(Montréal) Divine Nsabimana avait peur de recevoir le vaccin contre la COVID-19. Arrivée au centre de vaccination jeudi soir, le personnel a senti son malaise. Le chien Bidule et un zoothérapeute sont alors entrés en action, rassurant et distrayant la jeune femme jusqu’à ce qu’elle soit inoculée — sans s’en être aperçue.

Stéphanie Marin La Presse Canadienne

Dans cette clinique de vaccination de Lasalle, à Montréal, le CIUSSS se sert de la zoothérapie pour aider ceux qui sont craintifs et réticents à affronter l’aiguille.

La jeune femme de 28 ans a éclaté de rire.

Le zoothérapeute, Sylvain Gonthier, venait de lui demander si elle était désormais prête à recevoir le vaccin. Elle a hoché la tête. « Et bien c’est déjà fait ! », a-t-il lancé. « Félicitations, bravo », répète-t-il avec enthousiasme. L’infirmière d’expérience, Lucie Chabot, a attendu patiemment et discrètement le bon moment pour insérer l’aiguille tout en douceur.

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Sylvain Gonthier et le chien Bidule

Sur ses genoux, Divine Nsabimana avait encore Bidule, une petite boule de poil couleur caramel, qui est issue d’un croisement fort réussi entre un Cocker Spaniel et un Caniche.

Après avoir été inoculée, elle a confié avoir eu « très peur » de la 2e dose de vaccin, car elle avait entendu que les effets secondaires risquaient d’être plus intenses que lors de la première injection.

En train de flatter l’animal au museau mouillé, elle a oublié ses peurs, dit-elle : « j’étais plus occupée par le chien. Je n’étais plus concentrée sur le vaccin. Ça a vraiment aidé ».

La zoothérapie en clinique de vaccination est une idée du CIUSSS de l’Ouest-de-l’île-de-Montréal pour convaincre ceux qui ne se sont pas encore fait vacciner par peur des aiguilles ou des effets des vaccins. Elle a été réalisée avec la collaboration de la Corporation des zoothérapeutes du Québec.

Jeudi, deux chiens de thérapie entraînés se sont relayés au Centre sportif Dollard-St-Laurent, à Lasalle, un des deux sites où la zoothérapie est offerte. L’autre est au Centre communautaire Gerry-Robertson à Pierrefonds-Roxboro.

« Les chiens ne peuvent pas travailler plus de trois heures par jour », a expliqué Anne-Sophie Rousseau, une zoothérapeute qui avait fait l’après-midi avec Théo.

Bidule a pris la relève en soirée.

Il est aussi allé s’asseoir sur Elizabeth Barker, une adolescente de 15 ans. Elle n’avait pas aimé sa première vaccination contre la COVID-19 à l’école et s’est dite nerveuse ce soir-là.

« C’est un bébé, tu sais, il n’a pas encore un an », a dit Sylvain Gonthier, à genoux devant l’adolescente qui a fondu en recevant la peluche vivante sur elle. Il la rassure : « c’est parfaitement normal d’avoir des craintes ».

Il lui a ensuite demandé son aide pour nourrir l’animal et la jeune fille a été inoculée alors qu’elle offrait des croquettes au chien. Elle a senti l’aiguille, a-t-elle dit peu après, mais n’a jamais détourné son regard de Bidule. « Vous avez fait ma soirée », a-t-elle dit au zoothérapeute sous le regard rassuré de son père. « Dix sur dix, cette vaccination ! »

Un autre adolescent a regardé son bras d’un air sceptique, fronçant les sourcils, ne croyant pas l’infirmière qui lui disait qu’il avait bien reçu sa dose.

La zoothérapie, ce n’est pas juste mettre un animal sur les genoux d’une personne, a expliqué M. Gonthier, qui offre ses services via « À quatre pattes ». C’est plutôt se servir de l’animal pour entrer en contact avec la personne, établir la communication et une connexion. Et après, l’objectif est de « la décentrer, de l’amener ailleurs », loin de ses inquiétudes.

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Souvent, les yeux des jeunes s’allument quand ils voient Bidule — ou Bémol, son autre chien — et « je tente de transformer cette vaccination en une expérience positive, presque ludique. » Un moment dont ils vont se souvenir, car il sera différent et spécial, a ajouté le thérapeute aux yeux bienveillants et à la voix chaleureuse.

« L’animal sert beaucoup de facilitateur pour introduire une nouvelle personne, a renchéri Anne-Sophie Rousseau. Et c’est un motivateur. Parfois, l’enfant est prêt à faire quelque chose pour le chien qu’il n’aurait pas fait pour moi ! ». Aussi, avec l’animal, le jeune qui éprouve une difficulté ne se sent pas jugé, a ajouté la zoothérapeute.

Le CIUSSS a entrepris d’offrir la zoothérapie en juin dernier, quand les adolescents du secondaire commençaient à recevoir leur première dose. Vu le succès de l’expérience, ils l’ont répétée à la fin août et ont ouvert la possibilité à tous.

« Cela a fait une grosse différence. Pour tous les âges », a commenté Halinka Sanson, infirmière et responsable de la clinique de vaccination du Centre sportif Dollard-St-Laurent.

« Les jours où il y a de la zoothérapie, on a eu moins de malaise vagal, moins de chutes de pression, moins d’évanouissements ».

En juin, les jeunes étaient contents de voir un animal à la clinique. Après coup, soulagés et fiers d’avoir réussi à se faire vacciner, d’être passés au travers, dit-elle : ils étaient nombreux à prendre des photos avec le chien qui les avait accompagnés.

Mais le succès n’est pas assuré à chaque fois. Jeudi, un adolescent de 12 ans particulièrement anxieux s’est présenté à la clinique. Son père avait choisi ce jour-là, car il était au courant de la présence de Bidule.

Malgré les encouragements du personnel de la clinique et de M. Gonthier, il n’a pas voulu affronter l’aiguille. Mais il a pris un rendez-vous la semaine prochaine, une journée où il sait que le chien au poil doux sera bel et bien là.

La zoothérapie est d’ailleurs offerte presque tous les jours sur les deux sites jusqu’au 10 septembre.