En attendant de savoir si la frontière terrestre américaine rouvrira bel et bien le 21 octobre, bien des détails restent flous quant à l’obligation de présenter une preuve vaccinale pour entrer aux États-Unis à partir de novembre.

Judith Lachapelle
Judith Lachapelle La Presse

Juste au moment de réserver un billet d’avion pour un séjour aux États-Unis, Marcel Nolet nous raconte avoir eu un doute. Et si son vaccin AstraZeneca n’était pas « accepté » aux États-Unis ?

Dans un article publié en juillet dernier, nous écrivions que les visiteurs qui ont reçu ce vaccin, même s’il n’est pas homologué par la Food and Drug Administration (FDA), sont néanmoins reconnus comme « adéquatement vaccinés » par les autorités. Mais son agent de voyage, qui a contacté la compagnie aérienne, lui dit que son vaccin n’est toujours pas « accepté » aux États-Unis. « Il est difficile de savoir à qui s’adresser pour avoir la réponse exacte », nous a écrit cette semaine M. Nolet, désemparé.

« On reçoit des questions tous les jours au sujet des règles de voyage aux États-Unis », soupire Andrew D’Amours, du site Flytrippers, qui se consacre au partage d’informations de voyage.

Les lignes directrices qui règlent l’entrée des Canadiens aux États-Unis ont peu changé depuis 2020, dit M. D’Amours. Les Canadiens ne peuvent pas traverser la frontière terrestre vers les États-Unis pour des raisons non essentielles, mais peuvent entrer au pays par voie aérienne sans avoir à présenter de preuve de vaccination.

Mais tout ça est à la veille de changer : le mois dernier, la Maison-Blanche a annoncé qu’à partir de novembre, les visiteurs étrangers (y compris les Canadiens) devront présenter une preuve de vaccination pour entrer aux États-Unis.

Il manque encore beaucoup de détails pour comprendre toute la portée de cette annonce. Le gouvernement américain a indiqué que les règles entreront en vigueur « au début de novembre », mais la date exacte n’est pas encore connue. La mesure s’adressera à « tous les ressortissants étrangers adultes voyageant aux États-Unis par avion », nous a indiqué par courriel l’ambassade des États-Unis à Ottawa. « Les ressortissants étrangers adultes devront être entièrement vaccinés et présenter une preuve de vaccination avant d’embarquer [à bord d’un] vol international à destination des États-Unis. »

Cette preuve vaccinale s’ajoutera à l’obligation déjà en place de présenter un test de dépistage COVID-19 négatif réalisé trois jours avant l’entrée aux États-Unis.

Maintenant, pour en revenir à l’interrogation de M. Nolet : quels vaccins seront acceptés à la douane américaine ?

La Maison-Blanche a dit s’en remettre aux recommandations de l’autorité gouvernementale en matière de santé, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC).

« Les CDC considèrent qu’une personne est pleinement vaccinée avec l’un des vaccins approuvés par la Food and Drug Administration (FDA) ainsi qu’avec l’un des vaccins que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a approuvés », a déclaré le 21 septembre aux médias la porte-parole des CDC, Kristen Nordlund.

La FDA a homologué trois vaccins jusqu’ici : ceux de Pfizer, de Moderna et de Janssen (Johnson & Johnson). La liste des vaccins qui ont reçu une approbation de l’OMS est un peu plus longue et inclut les vaccins d’AstraZeneca (et la version produite en Inde, Covishield), ainsi que les vaccins chinois Sinovac et Sinopharm. Le vaccin russe Spoutnik V, quant à lui, n’a toujours pas été approuvé par l’OMS.

Donc, si l’entrée en vigueur des nouvelles règles de preuve vaccinale se fait avant le départ de M. Nolet, celui-ci, avec ses deux doses d’AstraZeneca non homologué par la FDA, sera quand même admis aux États-Unis.

Qu’en est-il des combinaisons de doses ?

La grande interrogation, souligne Andrew D’Amours, concerne les vaccinés qui ont reçu deux doses différentes de vaccin – par exemple, une dose AstraZeneca et une dose d’un vaccin à ARNm (Pfizer ou Moderna), ou une dose de vaccin Pfizer et une seconde de Moderna.

L’interchangeabilité des vaccins est déconseillée par les CDC, sauf dans des situations exceptionnelles. Au Canada et en Europe, l’interchangeabilité est une pratique permise, voire encouragée.

Juste au Canada, près de quatre millions de personnes « adéquatement vaccinées » ont reçu une combinaison de deux doses de fabricants différents.

Et c’est sans parler des personnes qui ont eu la COVID-19 et qui sont reconnues comme « adéquatement vaccinées » au Québec (et en France d’ailleurs) après une seule dose de vaccin.

« Est-ce que ces personnes seront admises aux États-Unis ? On ne le sait pas encore, dit M. D’Amours. Aux lecteurs qui nous posent la question, nous répondons que si vous voulez être certains d’entrer aux États-Unis, vous devez y aller avant novembre. »

Pour les doubles vaccinés qui seraient prêts à relever la manche une troisième fois, le ministère de la Santé offre à ceux qui n’ont reçu qu’une seule dose d’un vaccin à ARNm d’en recevoir une seconde.

Les pressions auprès des CDC pour reconnaître les « calendriers mixtes de vaccination » sont multiples. L’Agence de la santé publique du Canada a dit lundi avoir présenté des « données probantes » sur l’efficacité de cette approche aux autorités des États-Unis. Les croisiéristes américains, qui doivent actuellement refuser les passagers qui ont une vaccination mixte, disent « encourager les CDC […] à réévaluer cette politique », a affirmé récemment un porte-parole de Royal Caribbean.

Dans un point de presse mardi à Vancouver, la directrice de la santé publique de Colombie-Britannique, la Dre Bonnie Henry, a répété que le gouvernement canadien « travaille avec les CDC américains pour s’assurer que les combinaisons de vaccins soient reconnues ».

« Alors, a-t-elle plaidé, s’il vous plaît, soyez patients. »

Peu d’intérêt pour le passeport vaccinal aux États-Unis

La preuve de vaccination reste encore peu utilisée aux États-Unis, note Andrew D’Amours. Certaines villes ou entreprises commencent à l’exiger. À San Francisco, il faut montrer une preuve de vaccination de deux doses d’un vaccin reconnu par l’OMS pour s’attabler au restaurant. À New York, il suffit d’avoir reçu une seule dose d’un de ces vaccins pour voir s’ouvrir les portes des restaurants, des bars ou des théâtres. À noter qu’il faut présenter une preuve écrite et détaillée des doses reçues – le code QR québécois ne peut pas être lu à l’extérieur du Québec.

AstraZeneca et les petits caractères

Non, le vaccin AstraZeneca n’est pas « homologué » aux États-Unis. Mais les autorités sanitaires reconnaissent les personnes qui ont reçu deux doses d’AstraZeneca (ou Covishield) comme « adéquatement vaccinées » (fully vaccinated). Cette confirmation est cependant bien cachée : on la retrouve inscrite dans les petits caractères au bas de la page web consacrée au statut vaccinal des personnes considérées comme « adéquatement vaccinées » avec l’un des trois vaccins homologués par la FDA. Dans une note de bas de page, les CDC mentionnent que ces indications « peuvent aussi s’appliquer aux vaccins COVID-19 qui apparaissent sur la liste d’urgence de l’Organisation mondiale de la santé (dont AstraZeneca/Oxford) ».

Consultez la page des CDC sur le statut vaccinal « adéquatement vacciné » (en anglais)

3,9 millions

Nombre de Canadiens entièrement vaccinés qui ont reçu deux types de vaccins différents, dont 1,5 million qui ont reçu une combinaison AstraZeneca ou Covishield et un autre vaccin, d’après Santé Canada.

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