Des ordres professionnels de travailleurs de la santé, dont ceux des infirmières, des infirmières auxiliaires et des inhalothérapeutes, devraient suspendre le permis d’exercice de leurs membres qui ne sont pas adéquatement vaccinés, a suggéré le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, vendredi. Plusieurs de ces ordres exigent cependant des clarifications avant d’aller plus loin.

Ariane Krol
Ariane Krol La Presse

« Je pense que c’est à eux de prendre une position très claire, que les gens doivent être vaccinés pour pratiquer en santé », a déclaré le ministre, vendredi matin, en marge d’une annonce à l’hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal.

M. Dubé a pressé les ordres des infirmières, des infirmières auxiliaires et des inhalothérapeutes d’imiter le Collège des médecins du Québec. Ce dernier a déjà annoncé que tous ses membres non adéquatement vaccinés, peu importe où ils travaillent, verraient leur droit d’exercer la médecine suspendu le 15 octobre, et ce, jusqu’à ce que leur situation soit « régularisée ».

Le ministre de la Santé demande donc à ces ordres professionnels de se montrer encore plus exigeants que son propre décret sur la vaccination obligatoire du personnel de santé.

Ce décret, en effet, permet qu’un ordre « limite » le droit d’exercice de ses membres non adéquatement vaccinés, en les excluant d’un certain nombre de milieux (installation du réseau public ou exploitée par un organisme ayant une entente avec le réseau, résidence privée pour aînés, ressource intermédiaire ou de type familial, laboratoire d’imagerie médicale, cabinet privé).

Une suspension générale, appliquée à quelque milieu que ce soit, comme le prévoit le Collège des médecins, empêcherait les professionnels exclus du réseau public d’exercer ailleurs au Québec.

Des gens qui pensaient qu’ils pouvaient peut-être aller pratiquer ailleurs vont peut-être avoir des surprises dans les prochains jours.

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

« Dans le cas des infirmières, certaines d’entre elles tentent d’exercer après le 15 octobre via une offre de télémédecine », nous a précisé sa porte-parole, Marjaurie Côté-Boileau.

L’OIIQ n’avait pas encore décidé s’il acquiescerait à la demande du ministre vendredi, disant attendre des « réponses claires de la part du Ministère ».

Besoin de précisions

L’OIIQ et d’autres ordres ont d’ailleurs participé à une rencontre avec le Ministère à ce sujet vendredi. Plusieurs nous ont dit avoir encore besoin d’éclaircissements pour pouvoir prendre position. C’est notamment le cas de l’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec, de l’Ordre des pharmaciens du Québec et de l’Ordre professionnel des inhalothérapeutes du Québec (OPIQ).

« On n’est pas en désaccord avec la suspension, pas du tout », a souligné la directrice générale de l’OPIQ, Josée Prud’Homme, en entrevue avec La Presse. « Il y a quand même un risque que nos membres nous poursuivent si jamais on leur retirait un droit pour lequel on n’a pas d’assise », a-t-elle toutefois expliqué.

Environ 10 % de ses quelque 4400 membres travaillent en dehors du réseau public, notamment en chirurgie esthétique et en dentisterie. Et près de 97 % de ceux qui exercent dans le réseau public sont déjà adéquatement vaccinés.

L’Ordre des pharmaciens du Québec, qui n’est pas visé par l’appel du ministre, réfléchit néanmoins à l’éventuelle limitation ou suspension du droit d’exercice de ses membres.

« Nous attendons des précisions du Ministère concernant notamment la question du télétravail », a indiqué la porte-parole de l’Ordre Julie Villeneuve.

Même le Collège des médecins est encore en attente de précisions en lien avec la téléconsultation.

Le ministre Dubé a par ailleurs fait observer que la mesure portait fruit.

Chaque jour, il y a encore de 300 à 400 personnes du réseau de la santé qui vont chercher leur première dose.

Christian Dubé

Les ordres professionnels ont reçu du Ministère des listes de membres jugés encore non adéquatement vaccinés et doivent maintenant joindre chacun d’entre eux pour vérifier si cette information est exacte.

Un peu moins d’une dizaine de syndiqués du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Nord-de-l’Île-de-Montréal, dont fait partie Sacré-Cœur, manifestaient devant l’hôpital à l’arrivée du ministre Dubé, vendredi. Membres de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec et du Syndicat des travailleuses et travailleurs affilié à la CSN, ils s’inquiétaient notamment de l’incidence de la vaccination obligatoire sur leurs conditions de travail, jugées déjà difficiles.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Des membres de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec et du Syndicat des travailleuses et travailleurs affilié à la CSN ont manifesté devant l’hôpital à l’arrivée du ministre Dubé, vendredi.

Québec doit annoncer la semaine prochaine un plan de contingence pour parer à l’absence des employés du réseau de la santé non adéquatement vaccinés qui seront suspendus sans solde après le 15 octobre.

« En attendant le 15, je dirais aux gens : “Continuez d’aller vous faire vacciner.” C’est la meilleure solution pour arriver avec un plan de contingence qui va avoir le moins d’impact possible », a affirmé le ministre Dubé vendredi.

Avec la collaboration de Fanny Lévesque, La Presse