Le nombre de cas explose et les Québécois ont dû s’armer de patience pour obtenir un test de dépistage durant le week-end. Les plages horaires disponibles se font rares et les gens ont afflué aux cliniques sans rendez-vous.

Mis à jour le 19 déc. 2021
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

Dès 10 h dimanche matin, une centaine de personnes attendaient à l’extérieur de la clinique de dépistage Villeray et La Petite-Patrie sur le boulevard Crémazie, à Montréal, pour obtenir un test de dépistage de la COVID-19.

« Je suis gelée raide. Je vais perdre mes orteils, ça va être pire que la COVID-19 », s’est exclamée en riant Jade Huguet, qui attendait dans la file depuis une heure et demie. Elle s’est rendue jeudi dernier dans un souper avec des amies. Une d’entre elles a obtenu un diagnostic positif. « Je l’ai su hier soir, donc je suis venue me faire tester ce matin », a-t-elle dit en sautillant pour se réchauffer.

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Jade Huguet

Quelques mètres plus loin, Jérémie Caron-Marcotte était bien installé sur sa chaise de camping. « Ça fait une heure que j’attends. » Dimanche matin, le père de famille a décidé d’utiliser par précaution un test rapide que sa fille a obtenu à la garderie avant de se rendre à son match de hockey prévu en après-midi.

« Il est sorti positif », a dit l’homme, qui n’avait aucun symptôme. « Je suis venu pour confirmer mon résultat. J’habite à côté, donc ma copine est venue me porter une chaise. »

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Jérémie Caron-Marcotte

Les tests rapides peuvent donner des résultats faussement positifs chez des personnes qui ne sont pas infectées. Les personnes qui obtiennent un résultat positif à un test rapide antigénique doivent donc faire confirmer leur résultat par un test de laboratoire.

Un rendez-vous, svp ?

Pendant la fin de semaine, peu de rendez-vous étaient disponibles pour obtenir un test de dépistage. Devant l’offre limitée, beaucoup de personnes se sont rendues au dépistage sans rendez-vous, où le délai d’attente était parfois de plusieurs heures.

« On voulait prendre rendez-vous. Ça disait sur le site qu’il y avait des plages disponibles, mais on n’a jamais été capables de les prendre, parce qu’en entrant nos informations, ça disait qu’elles ne l’étaient plus », a expliqué Audrey, qui venait tout juste d’arriver dans la file.

De son côté, Alizé Buisson-Martineau a réussi à obtenir un rendez-vous vendredi pour se faire dépister dimanche. « J’ai même dû changer de code postal pour trouver un rendez-vous », a dit la femme qui a été en contact avec quelqu’un de positif.

La situation était semblable partout dans l’île de Montréal, a constaté La Presse. Vers 13 h 30, à la clinique de Lachine, rue Notre-Dame, qui offre du dépistage sans rendez-vous, une mère et son adolescent attendaient depuis deux heures.

Une course à obstacles

« L’incapacité de tester les personnes, c’est un frein au contrôle de cette vague. C’est problématique, parce que si on ne peut pas dépister, on ne peut pas isoler et donc on ne peut pas empêcher la transmission », dit Nathalie Grandvaux, chercheuse au laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

La Dre Maryse Guay, professeure à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke, est aussi d’avis que la situation actuelle n’est pas idéale.

« C’est un problème, mais on peut comprendre. Le temps des Fêtes approche, les ressources dans le réseau de la santé sont limitées et [le personnel de la santé] est fatigué. Il faut faire avec, on n’a pas vraiment le choix », dit-elle.

Bilan de la COVID-19

La demande grandissante pour les tests de dépistage survient alors que le Québec a rapporté dimanche 3846 nouveaux cas de COVID-19. Les nouveaux cas portent la moyenne quotidienne à 2820. La tendance est ainsi en hausse de 74 % sur une semaine.

Le nombre de cas a plus que doublé chez les pleinement vaccinés depuis une semaine. Ils représentent en moyenne 1692 nouveaux cas par jour, soit une augmentation de 124 % sur une semaine.

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En comparaison, les personnes qui ne sont pas vaccinées affichent une hausse de 23 %, avec 1031 nouveaux cas par jour. En tenant compte de leur poids dans la population, les non-vaccinés ont trois fois plus de risques d’attraper la COVID-19.

Les trois décès supplémentaires enregistrés dimanche portent la moyenne quotidienne à quatre. La tendance est ainsi en légère hausse sur une semaine.

Le nombre d’hospitalisations a augmenté, pour un total de 376 personnes hospitalisées à l’heure actuelle, soit 29 de plus que la veille. On compte désormais 79 personnes aux soins intensifs, une augmentation de 5. Le nombre de personnes hospitalisées en raison de la COVID-19 a augmenté de 44 % depuis une semaine.

Même s’ils ne représentent que 16 % de la population, les personnes qui ne sont pas vaccinées représentent plus de la moitié des hospitalisations chaque jour. Le Québec compte 23 hospitalisations par jour chez les non-vaccinés, contre 20 hospitalisations chez les vaccinées. Ils risquent ainsi cinq fois plus de se retrouver à l’hôpital.

Le nombre de tests réalisés le 18 décembre s’est élevé à 45 493. « C’est énorme, 45 000 tests, et c’est à peu près notre plafond », dit Mme Grandvaux. Le taux de positivité est à 9,9 %, soit bien au-dessus du seuil de 5 % recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « On a rarement vu un taux de positivité aussi élevé », ajoute-t-elle.

Le ministère de la Santé a enregistré dimanche 8943 nouvelles injections chez les 5 à 11 ans. À ce jour, un peu plus de 335 000 jeunes de 5 à 11 ans ont eu leur première dose, soit 51 % de ce groupe d’âge.

Chez les personnes de 70 ans et plus, 16 000 troisièmes doses ont été administrées.

Jusqu’à présent, 88 % de la population a reçu sa première dose, 81 %, sa deuxième et 8 %, sa troisième.

Avec Pierre-André Normandin, La Presse