La Santé publique de Montréal a mis sur pause lundi la directive du ministère de la Santé qui exemptait les enfants et les éducatrices asymptomatiques ayant été en contact avec une personne positive à la COVID-19 dans une garderie de s’isoler ou de passer un test de dépistage.

Mis à jour le 3 janvier
Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

« On est en discussion avec Québec sur le dossier », a confirmé Jean-Nicolas Aubé, porte-parole du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Le 30 décembre, à la suite de l’annonce d’une nouvelle série de mesures sanitaires par Québec, les milieux de garde ont reçu de nouvelles directives concernant la gestion des cas de COVID-19 dans leurs établissements.

On y indiquait que les enfants et les éducatrices ayant été en contact avec une personne positive au virus en garderie n’auraient plus à passer de test de dépistage de la COVID-19 ou à s’isoler pendant 10 jours, sauf s’ils développent des symptômes reliés à la maladie. Rappelons que les jeunes enfants ne sont pas tenus de porter un masque dans leur milieu de garde.

Ces enfants sont toutefois considérés comme des contacts « modérés » par les autorités. Il est recommandé qu’ils évitent les contacts sociaux pendant 10 jours, particulièrement auprès des personnes vulnérables, et que leurs parents surveillent leurs symptômes.

« Par mesure de prudence, la [Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal] ne changera pas son approche pour le moment. Ainsi, la DRSP continue à isoler les contacts à risque modéré en SDG jusqu’à nouvel ordre », peut-on lire dans un courriel qui a été acheminé aux milieux de garde par l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE).

Pour Guerlaine Guerrier, directrice de la Garderie LaSalle des petits, du collège LaSalle, l’isolement de 10 jours est nécessaire. « Il faut servir les parents, c’est très vrai, mais l’inquiétude auprès du personnel est palpable », évoque-t-elle en entrevue avec La Presse.

« Moi, je me fais bombarder d’appels. Les éducatrices ne veulent pas rentrer », poursuit-elle. Mme Guerrier estime que Québec oublie que les enfants « sont des vecteurs du virus ». Elle déplore également de ne pas avoir reçu de directives claires de la part du ministère de la Famille.

En ce moment, la plupart des services de garde ouvrent [mardi]. On ne sait pas quoi faire.

Guerlaine Guerrier, directrice de la Garderie LaSalle des petits

À la suite de l’annonce de la Santé publique de Montréal, la Fédération de la santé et des services sociaux affiliée à la CSN (FSSS-CSN) a réclamé que Québec suspende la mesure permettant aux éducatrices à la petite enfance et aux enfants asymptomatiques de fréquenter un milieu de garde. La Fédération qualifie cette consigne d’« incohérente ».

« On ne peut pas croire qu’un enfant qui a été en contact avec un cas positif puisse appliquer des mesures. Les enfants de 0 à 5 ans ne sont pas vaccinés, ils ne portent pas le masque bien entendu pour des questions de respiration et ils sont toujours en proximité avec l’éducatrice », a affirmé la vice-présidente de la FSSS-CSN, Lucie Longchamps, à La Presse Canadienne.

La Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ), associée à la CSQ, espère plutôt que cette mesure soit suspendue.

Une mesure « illogique »

Pour le DAndré Veillette, chercheur à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM), davantage d’informations sont nécessaires avant de décréter que les enfants et les éducatrices asymptomatiques peuvent fréquenter les garderies.

« Si on a imposé un couvre-feu pour mettre fin à l’augmentation des cas et des hospitalisations, c’est illogique de laisser des gens qui sont des contacts de personnes infectées par un virus très contagieux » entrer en contact avec d’autres personnes, évoque M. Veillette.

Le chercheur estime que des tests de dépistages devraient être effectués auprès des personnes qui ont été en contact avec le virus. Il souligne également que des enfants peuvent développer une forme asymptomatique de la COVID-19.

Ce n’est pas la première fois que la Santé publique de Montréal diffuse une recommandation différente de celle de Québec. À la mi-décembre, la directrice régionale de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, avait demandé aux Montréalais d’« éviter les partys de fin d’année », au moment où Québec envisageait toujours de permettre les rassemblements jusqu’à 20 personnes pendant le temps des Fêtes.

Ces discours contradictoires peuvent avoir un impact sur le respect des mesures sanitaires par la population, explique Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue clinicienne et professeure associée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Quand il y a des contradictions, ça a un effet très direct sur l’adhésion. Parce que quand il y a des contradictions, ça fait activer en nous le doute.

Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue clinicienne et professeure associée à l’UQAM

« Plutôt que de suivre, vraiment d’aller dans le respect des règles comme on le faisait depuis le début, ça ouvre cette petite brèche-là, à commencer à se questionner davantage, à être un peu plus à l’affût de certaines informations contradictoires par rapport à d’autres mesures aussi », poursuit-elle.

Avec Lila Dussault, La Presse, et La Presse Canadienne