La fermeture de deux salles d’opération à l’Hôpital général du Lakeshore, à Montréal, est « un autre coup dur » pour les infirmières du bloc opératoire qui devront maintenant travailler aux soins intensifs pour pallier la hausse des cas de COVID-19.

Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

« Les infirmières étaient très découragées vendredi. Elles pleuraient. Ça fait des mois qu’elle donne leur 200 %, et là, elles sont encore déplacées », a témoigné la présidente du syndicat des professionnelles en soins de santé de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Johanne Riendeau.

Les infirmières ont été informées vendredi de cette nouvelle mesure qui entrera en vigueur lundi. « C’est très difficile. À toutes les vagues, il y a quelque chose de nouveau qui arrive. Un moment donné, il va falloir que ça finisse, parce que le personnel est à bout de souffle », soutient la présidente.

Afin de pallier la hausse du nombre de cas de COVID-19 dans la métropole, le nombre de lits aux soins intensifs a dû être augmenté.

Nous devons pallier l’augmentation des cas de COVID-19 aux soins intensifs qui sont actuellement très sollicités, mais pas encore [au maximum de sa] capacité au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal. La situation est prise très au sérieux et tout le personnel est mobilisé : médecins, employés et haute direction.

Mélanie Araos, porte-parole du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal

Le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal a décidé de fermer dès lundi deux salles au bloc opératoire à l’Hôpital général du Lakeshore, afin de pouvoir ouvrir quatre lits supplémentaires aux soins intensifs.

Une seule équipe demeura au bloc opératoire pour les interventions urgentes. Le reste du personnel sera déplacé, a indiqué la présidente du syndicat. « Les infirmières sont en surcharge de travail. Elles sont fatiguées. Là, c’est un autre coup dur de se faire dire qu’elles vont devoir travailler aux soins intensifs », a-t-elle dit.

Le syndicat a été informé que cette mesure serait temporaire. La situation sera réévaluée dans un mois, a indiqué Mme Riendeau.

Vaccination obligatoire

En reportant certaines opérations, l’hôpital sera en mesure d’avoir des lits disponibles pour les patients des urgences. « En ce moment, tout est pris [aux urgences]. Les taux d’occupation sont élevés et il manque énormément de personnel depuis des mois, pour ne pas dire des années », a soutenu Mme Riendeau.

Il manque deux ou trois infirmières aux urgences à chaque quart de travail la fin de semaine, a-t-elle indiqué. Samedi, l’Hôpital général du Lakeshore avait un taux d’occupation de 116 %.

Le syndicat craint que cette pénurie ne soit accentuée par la vaccination obligatoire dans le milieu de la santé dès le 15 octobre.

Je ne sais pas comment on va faire pour passer à travers, parce qu’on va perdre du personnel qualifié.

Johanne Riendeau, présidente du syndicat des professionnelles en soins de santé de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, à propos de l’entrée en vigueur de la vaccination obligatoire

La situation est tout aussi problématique ailleurs au Québec. À l’heure actuelle, sept régions, dont Montréal, les Laurentides et la Montérégie, enregistrent des taux d’occupation aux urgences dépassant leur capacité maximale. « On voit très bien que la pénurie de personnel est partout », s’est exclamée Mme Riendeau.

Hausse des cas

Le manque de personnel et la hausse des cas de COVID-19 dans la province accentuent la pression sur le système de santé québécois.

La Santé publique a recensé samedi 821 nouveaux cas de COVID-19. Les nouveaux cas rapportés portent la moyenne quotidienne à 751.

Les plus récentes données dans la province font état de trois nouveaux décès.

Le nombre d’hospitalisations a augmenté : au total, 264 personnes sont hospitalisées, soit deux de plus que la veille. On compte 89 personnes aux soins intensifs, contre 95 la veille.

Le nombre de tests réalisés le 17 septembre s’est élevé à 32 195. Le taux de positivité est à 2,4 %, ce qui reste en deçà du seuil de 5 % considéré comme critique par l’Organisation mondiale de la santé.

Jusqu’à maintenant, plus de 60 000 cas de variants préoccupants ont été identifiés au Québec depuis le début de la pandémie, dont 45 6437 cas du variant Alpha et 10 342 du variant Delta. Au cours de la dernière semaine, 61,6 % des cas recensés étaient le variant Delta.

  • Cas selon le statut vaccinal au Québec

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Plus de 20 000 nouvelles injections

Vendredi, 21 000 injections supplémentaires ont été administrées. De ceux-ci, 6936 personnes ont tendu le bras pour la première fois.

« [Vingt et un mille] doses ont été administrées [vendredi], dont plus de 1000 doses aux travailleurs de la santé, mais il faut continuer. Il n’est jamais trop tard pour se faire vacciner, c’est la meilleure façon de se protéger et de protéger les autres », a indiqué samedi le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, sur Twitter.

Jusqu’à présent, 88 % de la population de 12 ans et plus a reçu sa première dose et 82 % ont reçu leur deuxième.

Taux d’occupation des urgences le samedi 18 septembre

Normal

Abitibi-Témiscamingue : 59 % Bas-Saint-Laurent : 58 % Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine : 57 % Saguenay–Lac-Saint-Jean : 75 % Outaouais : 77 %

Élevé

Capitale-Nationale : 81 % Centre-du-Québec : 81 % Estrie : 85 % Mauricie : 91 %

Très élevé

Montréal : 100 % Chaudière-Appalaches : 103 % Côte-Nord : 117 % Laval : 118 % Laurentides : 124 % Lanaudière : 128 % Montérégie : 129 %

Source : Index Santé