Des groupes pro-vie partagent sur les réseaux sociaux des articles qui accusent la « vaccination expérimentale » contre la COVID-19 de causer des fausses couches et des problèmes d’infertilité. Il vaut mieux se méfier des effets secondaires attribués aux vaccins sans preuve, prévient un communicateur scientifique.

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

Que ce soit sur la page Facebook de l’association Campagne Québec-Vie ou sur le site antiavortement LifeSiteNews, des articles abordent les « risques graves » d’infertilité ainsi que les fausses couches identifiées comme « effets secondaires » après l’inoculation du vaccin. Les « dangers liés à la vaccination » touchent la cause pro-vie, puisqu’ils concernent les « enfants à naître et la fertilité », a indiqué à La Presse Georges Buscemi, président de Campagne Québec-Vie.

Plusieurs de ces articles s’appuient sur des analyses « non révisées par les pairs et publiées sur des sites web personnels » qui contredisent les autorités de santé publique, constate Jonathan Jarry, communicateur scientifique de l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill.

L’une des théories – sur l’infertilité provoquée par la vaccination – se base à tort sur la ressemblance entre la protéine du virus qu’attaque le vaccin et la protéine essentielle pour la formation du placenta, explique M. Jarry. « Ces protéines ont de petites ressemblances, mais il est faux de dire que le fait d’en cibler une va faire en sorte que notre système immunitaire attaque l’autre », précise-t-il.

Les fausses couches ne peuvent non plus être identifiées comme un effet secondaire des vaccins, poursuit M. Jarry, contrairement à ce qu’avance un article publié sur le site de Campagne Québec-Vie. L’article se base sur un rapport français de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé qui énumère tous les effets rapportés après la vaccination.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Jonathan Jarry, communicateur scientifique de l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill

Le rapport dit clairement que pour les fausses couches spontanées, le lien ne peut pas être établi avec la vaccination. On ne peut pas juste éplucher des rapports et dire aux gens que tous les symptômes rapportés sont dus au vaccin.

Jonathan Jarry, communicateur scientifique de l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill

Selon Ghayda Hassan, professeure au département de psychologie de l’UQAM, certains militants antiavortement vont s’inspirer de théories complotistes pour appuyer leur idéologie, centrée sur « la protection de la vie ». « S’il y a une information sur le danger des vaccins pour le fœtus, ça devient une information pertinente qui sert leur cause », explique-t-elle. Mais il ne faut pas mettre tous les gens qui s’opposent à l’avortement « dans le même panier » que les complotistes, nuance-t-elle.

« Être plus catholique que le pape »

Selon Georges Buscemi, certains militants antiavortement jugent que la vaccination est en contradiction avec leurs convictions, puisque « plusieurs vaccins sont produits ou testés à l’aide de lignées de cellules tirées d’enfants avortés ».

À ce sujet, Jonathan Jarry souligne que les fœtus « n’ont pas été avortés dans le but d’utiliser ces cellules en laboratoire » et que « les cellules en question ne se retrouvent pas dans les vaccins ».

Le Vatican a déclaré la vaccination « moralement acceptable », en raison du grave danger que représente la pandémie, rappelle M. Jarry. « Si Campagne Québec-Vie, qui dit être une “association privée de fidèles catholiques”, croit être plus catholique que le pape, je m’attends à voir ce groupe rejeter […] tous les médicaments pour lesquels ces lignées cellulaires ont aussi joué un rôle », dit-il. Des médicaments comme Tylenol ou Pepto-Bismol utilisent de près ou de loin ces lignées.

Georges Buscemi reconnaît que le Vatican a pris position pour la vaccination, mais il rétorque que cela doit tout de même demeurer un « choix libre et éclairé ». Il en déplore d’ailleurs l’imposition.

« Répondre à une crise personnelle »

À la question de savoir pourquoi ces théories au sujet des vaccins séduisent, Mme Hassan fait valoir qu’elles trouvent écho chez certaines personnes méfiantes envers les institutions ou qui cherchent des réponses en raison d’une crise personnelle. Le fait de « broder une histoire » autour d’un incident, afin de le relier à la vaccination, va venir « rassurer la personne et répondre à sa crise ».

En analysant les discours qui rejettent la vaccination, Jonathan Jarry remarque que celle-ci y est décrite comme « très dangereuse », alors que le virus y est jugé « inoffensif ». Les vaccins vont être qualifiés d’« expérimentaux », pour laisser entendre qu’ils n’ont pas fait l’objet de tests. « Alors que c’est totalement faux », tranche M. Jarry.

Les conséquences de la propagation de ces idées sont réelles, insiste Jonathan Jarry. « Ça crée de l’anxiété et de l’hésitation qui ne sont pas nécessaires, estime-t-il. Ça fait en sorte que les taux de vaccination ne sont pas aussi élevés qu’ils pourraient l’être. »