(Québec) Les communautés autochtones n’échappent pas au tsunami Omicron alors que les cas de COVID-19 ont explosé depuis les Fêtes. Dans la province, le nombre de cas actifs a plus que doublé chez les Premières Nations, passant de 573 à 1412, en quatre jours seulement. Un bilan préoccupant aux yeux des autorités.

Publié le 11 janvier
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

« Ça va assez vite », soutient la directrice de la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL), Marjolaine Sioui. En date du 8 janvier, la CSSSPNQL estime que 1412 personnes sont atteintes de la COVID-19. Le 4 janvier, ce bilan tournait plutôt autour de 573 cas actifs, selon la Commission.

« Les chiffres qui ressortent sont très sous-estimés, on sait que c’est beaucoup plus que ça, nuance-t-elle. On sait que c’est un minimum parce qu’il y a beaucoup de gens qui font des tests maison et ces cas-là ne sont pas déclarés nécessairement. » Pour l’heure, Mme Sioui fait état de « quelques hospitalisations » et d’aucun décès récent.

La CSSSPNQL dresse son bilan à partir des données de la Santé publique et de celles qui sont fournies directement par les communautés, ce qui exclut le Nunavik.

« La situation est préoccupante, et on assure un suivi constant », admet pour sa part le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière. Il se dit particulièrement préoccupé par les communautés plus isolées et vulnérables comme Opiticiwan, en Haute-Mauricie, où on enregistrait samedi 132 cas actifs sur une population de quelque 2000 habitants.

Plusieurs communautés poussent très, très fort pour la troisième dose. Les choses bougent très vite, elles mettent des mesures en place et elles sont très bien organisées alors pour l’instant, on est vraiment en soutien.

Ian Lafrenière, ministre responsable des Affaires autochtones

Le ministre Ian Lafrenière assure être en communication continue avec les chefs ainsi que le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard.

En forte hausse partout

À l’échelle du pays, les cas sont aussi fortement à la hausse chez les Premières Nations. Il y avait 1268 cas actifs au Canada le 29 décembre dernier alors que ce nombre atteint maintenant 4284, confirme Services aux Autochtones Canada (SAC). C’est trois fois plus. Toujours selon SAC, le Québec comptait 1556 cas déclarés (incluant les cas rétablis) au 29 décembre. Ce bilan, en date du 7 janvier, est de 3122.

« C’est très inquiétant », déplore le DStanley Vollant, qui accompagne notamment les communautés innues dans leur lutte contre la pandémie. « C’est un virus qui est très contagieux […], les ménages sont souvent surpeuplés, les maisons, mal ventilées et plusieurs générations y habitent, dont des aînés […], alors ça tombe chez les gens vulnérables », s’inquiète-t-il.

Le DVollant et Mme Sioui sont aussi préoccupés par les dommages collatéraux de la pandémie comme le délestage dans les hôpitaux alors que des membres des Premières Nations souffrent de maladies chroniques et ont besoin de soins fréquents. Les équipes dans les dispensaires, les écoles et même les corps policiers sont également petites et peuvent être facilement fragilisées par des employés malades.

Depuis les dernières semaines, la plupart des communautés ont resserré les consignes sanitaires sur leur territoire et accéléré l’administration de la troisième dose.

Sur la Côte-Nord, le conseil Innu Takuaikan Uashat mak Mani-utenam a de nouveau fermé ses frontières en installant des points de contrôle aux entrées du territoire contigu à Sept-Îles.

Le service de police autochtone de l’endroit a par ailleurs reçu l’instruction d’intercepter tout visiteur qui contreviendrait aux règles alors qu’il est strictement interdit aux non-résidants de se rendre dans la communauté de quelque 4500 âmes. On comptait 113 cas actifs en date du 10 janvier.

« Comme ailleurs, on ne s’attendait pas à ce que ça frappe aussi rapidement et de manière aussi fulgurante », indique le responsable des communications du comité de mesures d’urgence de Uashat mak Mani-Utenam, Jean-Claude Therrien-Pinette. « La communauté s’est mobilisée pour freiner le virus », ajoute-t-il.

Une première éclosion à Long Point

La Première Nation Long Point en Abitibi-Témiscamingue vit de son côté sa première éclosion depuis le tout début de la pandémie. Il y a environ 23 cas actifs, selon le chef Steeve Mathias, ce qui implique que 10 % des maisons de la communauté de quelque 500 âmes sont actuellement isolées.

« Nous avons enregistré notre premier cas de COVID le 31 décembre dernier », a-t-il indiqué en entrevue. Le chef Mathias anticipe une hausse des cas au cours des prochains jours alors qu’il craint les contrecoups de certains rassemblements du jour de l’An.

Les gens sont inquiets.

Le chef Steeve Mathias

« La majorité des gens respectent les consignes. Ils restent en bulle et n’accueillent pas de visiteurs, mais c’est toujours une minorité qui est plus difficile à contrôler », affirme-t-il, soulignant au passage que la communauté anishinabeg est sans service de police local. « C’est plus difficile d’intervenir. »

Il note également une plus faible couverture vaccinale sur le territoire alors qu’environ 60 % de la population est pleinement vaccinée, dit-il. Les autorités locales doivent déployer cette semaine une nouvelle clinique de vaccination.

La couverture vaccinale varie d’une communauté à l’autre, et le portrait de 2022 n’est pas encore complet, affirme Marjolaine Sioui. « Il y a des communautés qui sont vaccinées 2 doses jusqu’à 95 % et d’autres à 40 %, mais c’était au début de décembre. On devrait avoir le portrait à jour bientôt », précise-t-elle.