Épargné par la pandémie jusqu’à peu, le Nunavik assiste ces jours-ci à d’importantes éclosions dans certaines collectivités. Le nombre de cas actifs de COVID-19 a doublé en cinq jours dans la région et atteint maintenant 114. Les collectivités de Salluit (48 cas dans une population de 1241 habitants) et de Kangirsuk (49 cas parmi 466 habitants) sont particulièrement touchées.

Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

Les cas touchent « un peu tout le monde », puisque la transmission est communautaire, explique la directrice régionale de santé publique de la région, la Dre Marie Rochette. Des enfants d’âge scolaire sont concernés, dit-elle. Mais avec des maisonnées habitées par de nombreuses personnes, aucun groupe d’âge n’est épargné.

« Les cas augmentent rapidement. […] Et la santé de ces populations est déjà plus fragile. Donc oui, c’est inquiétant », constate le président du Syndicat nordique des infirmières et infirmiers de la Baie-d’Hudson et des professionnelles en soins, Cyril Gabreau, qui s’envolera jeudi pour Salluit.

La Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik (RRSSSN) rapporte aussi neuf cas actifs à Ivujivik, deux à Kangiqsujuaq, cinq à Kuujjuaq et un à Quaqtaq. Le village de Kangiqsualujjuaq ne compte pour sa part aucun cas actif, mais la RRSSSN estime qu’il y a « [des signes] de transmission communautaire ». La maison Ullivik à Dorval, qui accueille des patients inuits venant se faire soigner dans le Sud, compte huit cas actifs de COVID-19. Avec 860 cas actifs pour 100 000 habitants, le Nunavik présente le taux le plus élevé de la province.

Couverture vaccinale à la traîne

Plusieurs actions sont en cours pour maîtriser les éclosions, explique la Dre Rochette. Un dépistage intensif a lieu. Le traçage des contacts et l’isolement des cas sont aussi en cours.

Les collectivités d’Ivujivik, de Kangirsuk, de Salluit, de Kuujjuaq et de Kangiqsualujjuaq sont au palier rouge. Les lieux publics non essentiels, les garderies et les écoles y sont fermés. Les rassemblements sont interdits et un couvre-feu est en vigueur.

On demande aux gens de limiter leurs voyages à l’essentiel et les déplacements sont étroitement contrôlés. La Dre Rochette explique par exemple que quiconque quitte une collectivité rouge pour se rendre vers une autre collectivité doit se soumettre à une quarantaine à l’arrivée s’il n’est pas vacciné.

La couverture vaccinale dans les collectivités du Nord a augmenté de 5 % entre le 19 septembre et le 17 octobre. Mais ce taux atteint tout de même seulement 45 %. « Les efforts doivent être maintenus pour atteindre l’objectif de 75 % », indique la RRSSSN.

La Dre Rochette explique que même si la vaccination a été offerte en premier dans les collectivités du Nord, jugées à risque, plusieurs raisons peuvent expliquer les taux de vaccination plus bas, dont l’offre de vaccination qui n’a pu y être faite en continu, comme dans le Sud. Elle fait aussi état d’une « certaine méfiance envers le système de soins ». Les cliniques de dépistage présentes actuellement dans les villages touchés offrent aussi la vaccination, note la Dre Rochette.

Il y a cinq jours, la région du Nunavik rapportait 55 cas actifs de COVID-19 et parlait déjà d’une éclosion sans précédent. Le nombre de cas ne cesse de monter depuis. Jusqu’à maintenant, un seul transfert de patient trop instable a dû être fait vers le Sud. « On croise les doigts pour que ça reste comme ça […] Mais on est relativement tôt dans cette éclosion », dit la Dre Rochette.

Bilan du jour

Le nombre de nouveaux cas de COVID-19 varie peu depuis une semaine au Québec. Dans les 24 dernières heures, la province a enregistré 478 nouveaux cas et 4 décès supplémentaires, portant à 412 cas la moyenne quotidienne calculée sur 7 jours. La tendance demeure en baisse de 23 % sur une semaine.

Au total, 257 personnes sont hospitalisées à cause du virus, soit 2 patients de plus que la veille. Parmi elles, 66 se trouvent aux soins intensifs, un chiffre stable par rapport à la veille.

Au Québec, 90,5 % des personnes âgées de 12 ans et plus ont reçu au moins une dose de vaccin, tandis que 87,7 % sont considérées comme adéquatement vaccinés.

Avec Émilie Bilodeau, La Presse