Des pansements tellement vieux que la peau repousse par-dessus. Une femme qui se lance en bas de la toilette parce que personne ne vient l’aider. Les récits d’horreur ont continué jeudi à l’enquête publique de la coroner Géhane Kamel sur la vague de décès au CHSLD Herron.

Gabrielle Duchaine
Gabrielle Duchaine La Presse

Stéphanie Larose, infirmière et chef des services ambulatoires au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, a été envoyée d’urgence le 3 avril à Herron pour évaluer la qualité des soins aux aînés.

Durant son mandat de plusieurs jours, elle a trouvé un homme branché à une bonbonne d’oxygène complètement vide. Il était couvert de plaies et de croûtes jusque dans les yeux. Au point qu’il avait de la difficulté à bouger les paupières. Il y avait sur ses jambes des pansements tellement vieux que la peau avait repoussé par-dessus. « C’était un ancien athlète. Un marathonien. Il y avait plein de photos de ses courses sur les murs et il était rendu là », a raconté avec peine Mme Larose, encore ébranlée. « Je l’ai encore dans la tête. »

Des équipes du CIUSSS étaient déployées depuis plusieurs jours déjà au moment où l’infirmière est arrivée au CHSLD Herron. Plusieurs témoins ont indiqué que la pénurie de personnel a perduré. Les employés de l’établissement étaient nombreux à ne pas se présenter au travail. Le CIUSSS avait aussi beaucoup de difficulté à trouver des renforts. Plus d’une vingtaine de résidences sur son territoire subissaient des éclosions.

Mme Larose a constaté de nombreuses lacunes sur le plan de l’équipement, de la nourriture et des soins.

Elle a admis avoir eu beaucoup de difficulté à se cantonner à son rôle d’évaluatrice en voyant l’état des résidants. Elle est intervenue auprès de plusieurs d’entre eux. « [Les résidants] prenaient les verres d’eau et c’est comme s’ils sortaient du désert. Il y avait des bouches sèches, des langues épaisses. Les infirmières essayaient de faire des prises de sang et me disaient : “[Le résidant] n’est pas piquable, c’est du caramel dans ses veines.” »

« Je sais que vous n’avez pas le temps »

Mme Larose est entre autres intervenue auprès d’une femme qui l’a interpellée pour aller à la salle de bain. « J’aimerais aller aux toilettes, mais je sais que vous n’avez pas le temps », a-t-elle dit d’entrée de jeu.

Une fois sur la toilette, la résidante s’est inquiétée que Mme Larose l’abandonne. Elle lui a expliqué qu’elle devait souvent se lancer au sol quand elle avait fini ses besoins parce qu’elle avait mal en restant longtemps assise sur le siège et que personne n’était là pour l’aider à retourner dans sa chambre.

Une fois au lit, la dame a demandé à Stéphanie Larose de lui mettre deux culottes d’incontinence et de remonter sa robe de nuit au-dessus de sa taille parce que personne ne la changerait avant le matin et qu’elle savait qu’elle allait mouiller le lit. Elle a aussi demandé la corbeille à papier au cas où elle serait malade.

En sortant de la chambre, l’infirmière a fondu en larmes.