La Québec a présenté mercredi son bilan le plus meurtrier depuis janvier 2021. Trente-neuf décès supplémentaires ont été enregistrés, tandis que le nombre d’hospitalisations continue de grimper en flèche. Devant la pression qui ne cesse de s’accentuer sur le réseau de la santé, Québec devrait annoncer ce jeudi de nouvelles mesures concernant les non-vaccinés.

Publié le 6 janvier
Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

« Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que derrière les statistiques, ce sont des humains, des familles », souffle la Dre Amélie Boisclair, interniste-intensiviste à l’hôpital Pierre-Le Gardeur.

Mercredi, la province a déploré 39 décès supplémentaires, ce qui représente une hausse de 136 % depuis une semaine. Il faut remonter à janvier 2021, soit il y a près d’un an, pour trouver un bilan aussi lourd. Québec a aussi annoncé mercredi une augmentation de 158 hospitalisations depuis la veille, dont six nouvelles entrées aux soins intensifs.

Devant l’état critique de la situation, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, devrait annoncer de nouvelles mesures pour faire pression sur les personnes non vaccinées, ce jeudi à 11 h, lors d’un point de presse.

On ignore pour l’heure le statut vaccinal des personnes décédées, une donnée qui serait pourtant « pertinente », juge Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec. « C’est sûr que ce serait intéressant. Dans le taux d’hospitalisation, il y a une différence selon le statut vaccinal », précise-t-il. Présentement, les personnes non vaccinées ont effectivement huit fois plus de risques d’être hospitalisées que les personnes qui ont reçu deux doses de vaccin contre la COVID-19.

Au moment d’écrire ces lignes, nous n’avions pas obtenu de réponse de la Santé publique à notre demande concernant le statut vaccinal des personnes décédées.

À la différence de la première vague, pendant laquelle la majorité des décès étaient survenus en CHSLD, 83 % des personnes qui ont succombé à la COVID-19 au cours de la dernière semaine résidaient à domicile lorsqu’elles ont contracté la maladie.

Ainsi, 128 décès sont rapportés chez des personnes qui vivaient à domicile, 14 chez des personnes qui vivaient en CHSLD et 11 chez des personnes qui vivaient en résidence privée pour aînés.

La moyenne d’âge des personnes qui ont succombé à la maladie depuis une semaine est de 78 ans. On compte 6 décès chez les moins de 60 ans, 18 chez les 60-69 ans, 44 chez les 70-79 ans, 48 chez les 80-89 ans et 38 chez les 90 ans et plus. Les régions les plus endeuillées sont la Montérégie (25 décès depuis une semaine), l’Estrie (17 décès), la Mauricie et le Centre-du-Québec (13 décès) et Montréal (13 décès).

La pression s’accentue

Dans les hôpitaux, la pression sur le personnel soignant ne cesse de s’accentuer. Mercredi, des milliers d’employés étaient en isolement à la maison.

Avec plus de 1300 employés absents, le CIUSSS de l’Estrie a mis en application l’arrêté ministériel permettant le retour des travailleurs asymptomatiques afin d’éviter les ruptures de services. Au CISSS de Laval, il y a maintenant 77 employés qui ont été rappelés de cette façon, a appris La Presse. Mercredi, 18 travailleurs positifs à la COVID-19 ont aussi été appelés en renfort au CISSS de Chaudière-Appalaches, soit 4 de plus que la veille.

Plusieurs établissements ont aussi recours aux heures supplémentaires obligatoires.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

La Dre Amélie Boisclair, intensiviste à l’hôpital Pierre-Le Gardeur

Les équipes sont épuisées. Quand tu as des jours off, ce ne sont pas des journées de repos, c’est comme prendre une bouffée d’air hors de l’eau. Et après, tu recommences.

La Dre Amélie Boisclair, intensiviste à l’hôpital Pierre-Le Gardeur

Depuis l’arrivée du variant Omicron et l’explosion du nombre d’infections, son équipe porte à bout de bras l’unité de soins intensifs de l’hôpital Pierre-Le Gardeur. Trois lits sont fermés, faute de personnel. Et en début de semaine, le retour des heures supplémentaires obligatoires a terminé de saper le moral des troupes – « beaucoup d’employés avaient les larmes aux yeux », confie la Dre Boisclair.

Même son de cloche chez le DGeorges Zaarour, médecin de famille et urgentologue à l’hôpital de Lachine.

« Le moral est vraiment à terre. Je n’ai jamais vu ça. Les gens ne voient plus la lumière au bout du tunnel. Le système [de santé] n’est pas en train de craquer, il a déjà craqué », tonne le DZaarour, alarmé. « C’est le temps plus que jamais qu’on soit discipliné, qu’on respecte les consignes sanitaires, qu’on limite les voyages et les contacts non essentiels, qu’on procède à la vaccination des enfants et à l’administration de la dose de rappel. C’est crucial », implore-t-il.

Vers une « autogestion des tests rapides »

S’il semble que le variant Omicron soit moins virulent, sa forte propagation menace tout de même le système de santé, a reconnu le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, en conférence de presse mercredi. « Et pour ceux qui sont hospitalisés, Québec est à évaluer si c’est Delta ou Omicron qui les envoie à l’hôpital », a-t-il ajouté. Pour tenir le compte des infections, le Québec se dirigerait vers une « autogestion des tests rapides ».

« On travaille à une plateforme pour être en mesure d’accumuler de l’information sur les tests rapides. Il faut comprendre que partout dans le monde, dans les autres provinces au Canada, on est dans une transition où on ne teste plus de la même façon parce que ce n’est plus possible. C’est comme pour l’influenza ou la grippe, on ne fait pas des tests pour tout le monde », a expliqué le DArruda.

Le nombre de nouvelles infections s’est élevé à 14 486 mercredi. Or, le bilan des cas est moins fiable, puisque les tests PCR ne sont plus offerts à toute la population depuis mardi. Devant une pénurie appréhendée et la pression insoutenable dans les centres de dépistage, Québec les réserve dorénavant au personnel soignant et aux personnes à risque. Parmi elles, le personnel des services de garde éducatifs à l’enfance pourra avoir accès aux tests PCR en clinique de dépistage, a annoncé le ministère de la Famille en fin de journée mercredi.

La vaccination va bon train

Québec a rapporté son plus important bilan de vaccination depuis la fin de la campagne massive pour la première dose, en juillet dernier. Plus de 94 191 nouvelles doses ont été administrées, principalement des doses de rappel.

La proportion des Québécois triplement vaccinés monte ainsi à 18 %.

La vaccination des 5 à 11 ans est toutefois plus lente, 57 % d’entre eux ayant reçu leur première dose. À ce jour, près de 78 % de la population québécoise est doublement vaccinée, et 85 % de la population a reçu une dose de vaccin contre la COVID-19.

Avec la collaboration de Pierre-André Normandin et de Thomas de Lorimier, La Presse

Dans une version précédente de ce texte, il était indiqué que les personnes non vaccinées ont trois fois plus de risques d’être hospitalisées que les personnes qui ont reçu deux doses du vaccin contre la COVID-19. Or, ils sont plutôt huit fois plus à risque. Nos excuses.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Dominique Anglade, cheffe de l’opposition officielle

On a l’impression d’être sur un bateau sans gouvernail et sans boussole. Je demande à François Legault de reprendre le contrôle de la gestion de la pandémie. Je lui demande également de consolider la profondeur scientifique et médicale dans la cellule de crise en ajoutant de nouveaux joueurs indépendants.

Dominique Anglade, cheffe de l’opposition officielle, dans un communiqué

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Joël Arseneau, porte-parole du Parti québécois en matière de santé

Comment prévoir les hospitalisations aux soins intensifs si les chiffres quotidiens ne représentent pas la réalité ?

Joël Arseneau, porte-parole du Parti québécois en matière de santé, qui reproche à Québec de « naviguer à vue » après avoir suspendu le dépistage PCR offert à la population générale

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