La faible couverture vaccinale avec la troisième dose au Québec a permis au variant Omicron de se propager « de façon fulgurante », selon un nouveau rapport de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Publié le 23 déc. 2021
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

« Les données des derniers jours nous ont confirmé que la situation épidémiologique au Québec au début décembre était favorable à l’accroissement du variant Omicron », a indiqué l’INSPQ dans ses nouvelles projections publiées mercredi.

La diminution de la protection conférée par deux doses de vaccin, la faible couverture vaccinale avec la troisième dose et l’augmentation des contacts sociaux ont permis au variant Omicron de se propager de façon fulgurante dans la province, selon son rapport.

« C’était assez difficile de prévoir une telle hausse. Ça s’est fait de façon fulgurante. On a été pris un peu de court au Québec », affirme Alain Lamarre, professeur-chercheur spécialisé en immunologie et virologie à l’Institut national de la recherche scientifique.

À l’heure actuelle, 822 362 doses de rappel ont été administrées au Québec, ce qui représente 10 % de la population. L’Alberta, la Colombie-Britannique et l’Ontario ont tous des taux qui dépassent 14 %.

Le Québec se trouve au bas du tableau, puisque la province avait opté pour un délai plus long entre l’administration de la deuxième et la troisième dose, indiquent les experts.

« Au Québec, on attendait six mois avant de donner la troisième dose. Ailleurs, ils attendaient quatre ou cinq mois », explique M. Lamarre.

Efficacité qui diminue

Jusqu’à tout récemment, l’INSPQ recommandait une troisième dose six mois après la deuxième, puisque ses données démontraient que l’immunité demeurait très élevée dans le temps.

« Avec le variant Delta, lorsqu’on avait deux doses de vaccin, on avait une excellente protection contre les hospitalisations, même six mois après la deuxième dose », dit le DGaston De Serres, épidémiologiste à l’INSPQ et membre du Comité sur l’immunisation du Québec.

Le variant Omicron est toutefois venu changer la donne.

On voit que deux doses de vaccin, ce n’est plus suffisant pour nous protéger de façon importante contre l’infection [avec le variant Omicron].

Alain Lamarre, professeur-chercheur spécialisé en immunologie et virologie à l’Institut national de la recherche scientifique

Deux doses du vaccin protégeaient à environ 95 % contre le variant Delta pour les formes graves de la maladie, indique le DDe Serres. « Avec le variant Omicron, cette efficacité diminue à environ 70 %. C’est une bonne différence », renchérit M. Lamarre.

Avec l’arrivée du variant Omicron dans la province, l’INSPQ a réduit le délai de six à trois mois entre la deuxième et la troisième dose. Cette réduction a permis à la vaccination de s’accélérer. Le rythme est maintenant de 88 000 doses par jour.

Rattraper le retard

Pour le moment, seuls les 65 ans et plus, les personnes atteintes d’une maladie chronique, les travailleurs de la santé, les personnes vivant en région éloignée, les personnes ayant eu deux doses du vaccin d’AstraZeneca et les femmes enceintes peuvent prendre rendez-vous pour obtenir leur troisième dose au Québec. Les 60 à 64 ans pourront le faire à partir du 27 décembre prochain.

Le manque de personnel dans le milieu de la santé limite la vitesse de la campagne de vaccination au Québec. « L’enjeu est d’avoir tout ce qu’il faut pour vacciner massivement à partir du 1er janvier », a indiqué le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, en conférence de presse mercredi. « On a ce qu’il faut pour vacciner. On ne manquera pas de vaccins. »

Le ministre Dubé avait annoncé le 14 décembre qu’il espérait recruter 500 nouveaux vaccinateurs au moyen du site Je contribue ! Mercredi soir, il a indiqué que 8000 personnes ont soumis leur candidature sur la plateforme. « Les pharmaciens font aussi du très bon boulot pour nous assister », a-t-il indiqué.

À l’heure actuelle, la province est en mesure d’administrer 300 000 vaccins par semaine. Québec veut augmenter la cadence à 600 000 en janvier.

M. Lamarre a bon espoir que l’administration des troisièmes doses continuera de s’accélérer au cours des prochaines semaines.

On l’a vu dans les autres campagnes de vaccination : quand la machine est au maximum, ça va vite. Je pense qu’on est capables de rattraper le temps perdu ; il n’est pas trop tard.

Alain Lamarre, professeur-chercheur spécialisé en immunologie et virologie à l’Institut national de la recherche scientifique

Des millions de doses en stock

Contrairement à la campagne de vaccination de la première dose, le nombre de vaccins disponibles n’est plus un problème. Il y a actuellement 16 millions de doses dans les provinces, les territoires et les entrepôts d’Ottawa.

C’est suffisant « pour plusieurs semaines de doses de rappel, et de nombreux millions de plus arriveront au cours des prochaines semaines et prochains mois », a indiqué le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, en conférence de presse le 15 décembre dernier.

« Nous avons suffisamment de doses de rappel pour tous les adultes qui en veulent une. Alors, quand ce sera votre tour, s’il vous plaît, faites-vous vacciner », avait indiqué la semaine dernière le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

Les deux élus ont réitéré leurs déclarations lors d’un point de presse mercredi.

Avec la collaboration d’Ariane Krol et de Judith Lachapelle ; graphiques : Thomas de Lorimier, La Presse