Plus d’un mois après la rentrée des classes, la gestion des cas de COVID-19 dans les écoles laisse encore des parents pantois. Si certains dénoncent un manque de transparence, d’autres peinent à comprendre comment on prend la décision d’isoler des élèves, de fermer des classes ou des écoles.

Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

En septembre, les parents dont les enfants fréquentent l’école primaire Roslyn, à Westmount, ont vu les courriels leur annonçant un cas de COVID-19 – sans préciser dans quelle classe exactement – se succéder à un rythme soutenu.

Mercredi, en fin de journée, trois nouveaux cas ont été confirmés par la direction de l’école. Le courriel reçu par les parents indique qu’il s’agit des « cas #24-25-26 », mais précise que l’école reste ouverte.

Les parents restent inquiets. Face aux courriels qui s’accumulent, certains ont entrepris de tenir à jour un registre, que nous avons pu consulter. Selon les données colligées, il y a eu des cas dans plusieurs classes, dans plusieurs niveaux.

Beaucoup de gens ont demandé plus d’informations à la direction et c’était toujours des réponses formatées qui disaient qu’en raison de la confidentialité, on ne pouvait rien dire.

Mère d’un élève qui n’a pas voulu être identifiée de crainte que son enfant soit la cible de ses collègues de classe

Dans un groupe Facebook privé, les questions fusent. « Qu’est-ce qui détermine si une classe est isolée ? Je ne comprends plus où nous en sommes », écrit un parent.

La femme qui a alerté La Presse dénonce le manque de transparence qui empêche les parents de faire des choix éclairés. Inquiète, elle a gardé son enfant à la maison une journée. D’autres parents ont fait tester leurs enfants, même si la Santé publique ne leur a jamais recommandé de le faire.

Le porte-parole de la commission scolaire English-Montréal, Michael Cohen, nous a répondu qu’il n’y avait « pas d’épidémie de COVID à Roslyn ». « Je suis allé ce matin chez mon dentiste qui a deux enfants à Roslyn, et même lui m’a dit que tout allait bien », nous a écrit M. Cohen.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

L’école primaire Roslyn

Il a refusé de nous dire combien de cas s’étaient déclarés dans cette école depuis le début de l’année scolaire. « Nous n’avons rien à cacher, mais si nous donnons des chiffres pour une école, on s’attendra à ce que nous le fassions pour toutes », nous a répondu le porte-parole.

« Pas recommandé »

Au Regroupement des comités de parents autonomes du Québec (RCPAQ), qui représente notamment des parents de Montréal et de Laval, on constate qu’il y a parfois des problèmes de communication entre écoles et parents.

« Il y a aussi un problème au niveau des décisions locales : dans certains centres de services, on diffuse une information complète à tout le monde, dans d’autres, on ne le fait pas », observe Sylvain Martel, porte-parole du RCPAQ.

Des courriels obtenus par La Presse montrent que dans certains établissements, le groupe que fréquente un élève déclaré positif à la COVID-19 est divulgué aux parents. Au Centre de services scolaire de Montréal, on n’interdit pas aux directions de le faire, mais « on ne le recommande pas ».

IMAGE FOURNIE PAR LE CENTRE DE SERVICES SCOLAIRE DE MONTRÉAL

Ce logigramme explique les motifs d’exclusion des employés et visiteurs au Centre de services scolaire de Montréal. explique les motifs d’exclusion des employés et des visiteurs dans les bâtiments du Centre de services scolaire de Montréal.

« C’est quoi, ce tabou-là ? », demande une enseignante spécialiste de la métropole qui côtoie 500 élèves par semaine dans deux écoles. Dans l’une d’elles, si un élève est infecté, on lui dit quelle classe il fréquente. Dans l’autre, on refuse de le faire. Une information plus complète lui permettrait de savoir si elle prend des risques en allant visiter sa mère âgée, dit cette enseignante.

« C’est difficile à suivre »

Bien des parents ont témoigné à La Presse qu’il est difficile de comprendre ce qui fait que des élèves sont mis en quarantaine et d’autres pas, qu’une classe est fermée ou qu’une école en entier l’est.

Et il y a les tests rapides qui se déploient, rappelle Kévin Roy, président de la Fédération des comités de parents du Québec. « En tant que parent, s’il y a un cas à l’école, je ne sais pas ce qui va arriver. Ce n’est pas clair, mais je ne veux pas blâmer les écoles, c’est au-delà de ça », dit M. Roy.

Comment identifie-t-on les cas qui doivent être isolés dans les écoles ? Le ministère de la Santé et des Services sociaux nous renvoie au guide de l’Institut national de santé publique du Québec, qui fait 16 pages.

« Ce document est une base pour outiller les équipes d’enquête épidémiologique », nous écrit Marie-Louise Harvey, porte-parole du Ministère. « Selon le contexte précis d’une situation, des mesures plus restrictives peuvent être adoptées », ajoute-t-elle.

Cette gestion « au cas par cas » aurait peut-être pu être mieux expliquée, estime le RCPAQ. « On ne remet pas en question cette stratégie, mais pour les parents, c’est difficile à suivre », dit son président, Sylvain Martel.

795

Nombre de cas actifs de COVID-19 dans les écoles du Québec actuellement

46 %

des écoles du Québec ont eu au moins un cas actif depuis le début de l’année.