L’Université McGill a lancé une étude sur l’impact de la pandémie sur les hassidiques, car leur mode de vie particulier a exacerbé les impacts négatifs du confinement.

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

« Nous tenons compte de leur génétique et de leurs problèmes médicaux propres, de leurs croyances et de leurs comportements », explique Peter Nugus, sociologue médical à l’Université McGill, qui dirige l’étude. « Des leaders de la communauté nous ont contactés pour voir quelle était l’immunité naturelle chez eux et tirer des leçons de leur expérience. Les politiques de santé publique doivent tenir compte des besoins des minorités. »

Depuis le mois d’août, l’équipe de Peter Nugus se rend dans les cliniques de vaccination fréquentées par les hassidiques d’Outremont, du Mile End et de Boisbriand. Elle recueille des échantillons sanguins de 1250 personnes pour mesurer les taux d’anticorps avant et après la vaccination. Cela permettra de suivre la propagation du SARS-CoV-2, coronavirus responsable de la COVID-19, chez les non-vaccinés de cette communauté comptant des familles nombreuses et se rassemblant souvent en grand nombre pour des rituels.

Un questionnaire rempli par les participants n’a pas permis de déceler une opposition particulière au vaccin, selon Fernanda Claudio, anthropologue médicale à McGill. « Ils ont vraiment peur de la maladie, particulièrement si quelqu’un de leur maisonnée a été touché, dit Mme Claudio. Ils écoutent aussi leurs rabbins, qui leur disent de se faire vacciner. » Après un retard dans le suivi des consignes de santé publique en mars 2020, les hassidiques se sont rapidement adaptés.

Liberté de culte

Sam Muller, hassidique qui assure la liaison avec le groupe de McGill, explique qu’il a été difficile de restreindre le nombre de personnes lors des rassemblements religieux quotidiens. « En ce moment, avec la limite de 250, on peut s’arranger en faisant deux ou trois services, dit-il. Mais à 25, c’était très dur, particulièrement avec le couvre-feu. Beaucoup de membres de notre communauté ont de la famille à New York et constataient que, là-bas, la liberté de culte était davantage protégée par les mesures de santé publique. Nous ne nous opposons pas aux mesures de santé publique, mais nous voulons qu’elles soient basées sur la science. Cette étude permettra de mieux comprendre quelles mesures sont efficaces contre la pandémie. »

Les allers-retours entre Montréal et New York ont recommencé dès qu’ils ont été permis, constate Mme Claudio. « Les rituels religieux sont très importants pour l’intégrité et la continuité du groupe, dit-elle. Il s’agissait beaucoup de mariages ou de fêtes de fiançailles. Les femmes m’ont raconté combien elles adoraient les mariages. C’est leur principale façon d’avoir une vie sociale, des interactions avec la famille et les amis. Sinon, elles sont trop accaparées par leurs nombreux enfants. »

Les chercheurs doivent-ils tenir compte de la préférence de certains hassidiques pour des interactions avec les personnes de leur sexe ? « Nous avons un homme et une femme pour les prises de sang, alors ce n’est pas compliqué, dit Mme Claudio. C’est particulièrement important pour les jeunes hommes avant le mariage. Ils veulent vraiment être séparés des femmes. »

Les hassidiques en chiffres

15  000

Nombre de juifs hassidiques au Québec

50 %

Proportion des juifs hassidiques québécois qui ont moins de 15 ans

Source : Les juifs hassidiques de Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2019