Tel qu’anticipé, le variant Omicron s’est propagé comme une traînée de poudre dans le milieu de l’itinérance à Montréal, où un nombre record de personnes sont désormais infectées. Alors que la métropole est paralysée par le froid, le manque de places est criant pour les sans-abri qui doivent s’isoler.

Publié le 10 janvier
Lila Dussault
Lila Dussault La Presse

« C’est une tempête sociale à l’intérieur d’une tempête de neige à l’intérieur d’une tempête de santé publique​​ », a déclaré à La Presse James Hughes, directeur général de la mission Old Brewery, organisme montréalais en itinérance.

Ce sont 500 sans-abri qui sont désormais infectés par la COVID-19, un record depuis le début de la pandémie, selon les données fournies par la Mission Old Brewery.

La capacité d’accueil de l’hôtel Chrome, réquisitionné par la Ville de Montréal pour permettre l’isolement des personnes itinérantes déclarées positives à la COVID-19, est totalement dépassée. Une centaine de places étaient réservées pour accueillir cette partie de la population. L’endroit est cogéré par la Mission Old Brewery, en partenariat avec le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Le nombre de personnes itinérantes atteintes de la maladie est si important qu’au moins quatre refuges ont dû établir des « zones rouges ​​ » au sein même de leur organisme. Une autre première depuis le début de la pandémie.

« C’est certain qu’on est rendu à un point qui est quelque chose qu’on n’a jamais vu auparavant », affirme Sam Watts, directeur de la Mission Bon Accueil, organisme qui soutient les personnes itinérantes au centre-ville. Le service n’a toutefois pas encore eu à mettre en place de telles mesures d’urgence. « Mais ça ne veut pas dire que la vague ne va pas frapper demain », craint M. Watts.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Une centaine de places est réservée aux personnes itinérantes atteintes de la COVID-19 à l’hôtel Chrome, au centre-ville de Montréal.

Les hôpitaux qui veulent donner leur congé à des sans-abri positifs au virus se retrouvent aussi face à un mur, puisque l’hôtel Chrome est plein, indique M. Hughes. « En plus, ils annoncent très, très froid dans les prochains jours. On va les envoyer où ? Dehors ? C’est impossible. »

En effet, un avertissement de froid extrême est en vigueur pour la région métropolitaine pour les prochains jours. La température ressentie pourrait atteindre -38 dans la nuit de lundi à mardi, selon Environnement Canada.

Des places, pas d’employés

C’est le manque de main-d’œuvre qui empêche d’ouvrir rapidement de nouveaux sites d’isolement.

On est en mesure d’ouvrir de nouveaux établissements à la vitesse où on peut embaucher du monde. On ne cherche pas des douzaines, mais des centaines de travailleurs.

James Hughes, directeur général de la Mission Old Brewery

Ces lieux d’isolement demandent en effet des employés 24 heures sur 24, « pour accueillir le monde, préparer des plans de séjour, les soutenir lors de leur passage, pour que les repas soient servis, pour créer des zones de fumeurs sécuritaires… C’est un défi énorme ! », lance James Hughes.

Le CIUSSS et les organismes responsables lancent d’ailleurs un cri du cœur pour que des travailleurs viennent offrir un coup de main dans le secteur, affirme M. Hughes.

Plus à risque

Bien qu’admissibles à la troisième dose depuis le début de la campagne de vaccination, les personnes itinérantes ne l’ont pas reçue en grande proportion, estime M. Hughes. « C’est très difficile de savoir, parce que c’est une population très mobile. »

Or, une récente étude du Journal de l’Association médicale canadienne a établi que les personnes itinérantes avaient 20 fois plus de risques que la population en général d’être hospitalisées en raison de la COVID-19. Elles avaient aussi dix fois plus de risques de se retrouver aux soins intensifs, et cinq fois plus de risques d’en mourir.

« Ce sont des gens avec des problèmes médicaux existants, qui ont vécu une vie pas facile, résume James Hughes. Et le pire, c’est qu’il reste encore des semaines avant [d’atteindre] le sommet de cette vague. »