(Ottawa ) Depuis que le laboratoire américain Merck a annoncé il y a une semaine son intention de commercialiser un traitement qui réduirait de moitié les risques d’hospitalisation et de décès des personnes atteintes de la COVID-19, des pays se bousculent pour conclure des accords d’approvisionnement avec le géant pharmaceutique.

Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Ces accords sont conditionnels à ce que le médicament en question, le molnupiravir, soit approuvé par les autorités compétentes, notamment l’Agence américaine des produits alimentaires et pharmaceutiques (FDA).

Le gouvernement canadien n’a toutefois pas encore signifié formellement son intérêt, ce qui fait craindre à certaines organisations au pays de voir le Canada de nouveau pris de court pour assurer un accès à ce traitement, comme ce fut le cas l’an dernier quand il était question de l’approvisionnement en vaccins efficaces contre la COVID-19.

En prévision d’une éventuelle autorisation de la FDA, Merck a déjà commencé la production à grande échelle de ce traitement sous forme de capsule. La société compte fabriquer les doses nécessaires pour 10 millions de traitements d’ici la fin de l’année.

Des accords dans de nombreux pays

Déjà, Merck a conclu un accord de principe avec les États-Unis, qui ont prévu d’acheter 1,7 million de traitements si le molnupiravir est approuvé. Le New York Times a rapporté cette semaine que l’Australie, la Malaisie, Singapour et la Corée du Sud avaient aussi conclu des accords semblables. Dans le cas de l’Australie, l’entente prévoit l’obtention de 300 000 traitements. Reuters a pour sa part rapporté que la Thaïlande et Taiwan avaient entrepris des pourparlers en vue de conclure des accords d’approvisionnement conditionnels.

Mais au Canada, c’est silence radio. Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) voit d’un très mauvais œil la lenteur du gouvernement Trudeau à entreprendre des démarches formelles dans ce dossier.

« Tout gouvernement responsable devrait avoir un plan de traitement », a affirmé Karl Blackburn, président et chef de la direction du CPQ.

« Évidemment, la priorité des gouvernements doit être la vaccination. On comprend que cela permet de diminuer les conséquences et l’impact sur les gens », a-t-il poursuivi.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Karl Blackburn, président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec

Mais dans un contexte où vous pouvez quand même avoir la COVID, même en étant vacciné, avoir un plan de traitement qui permet aux gens de sortir plus rapidement avec un test négatif et d’envisager un retour au travail plus rapide, tout gouvernement responsable doit avoir un tel plan.

Karl Blackburn, président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec

M. Blackburn a dit craindre de voir le Canada engagé dans autre course planétaire pour obtenir le traitement mis au point par la société Merck.

« Même si le médicament n’a pas encore franchi toutes les étapes d’approbation, il serait responsable d’envoyer un signal très clair pour assurer à la population que dès que le médicament sera approuvé, il sera accessible. Dans un contexte où on doit apprendre à vivre avec la COVID, il faut avoir les meilleurs outils disponibles pour combattre le virus », a-t-il ajouté.

Des démarches informelles d’Ottawa

Selon nos informations, le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, a entrepris des démarches auprès des dirigeants de Merck, au cours des derniers jours, afin de s’enquérir de la disponibilité du traitement et de la possibilité de le produire au Canada.

Mais ces démarches demeurent informelles, tandis que la machine gouvernementale à Ottawa tourne au ralenti depuis le déclenchement des élections fédérales, à la mi-août. En outre, le premier ministre Justin Trudeau n’a pas encore annoncé la composition de son cabinet. Tout indique qu’il annoncera seulement durant la semaine du 25 octobre l’équipe ministérielle qui l’épaulera dans la gestion des affaires de l’État.

Dans l’intervalle, peu de décisions d’importance peuvent être prises. On ignore si l’actuelle ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Anita Anand, qui a réussi contre vents et marées à tirer son épingle du jeu dans la course pour mettre la main sur des millions de doses des vaccins efficaces contre la COVID-19 durant la pandémie, conservera son poste ou si elle obtiendra une promotion.

Chez Merck Canada, on affirme être en mesure de conclure un accord avec le gouvernement canadien si tel est son souhait. Santé Canada est d’ailleurs en train de revoir les données des études cliniques sur le traitement.

« Étant donné que le virus est encore en circulation ici au Canada, nous avons un besoin pressant pour des traitements antiviraux pouvant être pris à domicile afin que les personnes atteintes de la COVID-19 évitent de se présenter dans nos hôpitaux. Nous souhaitons nous entendre avec le gouvernement du Canada afin de garantir l’approvisionnement en traitements qui permettraient de fournir un accès rapide aux patients canadiens une fois l’homologation obtenue », a déclaré Jennifer Chan, vice-présidente, politique santé et affaires gouvernementales, chez Merck Canada.

S’il est autorisé, ce médicament serait le premier traitement par voie orale contre la COVID-19 sur le marché. À l’heure actuelle, tous les traitements contre la COVID-19 autorisés aux États-Unis nécessitent une injection.

Vendredi dernier, Merck a manifesté son intention de déposer un dossier auprès de la FDA « le plus tôt possible », sans donner plus de précisions. Pour sa part, Anthony Fauci, le conseiller de la Maison-Blanche sur la crise sanitaire, a déjà estimé que les données de l’essai clinique étaient « impressionnantes ».