(Québec) Le gouvernement Legault a enfin une bonne idée du taux de vaccination chez les 100 000 enseignants du primaire et du secondaire au moment où les élèves retournent sur les bancs d’école. Pas moins de 96 % d’entre eux se disent pleinement vaccinés contre la COVID-19, révèle un sondage commandé par Québec qu’a obtenu La Presse.

Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

Huit enseignants sur dix appuient l’idée d’étendre la vaccination obligatoire au personnel scolaire. La Santé publique ne recommande toutefois pas cette mesure pour le moment, a indiqué jeudi le DHoracio Arruda, lors de son passage au premier jour de la commission parlementaire de deux jours sur « la vaccination obligatoire contre la COVID-19 du personnel soignant du réseau de la santé et d’autres catégories de travailleurs qui sont en contact prolongé avec les citoyens ». Les syndicats d’enseignants seront entendus vendredi.

Le taux de vaccination chez les enseignants estimé par le sondage est supérieur à celui observé dans le milieu de la santé, où 86 % des travailleurs du réseau public ont reçu deux doses, selon les données précises dont dispose Québec dans leur cas.

Le 18 août, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, reconnaissait que le gouvernement ne savait pas combien d’enseignants étaient vaccinés. Il soutenait que, les règles en vigueur pour les travailleurs de la santé n’étant pas les mêmes dans le secteur de l’éducation, le gouvernement ne pouvait connaître le statut vaccinal de chaque enseignant en raison d’enjeux légaux et de questions de confidentialité. Il a donc commandé un sondage pour avoir le portrait de la situation.

La firme Synopsis Recherche Marketing a mené une enquête du 20 au 24 août auprès de 501 enseignants du primaire et du secondaire (voir capsule sur la méthodologie). « La presque totalité des enseignants » sont déjà pleinement vaccinés, conclut-elle dans son rapport.

Au primaire comme au secondaire, 95,9 % des répondants disent avoir reçu leurs deux doses ; 1,4 % ont fixé un rendez-vous pour recevoir la deuxième. Seuls 2,1 % ne sont pas vaccinés, ce qui représenterait environ 2000 enseignants. Synopsis estime ainsi que 97,3 % des enseignants sont pleinement vaccinés ou en voie de l’être.

Enseignants du primaire et du secondaire

Vaccinés deux doses : 95,9 %

Vaccinés une dose : 2 % (1,4 % ont rendez-vous pour une deuxième dose, 0,5 % n’ont pas de rendez-vous, mais ont l’intention de recevoir leur deuxième dose, 0,1 % n’ont pas de rendez-vous et n’ont pas l’intention de recevoir de deuxième dose)

Pas vaccinés : 2,1 % (0,5 % ont l’intention de se faire vacciner, mais n’ont pas pris de rendez-vous encore, 1,7 % n’ont pas de rendez-vous et n’ont pas l’intention de se faire vacciner)

Appui à la vaccination obligatoire

Toujours selon ce sondage, les enseignants se disent très ou assez favorables à la vaccination obligatoire pour le personnel des écoles et des services de garde dans une proportion de 80 %.

Rendre obligatoire la vaccination pour le personnel travaillant dans les milieux de l’éducation

  • Très favorable : 56 %
  • Assez favorable : 24 %
  • Assez opposé : 7 %
  • Très opposé : 9 %
  • Ne sais pas : 4 %

Quelque 81 % des enseignants sont très favorables (51 %) ou assez favorables (30 %) au port du masque en classe et au service de garde « en cas d’éclosion ou de détérioration de la situation sanitaire ». Québec a décidé de l’imposer dans neuf régions – dont celles du Grand Montréal.

De 81 % à 83 % des enseignants appuient trois mesures annoncées par le gouvernement : la fin des bulles-classes, l’instauration d’un passeport vaccinal et la vaccination obligatoire pour les travailleurs de la santé.

Lors du premier jour de la commission parlementaire sur la vaccination obligatoire, le DHoracio Arruda s’est montré peu enclin à étendre la mesure aux enseignants. Le bénéfice dans le secteur de l’éducation « n’est pas de la même nature que celui dans le secteur de la santé », a-t-il soutenu, précisant que la clientèle en milieu hospitalier était beaucoup plus vulnérable.

« Dans le contexte où il faut peser le bénéfice contre le droit des individus, je vous dirais qu’à ce stade-ci, on n’en est pas là. D’ailleurs, on a introduit des éléments pour la rentrée scolaire comme le masque pour diminuer la transmission dans le milieu. Et je pense que quand on en arrive à [élargir la vaccination obligatoire], on arrive à une cascade qui nous amènerait à la vaccination pour tous », a-t-il ajouté. Le directeur national de santé publique a rappelé que la vaccination obligatoire était une « mesure d’exception » et qu’il fallait « avoir une logique solide derrière ça ».

Risque de ruptures de services, admet Dubé

De son côté, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a indiqué qu’au moins 30 000 travailleurs de la santé en contact prolongé avec les patients n’étaient pas vaccinés. Ce nombre pourrait grimper jusqu’à « [50 000], [60 000] et 70 000 », en incluant le secteur privé. Québec n’a aucune donnée sur la couverture vaccinale dans ce secteur.

Quelque 91 % des travailleurs du secteur public ont reçu au moins une dose de vaccin et 86 % sont pleinement vaccinés. Une telle couverture vaccinale « avec une clientèle vulnérable, pour moi, ce n’est pas assez », a lancé le ministre.

La vaccination obligatoire des travailleurs de la santé s’appliquera au secteur public, mais aussi au secteur privé. Elle sera imposée aux employés des résidences privées pour aînés, aux travailleurs affectés aux soins à domicile ainsi qu’aux médecins. Ces personnes devront être pleinement vaccinées à compter du 15 octobre, a précisé Christian Dubé.

Il a affirmé que les employés qui refuseraient d’être vaccinés pourraient être réaffectés à d’autres tâches où ils ne seraient pas en contact avec des patients. Si la réaffectation est refusée, le travailleur ne sera plus rémunéré. Le ministre a convenu que la vaccination obligatoire pourrait entraîner des ruptures de services dans le réseau et forcer de nouveau le report d’interventions chirurgicales.

Les fédérations de médecins pressent Québec d’aller plus loin

Les syndicats représentant les travailleurs du secteur de la santé ont dit craindre que cette mesure coercitive n’entraîne des départs. Ils ont déploré l’absence de consultations de la part du gouvernement Legault alors qu’ils ont appris l’intention en conférence de presse.

La FIQ note d’ailleurs une « incohérence », alors qu’une directive datée du mois d’août permet l’allégement de consignes sanitaires dans le réseau, comme la fermeture de certaines zones chaudes. « C’est une grave erreur », a lancé le président de la FSSS-CSN, Jeff Begley, qui plaide plutôt pour un renforcement des consignes sanitaires avec l’arrivée du variant Delta. La CSN a prévenu qu’il y aurait des contestations et le dépôt de griefs que le syndicat devra défendre.

De leur côté, les fédérations de médecins pressent Québec d’aller plus loin. La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) ont soutenu jeudi que la vaccination obligatoire des travailleurs de la santé ne devait pas se limiter à ceux qui sont en contact prolongé (15 minutes) avec les patients, comme le propose le gouvernement. C’est un calcul « inapplicable et irréaliste », a lancé sans détour le président de l’Association des médecins microbiologistes-infectiologues du Québec, le DKarl Weiss. Selon les deux fédérations, la mesure doit être étendue à tous les employés du secteur de la santé, qu’ils travaillent dans un bureau ou auprès des patients. « Si, après ça, on ne va pas à la cible qu’on veut atteindre, on devra aller plus loin », a souligné le président de la FMOQ, le DLouis Godin, faisant référence à la cible de 95 % pour atteindre l’immunité collective.

Confiance en la fiabilité des résultats

Les répondants au sondage ont été recrutés par des panels en ligne et l’étude a été faite sur le web. Les données ont été pondérées en fonction du sexe, de l’âge, de la région et du niveau auquel les enseignants travaillent. La firme Synopsis se dit « très confiant[e] en la fiabilité et la représentativité des résultats », puisqu’elle a « dépisté les enseignants au hasard dans la liste de panélistes » et qu’elle a « pondéré l’échantillon afin qu’il reflète fidèlement la population à l’étude », à savoir l’ensemble des enseignants du Québec. « De plus, rien ne laisse supposer que les enseignants qui ont répondu au sondage ont des comportements et attitudes à l’égard de la vaccination qui soient différents de ceux qui n’ont pas répondu », ajoute-t-elle. On signale qu’un seul enseignant a abandonné le sondage au moment de répondre aux questions sur la vaccination, « ce qui renforce l’absence de biais présumé ». Comme Synopsis le rappelle dans son rapport, « une marge d’erreur ne peut être associée à un échantillon non probabiliste dans le cadre d’une enquête par panel, car toute la population n’a pas une chance d’être sélectionnée ». Mais à des fins de comparaison, elle signale que pour un échantillon probabiliste de cette taille (501 personnes), une proportion de 97,3 % aurait une marge d’erreur de plus ou moins 1,4 point à un niveau de confiance de 95 %. « Ainsi, nous sommes certains qu’entre 95,9 % et 98,7 % des enseignants au Québec déclarent être (ou en voie de l’être) pleinement vaccinés », soutient Synopsis.

Tommy Chouinard, La Presse