Face à une pénurie appréhendée, Québec renonce à tester la population générale à l’aide de tests PCR, qui seront désormais réservés au personnel soignant et à risque. Le gouvernement s’en remet aux tests rapides, dont l’accès difficile a été dénoncé. Par le fait même, le nombre de cas quotidiens de COVID-19 ne reflétera plus l’ampleur de la propagation de la maladie dans la province, une réalité qui inquiète des experts.

Publié le 4 janvier
Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

En retirant à la population générale la possibilité d’effectuer des tests PCR, il est dorénavant impossible de suivre l’évolution de la cinquième vague de COVID-19 à l’aide du nombre d’infections quotidiennes, affirme Benoit Barbeau, virologue et professeur au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

« En ce moment, avec le variant Omicron, le constat est qu’il est beaucoup trop transmissible. On n’est pas capable de faire le suivi », soutient-il.

« C’est quoi, exactement, nos données qui nous permettent de déterminer ce qui se passe dans la communauté ? La réponse, actuellement, c’est qu’on n’en a pas », lance pour sa part le DDonald Vinh, infectiologue et microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill (CUSM). « La partie émergée de l’iceberg que l’on voit, elle devient plus petite », poursuit-il, en soulignant que la réduction des tests PCR s’ajoute à la pénurie de tests rapides et au fait que l’analyse des eaux usées pour quantifier la transmission communautaire a cessé.

Centres de dépistage « débordés »

« Les compagnies nous ont fait part de problèmes d’approvisionnement anticipés au niveau mondial pour ce qui est des réactifs pour les tests PCR », a expliqué Marie-France Raynault, conseillère médicale stratégique senior à la Direction générale de santé publique du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), lors d’une rencontre technique destinée aux médias, mardi.

Avec la vague d’Omicron, nos centres de dépistage ont vraiment été débordés. Il y a eu une augmentation majeure de la demande de tests.

Marie-France Raynault, conseillère médicale stratégique senior à la Direction générale de santé publique du MSSS

Actuellement, la province a la capacité d’effectuer 30 000 de tests de dépistage par PCR quotidiennement. « Au cours de la semaine dernière, par exemple, on a fait presque 60 000 tests par jour, et c’est insoutenable », a souligné Marie-France Raynault. Pour éviter une pénurie de matériel, ces tests ne sont plus accessibles à la population générale.

Les travailleurs de la santé, les personnes hospitalisées, les sans-abri et les personnes autochtones qui se rendent dans une communauté pourront toujours avoir accès à un test PCR. Les personnes travaillant dans des milieux jugés à haut risque, comme les abattoirs, pourront également passer ce type de test.

Les Québécois qui ne font pas partie de ces catégories sont invités à passer un test rapide à la maison. S’ils n’y ont pas accès, ils doivent se considérer comme un cas positif s’ils présentent des symptômes assimilables à la COVID-19, et s’isoler.

On pense qu’avec ces priorités-là, on pourrait diminuer de moitié la demande.

Marie-France Raynault, conseillère médicale stratégique senior à la Direction générale de santé publique du MSSS

Le Québec n’est pas la seule province à avoir limité l’accès aux tests PCR. C’est le cas aussi en Ontario, où ce type de test est réservé aux travailleurs œuvrant dans un milieu jugé « à risque », ainsi qu’à certaines personnes qui risquent également davantage de contracter le virus.

« Perdu le contrôle » ?

Selon Marie-France Raynault, la province n’a pas « perdu le contrôle » de la pandémie. « Déjà, nous, depuis plusieurs semaines, le nombre de cas n’est pas notre indicateur principal. Le taux de positivité nous aide, mais on suit beaucoup les hospitalisations, et particulièrement les hospitalisations aux soins intensifs », a-t-elle souligné.

Toutefois, le taux de positivité est biaisé, puisqu’il ne concerne qu’un échantillon partiel de la population, explique Benoit Barbeau.

Il n’est également pas optimal de se fier au nombre de personnes dans les hôpitaux, selon le Dr Vinh. « En termes de planification de soins dans les hôpitaux, on ne peut pas le faire quand les gens se présentent à la porte, on doit le faire d’avance », évoque-t-il.

Québec envisage de mettre sur pied une plateforme d’autodéclaration de cas de COVID-19. Cette mesure pourrait être une bonne initiative, selon les experts interrogés par La Presse, si la population est en mesure d’avoir accès à un nombre suffisant de tests rapides.

Course aux tests rapides

Le gouvernement fédéral prévoit envoyer plusieurs millions de tests rapides au Québec cette semaine et une quantité encore plus importante durant les semaines suivantes.

Le ministère québécois de la Santé et des Services sociaux soutient que les livraisons auraient toutefois été interrompues durant la période des Fêtes, ce que réfute Ottawa. Québec a donc commandé directement des tests rapides auprès des fournisseurs. Une première cargaison de 3 millions de tests est attendue en fin de journée ce mercredi.

Benoit Morin, président de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), a dit mardi ne pas avoir la confirmation que les tests arriveraient au Québec ce mercredi. Si tout se passe comme prévu, ils pourront être distribués dans les pharmacies de la province dès lundi. « Mais je vais attendre de les voir pour le croire », a-t-il lancé.

Les pharmacies n’ont pas reçu de tests rapides depuis la semaine dernière, au moment où les Québécois avaient déjà de la difficulté à y accéder.

Aurélie Wales-Gaudreau en sait quelque chose. Elle s’est rendue à sa pharmacie de Montréal le matin à plusieurs reprises, sans réussir à obtenir de tests rapides. « Il y avait déjà des affiches dans les fenêtres en disant qu’ils étaient en rupture de stock », raconte-t-elle.

Elle a toutefois commencé à présenter des symptômes liés à la COVID-19. Sa sœur, qui avait réussi à obtenir une boîte de tests, lui en a donné un. Mais elle a dû prendre rendez-vous dans une pharmacie afin qu’un infirmier évalue ses deux enfants à l’aide d’un test rapide, au coût de 40 $ par personne.

Benoit Morin souligne toutefois que les tests rapides qui sont employés lors de ces rendez-vous ne sont pas les mêmes que ceux distribués gratuitement à la population. Il s’agit de tests qui avaient été préalablement achetés par les pharmaciens.

Qui peut passer un test PCR ?

  • Les patients hospitalisés
  • Les travailleurs de la santé en contact avec les patients
  • Le personnel, les résidants, les fournisseurs de soins essentiels et les visiteurs dans les hôpitaux et les lieux d’hébergement collectif
  • Les sans-abri
  • Les personnes issues des communautés des Premières Nations et les personnes se rendant dans ces communautés pour y travailler
  • Les contacts à haut risque dans le contexte d’éclosions confirmées ou soupçonnées dans des milieux à haut risque, comme les hôpitaux ou les abattoirs

Avec Mylène Crête, La Presse