(Ottawa) L’unique cas du variant Omicron qui a été détecté à Pékin est arrivé par la poste, du Canada, prétendent les autorités chinoises. Ici, au pays, on considère l’allégation contre « un bouc émissaire en or » de « ridicule » et « très peu probable » .

Mis à jour le 17 janvier
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

La patiente qui a contracté le variant Omicron aurait reçu le 11 janvier du courrier qui aurait été expédié du Canada le 7 janvier et qui a transité par les États-Unis, puis par Hong Kong, avant d’arriver à Pékin, soupçonnent les autorités sanitaires chinoises.

« La possibilité que la personne ait été infectée par le virus via le courrier international ne peut être exclue », a déclaré Pang Xinghuo, directeur adjoint du centre de contrôle et de prévention des maladies de Pékin, cité lundi par le Global Times, un média d’État chinois.

Les risques de propagation dans la mégapole chinoise seraient « minces », les tests de dépistage de 69 personnes identifiées comme des « contacts proches » étant négatifs, à l’instar de 16 457 autres individus considérés comme « à risque », a précisé le même responsable.

Au total, 22 échantillons ont été analysés sur le colis. Le variant, dont « la souche est similaire à celles observées en Amérique du Nord et à Singapour », a été détecté sur deux surfaces extérieures, deux à l’intérieur du document et huit sur le papier qui se trouvait à l’intérieur, est-il écrit dans la publication affiliée au régime chinois.

Selon M. Pang, le virus de la COVID-19 « peut survivre longtemps à basse température, donc le risque que des marchandises provoquent la transmission virale augmente en hiver », lit-on dans l’article du Global Times. Le responsable a donc suggéré à la population de réduire ses achats de produits à l’étranger.

Alors que bon nombre de pays sont submergés par la vague Omicron, la capitale chinoise, qui compte près de 22 millions d’habitants, en a recensé un seul cas, celui dont il est question dans cet article.

Un autre cas du variant Omicron apparu à Shenzhen, à plus de 2000 km au sud de Pékin, serait également attribuable à un paquet envoyé de l’Amérique du Nord, a plus tard rapporté le Global Times.

« Ridicule »

Le ministère fédéral de la Santé a soulevé de sérieux doutes sur la véracité de cette histoire.

« Bien que le courrier puisse être contaminé, le risque d’infection par la COVID-19 lors de la manipulation de courrier papier ou de colis en carton, y compris le courrier international, est extrêmement faible », a-t-on écrit dans un courriel, lundi soir.

« En général, les coronavirus, y compris leurs variants, ne se propagent pas à partir de produits ou d’emballages expédiés sur une période de plusieurs jours ou semaines », a ajouté le ministère.

De son côté, le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, a argué que l’article était « ridicule ».

« Je ne comprends pas la stratégie de Pékin, mais je n’ai aucune confiance envers les nouvelles en Chine, parce que c’est un pays communiste sans une presse libre. […] Malheureusement, il y a des théories du complot, des mensonges, dans les nouvelles là-bas », a-t-il renchéri.

Un scénario hautement improbable

L’hypothèse émise par les autorités chinoises sur l’origine de la contamination est très peu plausible aux yeux de la Dre Caroline Quach, pédiatre, microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste au CHU Sainte-Justine.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

La Dre Caroline Quach, pédiatre, microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste au CHU Sainte-Justine

« Qu’il y ait encore un virus vivant et contagieux rendu à l’autre bout, que la personne qui a ouvert le colis se soit contaminée à partir d’un virus qui aurait traîné sur des surfaces – surtout sur des surfaces poreuses comme du papier – est très, très, très, très peu probable », indique-t-elle en entrevue.

S’il n’y a pas de « risque zéro » de contamination avec la COVID-19 et son variant Omicron, il faudrait une « charge virale incroyable » pour que le scénario évoqué par Pékin s’avère. « Les chances sont infiniment minces », estime la Dre Quach.

Ancien ambassadeur du Canada à Pékin, Guy Saint-Jacques y voit une accusation contre « un bouc émissaire en or », le Canada. La relation sino-canadienne a été empoisonnée par l’arrestation de Meng Wanzhou, de la société Huawei, à laquelle le régime de Xi Jinping avait réagi en arrêtant Michael Kovrig et Michael Spavor.

Et sur le plan local, il faut y voir un effort « de propagande », croit-il : « Au début, ils ont prétendu que la COVID-19 était arrivée avec des produits congelés de l’étranger. Ils essaient encore de ressortir, pour faire oublier ce que j’appelle le péché originel : que la COVID-19 a commencé à Wuhan. »