(Ottawa) Les provinces recevront quatre fois plus de tests de dépistage rapide de la COVID-19 en janvier, mais elles pourraient en obtenir encore davantage si ce n’était de la lenteur de Santé Canada à les approuver, estiment des experts.

Mis à jour le 6 janvier
Mylène Crête
Mylène Crête La Presse

Le Québec obtiendra 31,5 millions des 140 millions d'unités de tests de dépistage rapide distribués par Ottawa en janvier pour tenter de casser la vague Omicron. Ces tests seront acheminés dans l’ensemble des provinces et territoires en proportion de la population.

« C’est en moyenne un test rapide par semaine, par personne au Canada en janvier », a affirmé le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, mercredi lors d’une conférence de presse pour faire le point sur la pandémie. Il a noté que la demande des provinces est passée d’une moyenne de 7 millions de tests rapides par mois avant l’arrivée de ce variant à 35 millions en décembre, puis 140 millions en janvier.

Or, le Canada pourrait en distribuer encore davantage si le processus d’approbation de Santé Canada était moins sévère, selon deux experts.

« On est toujours accroché à des règles d’approbation qui sont beaucoup trop strictes et qui font qu’on n’a que très peu de tests », fait valoir en entrevue le professeur d’ingénierie biomédicale de l’Université McGill David Juncker.

Celui-ci signe une lettre ouverte dans La Presse avec Roxane Borgès da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, dans laquelle ils suggèrent à Santé Canada d’autoriser temporairement les tests rapides antigéniques qui ont déjà été approuvés par d’autres pays.

Rendre disponibles davantage de tests produits par diverses entreprises permettrait d’augmenter l’offre, diminuant ainsi leur coût à l’unité. Les gens pourraient alors les utiliser davantage sans crainte d’en manquer et s’isoler rapidement en cas de résultat positif pour éviter de propager le virus.

C’est pour mettre des barrières supplémentaires au virus, de sorte qu’on n’ait pas une propagation incontrôlée, et avoir une décroissance au lieu d’une croissance. Mais pour ça, on n’a pas besoin d’un test parfait. On a besoin d’un test qu’on fait souvent et qu’on répète.

David Juncker, professeur d’ingénierie biomédicale de l’Université McGill

« La barre très haute »

Actuellement, le taux de détection des tests rapides doit être de 80 % comparativement à celui des tests PCR. Or, les tests PCR détectent les cas positifs des semaines après la période de contagion alors que les tests rapides antigéniques identifient plutôt les cas contagieux. Il est donc difficile de faire concorder les deux.

« Le régime actuel étouffe les compagnies canadiennes qui ne peuvent pas obtenir les approbations ici au Canada », constate M. Juncker.

« Ils ont mis la barre très haute pour laisser passer ces tests-là », confirme le vice-président pour le Québec de Medtech Canada, Benoit Larose. Certaines entreprises ont carrément dû refaire certaines études de produits qui étaient pourtant déjà homologués en Europe.

Le fait que les provinces ont tardé à adopter les tests rapides a probablement contribué au problème, selon lui. La faible demande n’aurait pas incité Santé Canada à prioriser leur approbation.

Ça se peut qu’il y ait des produits dont le dossier est faible qui ont été proposés, et on espère que l’agence réglementaire ne va pas les laisser passer. Mais de l’autre côté, j’ai des commentaires de compagnies crédibles qui se plaignent que Santé Canada est assez pointilleux.

Benoit Larose, vice-président pour le Québec de Medtech Canada

Le président-directeur général de Teräcero Pharma, Benoît Hébert, en sait quelque chose. Le dossier qu’il avait soumis il y a quelques mois pour faire approuver un test rapide déjà vendu dans une quarantaine de pays a été bloqué parce que les études n’avaient pas été effectuées avec un test autorisé au Canada. Il est en train de préparer un autre dossier pour le soumettre à nouveau au régulateur et espère cette fois qu’il répondra aux exigences.

« Santé Canada doit faire preuve de flexibilité et de créativité, toujours dans un objectif de s’assurer de protéger les Canadiens », soutient celui qui a fait des études postdoctorales en virologie. « Il n’y a pas de dossier parfait actuellement. La question est : est-ce qu’on est capable de trouver des façons d’amener des produits de qualité sur le marché canadien sans nécessairement avoir de dossier parfait et de continuer à travailler le dossier au fil du temps pour s’assurer de faire un monitorage ? »

Parmi la centaine de tests de dépistage de la COVID-19 approuvé par Santé Canada, on compte neuf types de tests rapides pour usage à la maison. Vingt-cinq autres tests rapides ont également été homologués, mais seulement pour usage dans un contexte médical.

Le ministère indique qu’il «communique de façon proactive avec des fabricants pour les encourager à présenter une demande d’homologation au Canada», une fois qu’un type de test rapide est approuvé par ses «partenaires internationaux». Il accepte également les demandes effectuées «auprès d’autres administrations» et examine ces données de façon indépendante.