Le nombre de cas de COVID-19 ne cesse d’augmenter dans les CHSLD et les résidences pour aînés de la province. Dès maintenant, un nombre limité de personnes proches aidantes seront admises en CHSLD, en résidences pour aînés et en ressources intermédiaires, a annoncé Québec mardi.

Publié le 5 janvier
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

En date du 2 janvier, 521 milieux de vie pour aînés étaient touchés par la COVID-19, pour un total de 2640 cas. Il s’agit d’une hausse marquée par rapport au 29 décembre, où seulement 90 installations étaient touchées, pour un total de 575 cas. Des données à jour du ministère de la Santé et des Services sociaux seront publiées ce mercredi. Mais une hausse est encore à prévoir.

La Dre Sophie Zhang, coprésidente de la Communauté de pratique des médecins en CHSLD, indique toutefois que les données publiées par le gouvernement ne reflètent plus totalement la réalité. Selon elle, le nombre de cas est « au moins le double, voire plus », de ce qui est annoncé.

On ne peut plus se fier aux données. Les chiffres qu’on voit, ce sont des sous-estimations massives.

La Dre Sophie Zhang, coprésidente de la Communauté de pratique des médecins en CHSLD

Car le dépistage ne parvient plus depuis des jours à suivre la parade au Québec. Et les CHSLD ne font pas exception.

Actuellement, dans de nombreux CHSLD, des dizaines de résidants présentent des symptômes de la COVID-19 et sont isolés dans leur chambre. La Dre Zhang précise toutefois que, malgré une hausse marquée du nombre de cas, la situation n’est pas pour autant alarmante. « Ce n’est vraiment pas le même portrait que la première vague où les gens étaient gravement atteints. De là à dire que c’est bénin, non. On n’est pas là. Mais il n’y a pas d’explosion de cas graves et de morts », dit-elle.

Manque de personnel

Au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, où la Dre Zhang travaille, sur les 213 cas actifs, une poignée de résidants ont eu une forme grave de la maladie, quelques-uns ont été transférés à l’hôpital et certains, plus fragiles, sont morts. Selon la Dre Zhang, ce qui est le plus inquiétant est « le manque criant de personnel » en CHSLD. Déjà, certains travailleurs positifs, mais asymptomatiques, ont été appelés à travailler dans des établissements pour éviter les ruptures de services. Une mesure appuyée par la Dre Zhang.

S’il y a une leçon qu’on a retenue de la première vague, c’est qu’on est mieux de donner des soins dignes en gérant le risque que de manquer de gens pour soigner les résidants.

La Dre Sophie Zhang

De nouvelles règles de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), en vigueur depuis le début de l’année, ont aussi élargi le port du masque N95. Ces appareils de protection respiratoire sont maintenant portés en tout temps dans les CHSLD en éclosion. « Ça fait diminuer de beaucoup le risque de transmission. Et c’est entre autres pour ça qu’on appuie la mesure permettant aux travailleurs asymptomatiques de travailler », explique la Dre Zhang.

Du côté du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), le président, Marc Fortin, estime que malgré une hausse marquée du nombre de cas dans ces milieux, la situation reste maîtrisée. « Il y a des éclosions, mais tout est bien contrôlé », dit-il. M. Fortin se réjouit du fait que dans les résidences pour aînés, « la troisième dose de vaccin a fonctionné ». « On a très peu de résidants hospitalisés. Et peu de morts », dit-il.

La crainte du milieu était de voir s’accumuler les ruptures de services par manque de personnel. « Mais on parvient pour l’instant à les éviter. C’est sûr que des directeurs travaillent de nuit actuellement dans certaines résidences pour aider. Mais c’est gérable pour l’instant. Il ne faudrait pas, par contre, que ça dure encore quatre semaines », estime-t-il.

Moins de proches aidants

Dans un message publié mardi sur Twitter, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a indiqué qu’« avec l’évolution rapide et la recrudescence des cas de COVID-19, un resserrement des mesures applicables dans les CHSLD, les RPA et les RI [était] apporté, et ce, dès maintenant, afin d’assurer la sécurité des personnes vulnérables ».

Dans les CHSLD et les ressources intermédiaires, une seule personne proche aidante sera dorénavant admise par jour. Dans les résidences pour aînés, un seul proche aidant sera admis à la fois, pour un maximum de deux personnes par jour. Dans tous les milieux de vie, un maximum de quatre proches aidants différents pourront aider chaque résidant. Ceux-ci devront présenter leur passeport vaccinal.

Dans les résidences pour aînés, « seules les activités de prévention du déconditionnement seront permises, avec masque d’intervention de qualité médicale et distanciation physique de deux mètres entre les résidants », ajoute le ministère de la Santé dans son communiqué.