La fermeture complète des bars et des tavernes pour une période indéterminée dès lundi soir désole de nombreux travailleurs qui se retrouvent sans revenu à l’approche du temps des Fêtes.

Publié le 21 déc. 2021
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

« Ce n’est pas drôle, on est encore découragés. C’est l’enfer », s’exclame Guy Longchamps, propriétaire depuis 32 ans de la Taverne Bar La Remise, à Montréal. « On ne s’y attendait pas. C’est allé tellement vite. Tout a déboulé. »

Avec seulement quelques heures de préavis, les bars et les tavernes de la province ont dû fermer leurs portes lundi, à la suite de l’annonce de nouvelles directives sanitaires en après-midi par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, COLLABORATION SPÉCIALE

Au moins, avec les mesures de la semaine dernière, on pouvait ouvrir. On ne pouvait pas faire de karaoké, mais au moins, on était capables de vendre de la bière quand même et d’avoir un roulement.

Guy Longchamps, propriétaire de La Remise

Devant la montée du variant Omicron dans la province, le gouvernement Legault avait annoncé jeudi une série de nouvelles mesures. Les restaurants, bars, casinos et tavernes devaient limiter leur capacité à 50 %, tandis que la danse et le karaoké étaient de nouveau interdits. Québec a toutefois fait marche arrière lundi en fermant complètement les bars, les tavernes et les casinos.

Dany Chiasson, un habitué de La Remise, est venu lundi après-midi pour soutenir le propriétaire, qu’il connaît bien. « C’est difficile. Lui, il va perdre de l’argent et moi, je vais perdre une place que j’aime. On dirait qu’on revient en arrière comme l’année passée. »

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Dany Chiasson, client de La Remise

Derrière lui, Sacha Lafleur, client à la taverne depuis une trentaine d’années, sirotait sa bière. « J’essaie de demeurer patient, mais je trouve ça plate, surtout pendant les Fêtes. C’est vraiment drastique comme mesure, mais en même temps, je les comprends, il y a plus de 4000 cas par jour. »

« Je ne vois pas le bout »

Charlie Carignan, employée depuis 10 ans à la taverne, était assise au bar, tête baissée. « C’est notre grosse période en ce moment. Je m’étais dit que j’allais enfin payer mes dettes, mais non, c’est une autre claque dans la face », a-t-elle dit les yeux remplis d’eau.

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Charlie Carignan, employée de La Remise

« Je ne vois pas le bout. On ne sait pas quand on va recevoir les aides. Ça commence très mal le temps des Fêtes. C’est très désolant », a-t-elle ajouté.

Mme Carignan s’inquiète pour sa santé mentale. « Je retourne chez moi toute seule. C’est l’hiver. Ma tête me fait peur. Ici, au travail, on voit des centaines de personnes, on a une équipe de travail, on a des amis. »

Beaucoup de stress

Même son de cloche à la Brasserie Dieu du Ciel ! de l’avenue Laurier. « On est très découragés, autant chez les employés que chez les patrons, dit Shannon Lépine, adjointe à la direction. Le pire, c’est de ne pas savoir où on s’en va. C’est beaucoup de stress. »

Afin de continuer à offrir des produits à ses clients, la brasserie proposera une formule de bière à emporter. « On a fait une rencontre tantôt pour préparer le take-out. L’hiver dernier, ça a super bien fonctionné. On avait des files dehors à -15 degrés », dit-elle.

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Shannon Lépine, adjointe à la direction au Dieu du Ciel !

Par ailleurs, le ministre Dubé a annoncé lundi que les salles à manger des restaurants ne pourront ouvrir leurs portes qu’entre 5 h et 22 h.

Antoine Desharnais-Ducharme, copropriétaire et directeur du Siboire Saint-Laurent, se dit satisfait de cette annonce. « Pour nous, c’est quand même une bonne nouvelle, parce qu’on ne s’attendait pas nécessairement à rester ouverts », dit-il.

Il espère toutefois que les restaurateurs seront avertis d’avance s’ils doivent fermer leurs portes dans les prochains jours. « Ça nous permettrait d’avoir le moins de perte alimentaire possible », dit-il.

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Antoine Desharnais-Ducharme, copropriétaire et directeur du Siboire Saint-Laurent

Une décision inévitable

La Nouvelle Association des bars du Québec (NABQ) s’est rangée derrière la décision du gouvernement Legault. Ces nouvelles mesures étaient « à prévoir avec l’accélération alarmante des cas de contamination dans la grande région de Montréal », a déclaré le président de la NABQ, Pierre Thibault, par communiqué.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) s’est toutefois dite inquiète de la survie de milliers d’entreprises qui devront à nouveau fermer leurs portes.

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La Brasserie Dieu du Ciel ! et tous les bars du Québec ont dû fermer leurs portes lundi.

« Les petites entreprises sont extrêmement fragiles pour revivre, encore une fois, de telles restrictions économiques. Elles n’ont pas retrouvé leurs ventes normales et elles sont écrasées par d’énormes dettes contractées en raison de la pandémie », a déclaré François Vincent, vice-président Québec à la FCEI, dans un communiqué.

Il implore le gouvernement du Québec d’adopter une aide directe pour éponger les pertes économiques des restrictions qu’il leur impose. « Les entrepreneurs qui doivent faire des sacrifices importants ne demandent pas un cadeau de Noël, ils veulent simplement protéger leur emploi pour faire vivre leur ménage ainsi que tous ceux qu’ils génèrent avec leur projet d’entreprise », a-t-il ajouté.