Dans la première phase de la pandémie de COVID-19, le risque de contracter la maladie pour les travailleurs de la santé était 9,3 fois plus élevé que pour la population qui n’œuvrait pas dans le réseau.

Publié le 11 janvier
Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

Ce risque très élevé auquel étaient soumis ceux, et surtout celles, qui étaient aux premières lignes a été mesuré dans une enquête épidémiologique réalisée par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Il reflète à la fois l’exposition de ces travailleurs qui étaient à proximité des patients, le fait qu’ils avaient un plus grand accès aux tests de dépistage, mais aussi la protection dont jouissait la population générale soumise à des règles sanitaires strictes.

« Dans la première vague, 25 % des cas étaient des travailleurs de la santé », révèle le DGaston De Serres, épidémiologiste à l’INSPQ et coauteur de l’étude. « On se dit : wow ! Mais il faut se rappeler que tout le monde était confiné à ce moment-là. Alors, ce n’est pas une grosse surprise de voir que les seuls qui pouvaient l’attraper facilement, c’était les travailleurs de la santé et leurs familles. »

Cet écart a diminué à mesure que la pandémie a évolué, comme le montre bien l’étude, qui se penche sur trois phases distinctes : du 1er mars au 15 juin 2020, du 12 juillet 2020 au 16 janvier 2021, et du 17 janvier au 29 mai 2021, avant l’apparition du variant Omicron.

Le risque d’être infecté était 3,1 fois plus élevé dans la deuxième phase et 1,8 fois plus élevé dans la troisième phase.

Cette baisse du risque s’explique également par une plus grande connaissance de la maladie et un accès accru à de l’équipement de protection.

Les infirmières et les préposés aux bénéficiaires ont été les plus touchés.

« Évidemment, les infirmières et les préposés aux bénéficiaires, ce sont des gens qui sont abondants dans le système de santé, explique le DDe Serres. Mais ils ne sont pas juste abondants, ils sont collés sur les patients et donnent des soins très rapprochés. »

La proportion des travailleurs infectés dans les CHSLD, de loin la plus élevée, est passée de 42 % à 25 % de la première à la deuxième phase, puis à 16 %. Elle est restée autour de 30 % dans les hôpitaux et de 10 % dans les résidences pour aînés.

Les auteurs notent que le risque d’infection est entre 1,3 et 1,7 fois plus élevé pour les travailleurs de 45 ans et plus, de sexe masculin, nés à l’étranger ou dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais. Ce risque est aussi plus grand chez les travailleurs moins expérimentés, chez ceux qui travaillent plus de 45 heures par semaine ou qui font des heures supplémentaires obligatoires.

Autre constat : ceux qui se définissent comme Noirs ont contracté la maladie 2,5 fois plus souvent que ceux qui se définissent comme Blancs.

« Malheureusement, ce n’est pas très étonnant, souligne Gaston De Serres. C’est quand même un problème qui a été noté dans beaucoup d’études un peu partout dans le monde, aux États-Unis, en Europe. Et c’est certainement lié à des choses qui peuvent refléter le type de travail que les gens font. On a une proportion plus élevée de personnes qui se décrivent comme Noires parmi les préposés aux bénéficiaires que parmi les neurochirurgiens. »

Si le travail était la source probable de l’infection au début de la pandémie pour tous les travailleurs de la santé, plus le temps avance, plus la contamination se fait dans la famille et dans le milieu social.

« Actuellement, avec le nombre de cas terrible dans la population, on voit aussi beaucoup de cas chez les travailleurs de la santé, remarque le DDe Serres. Mais beaucoup de ces cas-là sont acquis à l’extérieur du travail, dans la famille, dans la communauté, dans des partys… On a une situation passablement différente de celle qui est décrite dans l’étude. »

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Nombre de travailleurs de la santé qui ont contracté la COVID-19 entre le 1er mars 2020 et le 29 mai 2021 au Québec

Source : INSPQ