(Québec) Près de 200 travailleurs de la santé non vaccinés ont été suspendus sans solde pour avoir refusé de se soumettre au dépistage obligatoire de la COVID-19, selon une compilation faite par La Presse. Depuis un mois, le personnel soignant non adéquatement vacciné doit être testé trois fois par semaine.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

En tout, 19 établissements de santé ont accepté de publier le nombre d’employés qui ont été suspendus sans solde depuis l’entrée en vigueur du décret sur le dépistage obligatoire chez les soignants non vaccinés, le 15 octobre. Selon les données les plus récentes, au moins 182 travailleurs ont été suspendus dans la province.

C’est le CISSS des Laurentides qui arrive en tête de liste, avec au total 40 employés suspendus. À titre de comparaison, les cinq CIUSSS de l’île de Montréal en comptent 62. En Abitibi-Témiscamingue, 10 employés sont partis. On en compte 8 au CIUSSS de la Capitale-Nationale et 5 dans Chaudière-Appalaches.

Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal a constaté une augmentation après que le gouvernement Legault a renoncé à imposer la vaccination obligatoire, le 27 octobre. Le nombre de suspensions est passé de 4 à 12 en quelques jours. Cela reste évidemment marginal, le CIUSSS employant 22 000 travailleurs.

« Ce qui est certain, c’est que nous, comme établissement, on va observer de manière très stricte [les règles de dépistage] pour assurer la sécurité de nos usagers et de notre personnel », a fait valoir le porte-parole, Jean-Nicolas Aubé. Au CIUSSS du Centre-Sud, 466 employés ne sont toujours pas vaccinés.

Selon le décret ministériel, les employés qui n’ont pas reçu leurs deux doses de vaccin contre la COVID-19 doivent se faire tester en dehors des heures de travail.

C’est certain qu’avec ces mesures-là, les personnes qui ne se sont pas fait vacciner, eh bien, elles font face à plus de pression.

Jean-Nicolas Aubé, porte-parole du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal

Il faut noter que les données évoluent beaucoup. Par exemple, au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, on comptait 40 soignants visés par les mesures du décret au 15 octobre, mais 26 ont accepté de se faire vacciner ou de reprendre le dépistage. À ce jour, 14 travailleurs refusaient toujours de se faire tester trois fois par semaine.

« Considérant que ces employés proviennent de différentes équipes, nous n’avons pas constaté d’impact sur les soins et services », a indiqué la porte-parole de l’établissement, Valérie Lafleur. Le CIUSSS emploie plus de 17 000 personnes.

Conditions facilitantes réclamées

La FSSS-CSN est d’accord avec le dépistage régulier pour les travailleurs non vaccinés, mais aimerait que les CISSS et CIUSSS harmonisent leurs pratiques. Selon son président, Jeff Begley, certains établissements utilisent des tests de dépistage rapide, tandis que d’autres envoient leurs employés dans des cliniques de dépistage.

Parfois, ces cliniques se trouvent à des dizaines de kilomètres du lieu de travail, déplore M. Begley.

Il ne faut pas que l’application soit pour punir [les employés]. Il faut faciliter le plus possible [le dépistage] pour retenir ces employés dont on a besoin et pour qu’on soit certain de protéger tout le monde.

Jeff Begley, président de la FSSS-CSN

Le syndicat confirme qu’aucun membre n’a soumis une demande de contestation de suspension depuis le 15 octobre. Si cela survient, la FSSS-CSN mènera une analyse au cas par cas, a précisé M. Begley.

La professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal Roxane Borgès Da Silva admet que le dépistage trois fois par semaine « est contraignant », mais c’est le seul moyen, hormis la vaccination, de « préserver les patients et éviter une éclosion » en milieu de soins.

« Ce qu’on comprend est que ces gens-là [qui refusent d’être testés même s’ils ne sont pas vaccinés] ont une idéologie et des valeurs qui n’adhèrent pas au principe de base des soins de la santé qui est la prévention, alors c’est un peu décevant », a-t-elle déploré.