(Ottawa) Justin Trudeau se montre avare de détails en attendant d’en obtenir davantage. Mitraillé de questions sur le plan de « contribution santé » que mijote le Québec pour les non-vaccinés, il a chaque fois esquivé, mercredi – sauf pour dire qu’il tenait au respect de la Loi canadienne sur la santé et pour signaler qu’il approuvait l’adoption de « mesures fortes » dans les provinces.

Mis à jour le 12 janvier
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

Le premier ministre savait pertinemment qu’il était attendu de pied ferme au lendemain de l’annonce importante de son homologue québécois, François Legault. Le gouvernement fédéral, a-t-il commencé par répondre à la première des sept questions qui lui ont été posées sur ce sujet, a appris « avec intérêt » cette proposition de Québec, mais « attend plus de détails », car « les détails seront importants ».

Mais ce qui l’est surtout, important, c’est que la mesure dont accouchera Québec « respecte les principes » de la Loi canadienne sur la santé, a-t-il affirmé, rappelant que le fédéral avait pour sa part implanté des mesures « très dures », comme la vaccination obligatoire dans la fonction publique et pour les voyageurs dans les secteurs aérien et ferroviaire.

Assurant n’être nullement réfractaire à ce que les provinces et les territoires décrètent également « des mesures fortes » pour juguler cette cinquième vague, il s’est défendu de se défiler dans l’espoir d’éviter de déplaire à une frange de la population – au Canada anglais, certains ont eu une réaction épidermique à ces velléités québécoises.

« C’est facile de faire des manchettes avec des réponses simplistes », a déclaré Justin Trudeau en réponse à la question d’une journaliste, se défendant d’essayer d’« éviter de répondre à la question ». Au détour d’une ou deux questions, il en a tout de même profité pour braquer les projecteurs sur le conservateur Erin O’Toole, qu’il a encore accusé d’être complaisant à l’endroit de l’aile de son caucus réfractaire à la vaccination.

Une pente glissante ?

Dans les rangs libéraux fédéraux, le député Joël Lightbound a quant à lui dit craindre pour les fondements de la Loi canadienne sur la santé. « La COVID nous a fait perdre beaucoup, mais il ne faut pas lui donner le pouvoir de nous faire perdre nos principes. […] Ce sont des principes fondamentaux », a-t-il écrit sur Twitter, mardi après-midi.

S’il est d’accord avec l’idée de « serrer la vis » aux personnes qui refusent net de se faire vacciner contre la COVID-19, le chef adjoint néo-démocrate, Alexandre Boulerice, se pose des questions sur l’incidence que cette mesure pourrait avoir sur les personnes marginalisées ainsi que sur le principe d’universalité des soins de santé.

Est-ce que c’est un premier pas vers un financement de notre système de santé qui serait en fonction du risque ou du poids de services qu’une personne représente ? On ne voudrait pas que ça devienne une espèce de principe de privatisation de la santé, d’utilisateur-payeur. Est-ce le bon moyen ? On a des doutes.

Alexandre Boulerice, député néo-démocrate, en entrevue mercredi

Son collègue du Bloc québécois Luc Thériault n’a visiblement guère été impressionné par la bombe lâchée par le premier ministre Legault. « Quand on lance une idée sans donner toutes les modalités, et qu’on envoie dans l’espace public une intention, c’est difficile de la commenter », a-t-il tranché dans un entretien. Il estime que les élus de l’Assemblée nationale devront avoir « un débat » approfondi sur la question.

Fait rare, le porte-parole de la formation en matière de santé a envoyé des fleurs à Justin Trudeau, qui a selon lui eu raison de se garder un droit de réserve, mercredi. « Dans un débat comme celui-là, ce n’est jamais anodin de réfléchir à haute voix », a-t-il argué en comparant l’« attitude » du premier ministre à celle de son député Lightbound, notamment.

Le pot est venu du député conservateur Luc Berthold. « La décision du gouvernement du Québec […] est une démonstration que le gouvernement fédéral n’a pas livré la marchandise comme il aurait pu », a-t-il expliqué à l’autre bout du fil. L’élu de Mégantic–L’Érable n’a pas voulu dire s’il considérait la potentielle contribution comme une taxe à laquelle sa formation allait s’opposer.

« Tant qu’on n’a pas de détails, j’aime mieux ne pas commenter. Honnêtement, on ne sait pas. C’est quelque chose que le premier ministre [Legault] a lancé comme ça, pendant une conférence de presse », a-t-il dit.

Les modalités de cette contribution, que François Legault a dit vouloir « substantielle », demeurent en effet à préciser. Dans certaines provinces ailleurs au Canada, comme en Colombie-Britannique et en Saskatchewan, les autorités ont écarté l’idée d’emboîter le pas au Québec.