Une vingtaine d’opposants à la vaccination ont manifesté devant l’école secondaire Henri-Bourassa, à Montréal-Nord, à l’heure du midi mardi. Ils ont été accueillis par une dizaine de parents en colère venus interrompre l’évènement. Face à la situation, le gouvernement Legault envisage une loi spéciale pour tenir les manifestants éloignés des écoles et hôpitaux.

Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

Ils étaient une vingtaine, tout au plus. Ils sont arrivés à l’heure du midi. Juste au moment où les élèves de l’école secondaire Henri-Bourassa sortaient respirer l’air frais.

Devant l’établissement situé à Montréal-Nord, ils ont hurlé des slogans.

C’est pour convaincre les jeunes de ne pas se faire vacciner que cette poignée d’opposants aux mesures sanitaires se trouvaient devant l’édifice.

« Libérez nos enfants ! Le vaccin est dangereux ! », s’époumonait le manifestant François Amalega dans son porte-voix.

« Menteur, menteur, menteur, lalalala », chantonnait Raymond Fillion, un contre-manifestant venu interrompre le tout.

« Les enfants, écoutez-moi, pas lui ! », a rétorqué M. Amalega, à l’origine de cette initiative.

« Menteur, va-t'en ! », a pesté M. Fillion.

L’échange interminable et redondant a évidemment capté l’attention des groupes d’adolescents curieux.

Les manifestants ont interpellé plusieurs élèves et distribué des dépliants qui mettent en garde contre les « dangers de la vaccination contre la COVID-19 et ses effets secondaires ».

Imperturbables, fascinés ou inquiets

Comment les jeunes sur place les ont-ils perçus ? Étaient-ils méfiants ou convaincus ?

Certains ont préféré fuir cette cacophonie. C’était l’heure du dîner, et on a fait peu de cas de ces individus venus perturber ce moment de répit.

Un écolier de 13 ans les dévisageait. « Le gouvernement veut nous protéger. Je suis pour le vaccin et personne n’a le droit de venir changer ma décision. Chacun son avis », a-t-il lancé.

« Bof, moi je ne les entends pas. J’ai mes écouteurs, je m’en fous », a affirmé un autre élève en haussant les épaules.

Non loin, un groupe de filles rigolaient et filmaient avec leur cellulaire leurs imitations des manifestants venus s’égosiller à coups de slogans revendicateurs.

Mais d’autres les regardaient plutôt fascinés, avec des points d’interrogation dans les yeux.

Surpris par le branle-bas de combat devant leur école, ils tendaient une oreille attentive. Tétanisés, ils regardaient les manifestants les filmer et les encourager à ne pas se faire vacciner.

Une manifestante a tendu un dépliant à une jeune fille, qui l’a lu attentivement. « Le vaccin est dangereux », a-t-elle dit à l’écolière.

« Est-ce que c’est vrai que je ne pourrai pas avoir d’enfants si je suis vaccinée ? J’ai déjà ma première dose », a demandé l’adolescente, visiblement troublée.

Et il y a ceux qui s’inquiétaient de ces apparitions.

« C’est intimidant. On a déjà des parents pour nous aider à faire nos choix », a résumé une élève de deuxième secondaire.

Des contre-manifestants sur place

L’ambiance est devenue tendue et les dialogues corsés entre les opposants au vaccin et les contre-manifestants en colère sur place pour interrompre l’évènement.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Les manifestants ont interpellé plusieurs jeunes, curieux et surpris du branle-bas de combat devant leur école.

« J’ai une ado de 16 ans. Si ça se passait à l’école de ma fille, je serais hors de moi. Le but de ma présence, c’est de les interrompre pour qu’ils cessent leur désinformation », a expliqué Raymond Fillion, outré « qu’on intimide des jeunes ».

« L’intimidation des enfants, c’est non. Ça me trouble. Il y a des limites à ce que la police et la direction de l’école peuvent faire, mais en tant que citoyen, on peut au moins leur montrer qu’on n’est pas d’accord », estime Véronique Fortin, mère de deux enfants de 15 et 7 ans.

Peu après 13 h, les élèves sont retournés à leurs cahiers, sous l’œil avisé de quelques surveillants.

Mais les deux groupes, eux, continuaient à se chamailler sous les regards des policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Legault envisage une loi spéciale

En conférence de presse mardi, le premier ministre François Legault a fait savoir qu’il envisageait une loi spéciale pour empêcher la tenue de telles manifestations. « On est en train de regarder ce qu’on a droit, ce qu’on peut faire, mais c’est inacceptable de voir des manifestants antivaccins devant nos écoles, devant nos hôpitaux. Moi, je ne peux pas tolérer ça, a-t-il affirmé. Quand on va être prêts, on va venir vous voir, et ça va être très bientôt. »

Lors de la période des questions au Salon bleu, la députée libérale Marwah Rizqy a demandé au gouvernement d’intervenir au plus vite.

Vous avez le pouvoir de demander une injonction dès lors qu’une manifestation est annoncée sur les réseaux sociaux. Faites-le avant que ça dégénère !

Marwah Rizqy, députée libérale

La porte-parole de son parti en matière d’éducation a également préparé un projet de loi « pour empêcher toute manifestation antivaccins, antimesures sanitaires, aux abords de l’école primaire et secondaire ». « Je vous l’ai envoyé par courriel, prenez-le ! Je suis prête à travailler ce soir, cette nuit, demain » pour qu’il soit adopté, a-t-elle insisté.

Le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, s’est contenté de réitérer le message du premier ministre. « On est en train d’analyser toutes les options pour faire cesser ce genre de comportements qui sont complètement inadmissibles dans notre société, a-t-il dit. Les gens ont le droit de manifester, ont le droit d’être en désaccord avec les mesures qui sont mises en place pour protéger la santé de la population, mais ça ne va pas se faire sur le dos des enfants et surtout pas sur le dos des soignants. »

Avec Tommy Chouinard, La Presse

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