Le CHSLD Herron s’est retrouvé au front sans personnel ni équipement, a raconté l’ancien directeur général de l’endroit à l’enquête publique de la coroner.

Gabrielle Duchaine
Gabrielle Duchaine La Presse

L’établissement de Dorval, déjà aux prises avec de grandes difficultés de recrutement, a perdu d’un seul coup une vingtaine d’employés au profit du réseau public, juste avant la pandémie. Une situation « impossible à surmonter », selon Andrei Stanica.

De plus, de nombreuses commandes d’équipement de protection faites par le directeur au cours des mois de février et mars 2020 n’ont pas été livrées. « C’était déjà impossible de les recevoir. Les fournisseurs nous avisaient qu’il y avait des ruptures de stock, que c’était bloqué aux frontières et que toutes les livraisons étaient destinées au Ministère. »

M. Stanica a raconté avoir notamment commandé des masques, des thermomètres et du gel nettoyant en grande quantité en prévision de la pandémie. En vain.

L’autre défi, celui du personnel, était « constant », a expliqué le dirigeant.

« Dans le domaine privé, il y avait pénurie de main-d’œuvre criante. C’était très difficile de combler des postes de préposés, d’infirmières, d’infirmières auxiliaires. On faisait constamment des entrevues. [Des employés] faisaient deux, trois jours et ils ne revenaient plus. On avait un compétiteur direct avec le CIUSSS [qui offrait] des avantages sociaux et tout le reste. »

Au Québec, les préposés, notamment, gagnent plusieurs dollars de plus l'heure au public qu’au privé, même en étant syndiqués comme à Herron. Selon M. Stanica, le réseau public faisait quelques blitz de recrutement par année. C’est ce qui est arrivé en janvier 2020, alors que le centre peinait déjà à trouver des soignants, entre autres parce que l’endroit est difficile d’accès en transport en commun et que plusieurs résidants sont anglophones, selon lui.

« Ils venaient, ils prenaient de l’expérience chez nous et après, le recrutement était facile », a expliqué Andrei Stanica.

En janvier 2020, donc, le CHSLD Herron a perdu « environ 15 employés dans le département de soins et 4 dans le département de la cuisine dans le cadre d’un recrutement massif du public ». « C’était impossible à surmonter pour moi comme gestionnaire », a raconté Andrei Stanica.

Il s’est alors tourné vers des agences de placement, qui ont été « un défi à intégrer » et dont la qualité a été plusieurs fois mise en doute devant la coroner. « J’étais désespéré. Pour moi, c’était d’avoir des gens sur place pour s’occuper des résidants », a dit Andrei Stanica, dont le témoignage se poursuit mercredi.

Plus tôt mardi, Alexandre Mercier, du service des ressources humaines du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, a chiffré la pénurie de personnel à Herron avant la pandémie. « Pour un CHSLD comme ça, ça prend 150 personnes. Il y avait 70-80 employés [sur leur liste]. »

L’homme, qui s’est rendu à Herron du 7 au 9 avril, a décrit « l’hécatombe » qu’il a vue. « Je me souviens d’une journée où [il y avait] un résidant qui décédait à l’heure. Il y en a six qui sont décédés en une demi-journée. »