(Montréal) Les CHSLD privés ont été laissés pour compte durant la pandémie, a dénoncé la directrice générale de l’Association des établissements privés conventionnés (AEPC), Annick Lavoie, lors de son passage aux audiences de la coroner Géhane Kamel sur les décès de personnes âgées ou vulnérables survenus dans des milieux d’hébergement au cours de la première vague de COVID-19.

Publié le 3 nov. 2021
Clara Descurninges La Presse Canadienne

« Nous appelions nos fournisseurs d’équipement de protection, qui nous disaient « on ne peut pas vous en fournir, c’est réservé pour le personnel de la santé, vous n’êtes pas sur la liste » », s’est-elle rappelée.

Face à une pénurie de matériel, le ministère de la Santé avait créé un classement de priorité des établissements. Les CHSLD privés conventionnés « étaient en priorité 3, à la même place que les groupes de médecine familiale ». Les CHSLD publics, eux, étaient placés plus haut sur la liste.

L’équipement arrivait donc du CISSS ou du CIUSSS de la région « au compte-gouttes », où « nous recevions peut-être 50 % de ce que nous avions commandé ». Des fois, « il fallait même se déplacer plusieurs kilomètres pour aller le chercher, parce que le CISSS ou le CIUSSS ne le livrait pas ».

« Comme nos employés n’étaient pas considérés comme faisant partie du réseau de la santé », nous avions « des difficultés à avoir accès aux tests de dépistage », a-t-elle ajouté.

Les centres privés non conventionnés ont eux aussi « eu du mal à obtenir des équipements, des tests et des informations concernant la prévention et le contrôle des infections », a indiqué le président de l’Association des établissements de longue durée privés du Québec, Paul Arbec.

Silence radio

Les directives toujours changeantes du ministère, elles, « prenaient de trois à cinq jours pour descendre au niveau du terrain ».

« Le canal de communication n’était pas direct », a dit Mme Lavoie, expliquant que les établissements privés n’étant souvent pas invités aux réunions des CISSS et des CIUSSS où les informations étaient transmises, et devaient donc attendre que les documents fassent leur chemin au travers de la bureaucratie.

Elle a témoigné avoir à maintes reprises tiré la sonnette d’alarme auprès du gouvernement, souvent sans recevoir de réponse, « ni même d’accusé de réception ».

Pour le futur, elle souhaiterait « inclure un représentant de l’AEPC sur les différentes tables du ministère », et que ce dernier « transmette directement l’interprétation claire des directives » à l’organisme, qui pourrait ensuite se charger de les envoyer à ses membres.

« Il n’y a pas de véritable reconnaissance par les CISSS et les CIUSSS des CHSLD privés non conventionnés comme des partenaires », a renchéri M. Arbec. Il a jeté le blâme sur les réformes de la santé de 2003 et 2015 : « Avant les fusions, nous étions très impliqués régionalement […] avec les fusions, nous avons été écartés des discussions. »

Le contexte de l’enquête

L’enquête de la coroner se penche sur les morts de personnes âgées ou vulnérables survenues dans des milieux d’hébergement au cours de la pandémie de COVID-19.

Pendant cette période, du 25 février au 11 juillet 2020, les Québécois de 70 ans et plus ont compté pour 92 % des décès dus à la COVID-19, d’après des données de l’Institut national de santé publique du Québec.

Son objectif n’est pas de désigner un coupable, mais bien de formuler des recommandations pour éviter de futures tragédies.

Six CHSLD et une résidence pour personnes âgées ont été désignés comme échantillon. Un décès a été examiné pour chaque établissement. Depuis lundi, la coroner se penche sur la gestion provinciale de la crise.