« Les gens sont plus malades et plus jeunes ! », s’exclame le DSimon Blais. Radiologue à l’hôpital Cité-de-la-Santé de Laval, il est frappé de voir des patients dans la vingtaine, dans la trentaine et dans la quarantaine aux poumons envahis par la pneumonie, qui gardent des cicatrices ou peinent à respirer durant des mois. Des patients largement non vaccinés, souvent rattrapés par le variant Delta.

Ariane Krol
Ariane Krol La Presse

« Je suis inquiet parce que ceux qui ne sont pas vaccinés sont, il me semble, très malades », a expliqué le DBlais à La Presse mercredi.

Le radiologue ne voit pas les patients, mais les images de leurs poumons. Et les images qui lui arrivent depuis quelques semaines l’ont tellement frappé qu’il a contacté un collègue microbiologiste-infectiologue. Le DOlivier Haeck lui a confirmé son impression. « Ce sont des patients jeunes et pas vaccinés. Et souvent, c’est le variant Delta. »

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Radiographie pulmonaire normale

La Cité-de-la-Santé comptait 23 patients atteints de la COVID-19 mercredi matin, dont 5 aux soins intensifs. Parmi ces derniers, un était dans la vingtaine, un autre dans la trentaine et deux dans la quarantaine ; le plus vieux était dans la soixantaine. Plusieurs des 18 autres patients hospitalisés étaient aussi dans la trentaine.

Et sur ces 23 patients COVID, 4 seulement étaient adéquatement vaccinés. Deux autres avaient reçu une première dose.

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Le DSimon Blais, radiologue à la Cité-de-la-Santé de Laval

Si j’avais un message à passer aux gens non vaccinés, c’est que c’est réel. Et les radiographies les pires qu’on voit sont chez ceux qui ne sont pas vaccinés.

Le DSimon Blais, radiologue de l’hôpital de la Cité-de-la-Santé de Laval

Ces images-là lui sautent aux yeux.

« Avant même de savoir si un patient a eu un test de dépistage positif ou non, juste en regardant la radiographie, on est sûr que c’est une pneumonie COVID », dit-il.

« Tout le monde peut faire une pneumonie, mais souvent, ça va toucher seulement une partie des poumons. Souvent, avec la COVID, ça va toucher les deux poumons, et plus de 50 % des poumons. Donc c’est important comme atteinte ! »

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Marie-Josée Paquin, coordonnatrice technique du secteur de radiologie générale de l’hôpital de la Cité-de-la-Santé de Laval

Des images qui parlent

Les images qu’il nous montre sont éloquentes. Alors que les poumons en santé apparaissent bien noirs et dégagés à la radiographie, ceux des patients souffrant d’une pneumonie causée par la COVID-19 sont envahis d’une masse blanchâtre (sécrétions, pus) qui gagne du terrain au fil des jours.

« C’est une image qui va rester marquée pour tous les technologues qui ont travaillé pendant la pandémie », témoigne Marie-Josée Paquin, coordonnatrice technique du secteur de radiologie générale. « On voit les rayons X des poumons et on dit : “Oh, mon Dieu, c’est grave !” »

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Radiographies d’un patient dans la jeune quarantaine. Les images montrent la dégradation de son état et l’envahissement de ses poumons par une pneumonie typique de la COVID-19.

Cette sinistre signature covidienne, qu’on voyait presque uniquement chez des patients âgés dans les trois premières vagues, apparaît maintenant chez des jeunes.

Les radiographies témoignent de la dégradation rapide de leur état et de la gravité de la maladie.

Comme cet homme dans la quarantaine dont l’état, à la première radiographie prise en août, était assez rassurant pour qu’on lui permette de retourner chez lui. Lorsqu’il est revenu à l’hôpital quelques semaines plus tard, ses poumons envahis par la pneumonie ont nécessité une hospitalisation immédiate.

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Les poumons des patients souffrant d’une pneumonie causée par la COVID-19 sont envahis d’une masse blanchâtre (sécrétions, pus) qui gagne du terrain au fil des jours.

Sur d’autres radiographies, des fils et des tubes s’ajoutent avec le temps, témoignant de l’aggravation de la maladie. Un patient dans la vingtaine dont l’état s’améliore est encore branché de partout. « La pneumonie va mieux, mais c’est un patient qui a encore tous ses tubes ! », s’exclame le DBlais.

Autre signe inquiétant : les cicatrices (fibroses) sur les poumons de patients qui ont fait de longs séjours aux soins intensifs, encore visibles des mois après leur sortie de l’hôpital. Le début de la pandémie est encore trop récent pour qu’on puisse dire si ces patients garderont ces séquelles ou si celles-ci finiront par se résorber lentement, mais « ça diminue les capacités d’échange d’air », souligne le DBlais.

Même les moins malades

L’infection hypothèque même des personnes beaucoup moins malades, qui se sont soignées chez elles sans avoir besoin d’aller à l’hôpital.

Depuis quelque temps, Mme Paquin voit arriver beaucoup de Lavallois officiellement guéris depuis trois ou six mois, mais qui viennent passer une radiographie parce qu’ils ont encore du mal à respirer. « On n’avait pas ce genre de requête pour l’influenza, la grippe normale », souligne-t-elle.

Même chose pour les cicatrices aux poumons.

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Le Dr Simon Blais montre les cicatrices (fibroses) persistantes sur les poumons d'un patient hospitalisé durant trois mois au printemps.

Une fibrose post-influenza, peut-être que ça existe, mais ce n’est pas quelque chose qu’on voit fréquemment. Là, c’est vraiment presque une entité à part, une fibrose post-COVID.

Le DSimon Blais, radiologue à la Cité-de-la-Santé de Laval

Le DBlais, âgé de 34 ans, et Mme Paquin, qui a 37 ans, se sentent particulièrement interpellés par la jeunesse des patients que cette quatrième vague leur amène.

« Mon travail, c’est aussi de faire de la prévention », glisse le DBlais.

« Si ça peut en convaincre quelques-uns de changer, de dire : “Finalement, je vais me faire vacciner”, ç’aura déjà été ça. »

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