(Ottawa) Le vaccin qui ciblera plus spécifiquement le variant Omicron ne sera probablement pas prêt à temps pour endiguer l’actuelle vague de COVID-19, selon la conseillère médicale principale de Santé Canada.

Publié le 16 janvier
Mia Rabson La Presse Canadienne

Selon la Dre Supriya Sharma, ce qu’il faut vraiment, ce sont des vaccins qui peuvent éventuellement arrêter plus d’un variant à la fois, y compris ceux à venir.

PHOTO DAVID KAWAI, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La Dre Supriya Sharma, conseillère médicale principale de Santé Canada

Omicron est devenu le variant dominant au Canada en un peu plus de deux semaines, et l’Agence de la santé publique du Canada a déclaré vendredi qu’il serait désormais responsable de plus de 90 % de tous les cas de COVID-19.

Des études ont laissé entendre que deux doses des vaccins à ARNm existants de Pfizer-BioNTech et Moderna ne sont pas aussi efficaces pour prévenir l’infection par le variant Omicron.

De nombreuses études suggèrent cependant que les vaccins sont excellents pour maintenir des symptômes légers, prévenir les hospitalisations, ainsi que pour raccourcir le séjour et diminuer le niveau de soins pour ceux qui sont admis à l’hôpital. Moins de patients vaccinés contre le variant Omicron, par exemple, ont besoin d’un respirateur.

Pfizer et Moderna travaillent tous deux sur de nouvelles versions de leurs vaccins qui ciblent spécifiquement le variant Omicron.

Moderna espère que son produit fera l’objet d’essais au début de l’année. Pfizer a déclaré qu’il pourrait disposer de 100 millions de doses de son produit dès le mois de mars, et le Canada a passé des contrats avec les deux sociétés pour des rappels qui incluraient également des vaccins contre les variants.

La Dre Sharma rappelle que le processus d’examen accéléré pour les variants du vaccin n’est « probablement pas » assez rapide.

« D’ici là, d’après ce que nous savons de la vague d’Omicron, elle pourrait bien être terminée, indique-t-elle. Et puis la question est toujours de savoir s’il y a un autre variant qui se profile ».

La solution, selon elle, réside probablement dans des vaccins capables de cibler plus d’un variant à la fois.

Le Groupe consultatif technique sur la composition des vaccins de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a tenu les mêmes propos le 11 janvier, notant qu’Omicron est le cinquième variant préoccupant en deux ans et « ne sera probablement pas le dernier ».

Les injections de doses de rappel qui renforcent le développement des anticorps sont devenues la réponse immédiate au variant Omicron pour de nombreux pays, dont le Canada.

Le Dr Srinivas Murthy, pédiatre en Colombie-Britannique et coprésident du Groupe consultatif technique sur la composition des vaccins de l’OMS sur la COVID-19, dit que les doses de rappel ne sont pas une option viable à long terme.

« Si l’on cherche à se sortir d’une pandémie, on se tire inévitablement une balle dans le pied, en ce sens qu’il y aura un nouveau variant qui émergera et qui posera des problèmes, lance-t-il. Il échappera à vos vaccins, et vous devrez alors faire face à des difficultés. »

Omicron n’échappe pas entièrement aux vaccins existants, mais un futur variant pourrait le faire. Le problème vient en grande partie du fait que les vaccins originaux entraînent le système immunitaire de l’organisme à reconnaître ce qu’on appelle la protéine de spicule, qui se trouve à la surface d’un virus, et que cette protéine de spicule est en train de muter de manière significative.

Dr Srinivas Murthy, pédiatre

La protéine de spicule mutée est comme une sorte de déguisement qui rend plus difficile pour le système immunitaire de reconnaître le virus et de monter une défense pour le tuer.

Omicron compte plus de 50 mutations, dont au moins 36 sur la protéine de spicule.

Les vaccins multivalents qui utilisent la protéine de spicule de plus d’un variant ou qui ciblent les composants génétiques d’un virus plutôt que la protéine de spicule sont peut-être ceux qui pourraient offrir une protection à la fois contre cette pandémie et contre le prochain nouveau coronavirus qui apparaîtra.

« Il s’agit d’un vaccin “ pan-coronavirus", qui permet d’envisager de vastes réponses neutralisantes et qui n’a pas besoin d’être mis à jour chaque saison et ainsi de suite, dit le Dr Murthy. C’est le Saint Graal de la vaccinologie de la grippe depuis plusieurs décennies. Nous n’y sommes pas encore parvenus, car la grippe est un peu délicate, mais nous pensons que c’est réalisable pour le coronavirus, spécifiquement. »

L’armée américaine dispose d’une version qui entre dans les essais de phase 2 et qui peut fixer plusieurs protéines de pointe. Un vaccin contenant les protéines spécifiques des cinq variants de la COVID-19 serait probablement plus efficace, même contre les variants futurs, car ils partagent tous certaines des mêmes mutations et ce que l’un pourrait manquer, un autre pourrait le saisir.

Moderna travaille sur des essais de vaccins multivalents utilisant des combinaisons de protéines de pointe du virus original et de l’un des variants, ou de deux des variants ensemble. On ne sait pas encore quand ils seront prêts à être utilisés.

La Dre Sharma dit que même si les vaccins ne fonctionnent pas aussi bien contre les variants que contre le virus original, pour elle « ils restent miraculeux ».

« Avoir un vaccin qui a été développé aussi rapidement, qui a encore, à travers de multiples variants […] avec des rappels, jusqu’à 70, 80 % d’efficacité contre les maladies graves, les affections, les hospitalisations et les décès, souligne-t-elle. C’est miraculeux pour un nouveau vaccin contre un nouveau virus ».