement l’utilisation de leurs lits de courte durée pour accroître la capacité hospitalière. Avec cette première étape, Québec espère retrouver de 600 à 800 lits sur l’ensemble du territoire.

Appel aux familles

Alors que le ministère de l’Éducation indiquait la semaine dernière qu’il pourrait faire appel à des parents volontaires pour surveiller des classes, c’est au tour du ministère de la Santé d’interpeller les familles pour réussir à sortir des hôpitaux des patients qui pourraient être soignés ailleurs.

Pour libérer des lits et soigner le plus de patients possible, Québec vise dès maintenant à « s’assurer en continu de la pertinence de l’hospitalisation » et de « soigner hors de l’hôpital, quand les patients n’ont pas ou plus besoin de surveillance clinique ou des soins qui ne peuvent être donnés hors de l’hôpital ».

À l’hôpital, le guide prévoit également de « changer de perspective de contrôle de la pandémie, [partant] de l’objectif d’un risque zéro à celui d’une réduction des méfaits. [On ne doit plus] mettre tous les efforts pour freiner l’entrée [du virus], mais plutôt composer avec les contraintes qu’il engendre et en tirer le maximum de possibilités ».

Revoir la qualité des soins

Si la crise le justifie, Québec prévoit qu’il faudra « redéfinir la qualité minimale des soins en contexte de pandémie dans la perspective de soigner le plus de personnes à intensité plus basse plutôt que de soigner moins de personnes à qualité optimale ». À ce sujet, le ministère de la Santé interpelle les ordres des professionnels de la santé du Québec pour adopter ces normes « temporaires ».

Diminuer l’intensité des soins pour pouvoir soigner un plus grand nombre de patients, ce n’est pas quelque chose qu’on apprend à l’école de médecine, mais c’est quelque chose qui sera peut-être nécessaire si on en vient là.

Le Dr Hoang Duong, président de l’Association des spécialistes en médecine interne du Québec

« Si on m’avait demandé un jour si je travaillerais à un tel document, j’aurais répondu : “Jamais, c’est inconcevable.” Mais on est rendu là. […] Il faut reconnaître la gravité d’une situation, il faut reconnaître que malgré tous les efforts qu’on a faits, peut-être qu’un jour va arriver où on n’aura pas toutes les ressources pour traiter tout le monde comme on le fait habituellement », a-t-il ajouté.

Risques calculés

Le Dr Duong convient que cette stratégie, qui pourrait être déployée de quatre à six semaines, selon Québec, expose les patients à des risques accrus. « Comme il y a une baisse de l’intensité des soins, il y a des risques qui peuvent venir avec ça, [mais] ce sont des risques calculés. Je pense que pour ces risques-là, c’est l’ensemble des patients qui en bénéficient », a-t-il dit.

Pour le Dr Gilbert Boucher, président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec, il est clair que des pratiques d’optimisation peuvent bel et bien être mises en place.

« Je vous donne un exemple : si on peut donner des pilules à un patient au lieu de le faire attendre 16 heures dans une file d’attente, pour le rappeler dans 48 heures et voir comment il se porte, on viendrait de [libérer] un lit », a-t-il expliqué.

On n’est pas là pour jouer avec la vie des gens. Oui, ça implique de prendre des risques, [mais] on ne tournera pas les coins ronds avec la vie des gens, ça, c’est certain.

Le Dr Hoang Duong, président de l’Association des spécialistes en médecine interne du Québec

Plongé « dans la noirceur »

Sur le plan politique, la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, a dit mardi que le gouvernement Legault avait perdu le contrôle de sa gestion de la pandémie.

« Les dernières semaines ont été la démonstration claire que François Legault a perdu le contrôle. […] Il a fermé la porte également à nos hôpitaux, alors qu’il y a des milliers de personnes qui sont en attente de soins. Il a fermé la porte à l’économie, alors que ce qu’ils demandent, nos commerçants, c’est véritablement de la prévisibilité. En gouvernant par fermetures, et malgré tous les pouvoirs qu’il a, François Legault a plongé le Québec dans la noirceur », a-t-elle dit.

« Les Québécois ne s’y retrouvent plus. D’un côté, le premier ministre nous dit qu’il voit la lumière au bout du tunnel, alors que de l’autre, le ministre de la Santé affirme que le réseau de la santé est au bout du rouleau et qu’il ne faut pas lâcher les mesures sanitaires. Cela contribue à la fatigue pandémique », a déploré Vincent Marissal, de Québec solidaire.

« Voilà où nous ont menés 22 mois d’état d’urgence sous le gouvernement de la CAQ, incapable d’anticiper les choses ou de donner plus de robustesse au réseau de la santé », a déclaré Joël Arseneau, du Parti québécois.

Avec Ariane Lacoursière, Fanny Lévesque et Henri Ouellette-Vézina, La Presse