(Québec) Le gouvernement du Québec lance les préparatifs pour la vaccination des enfants de moins de 12 ans. Ce groupe d’âge serait vacciné à l’école et en clinique de vaccination. Même si aucun vaccin n’est encore homologué pour eux, le directeur de la campagne de vaccination, Daniel Paré, se prépare à un feu vert à l’automne.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

M. Paré a demandé aux dirigeants des CISSS et des CIUSSS de fournir cette semaine un plan vaccinal automnal incluant « des initiatives » pour la vaccination des enfants de 11 ans et moins.

Dans une correspondance que La Presse a pu consulter, Daniel Paré souligne que la province se « dirige vers la fin de la vaccination de masse », mais qu’il faut « maintenir une capacité de réaction rapide » des équipes pour, entre autres, déployer une « éventuelle vaccination des jeunes de 0 à 11 ans ».

« C’est un secret de polichinelle. On a bien hâte de voir quand on pourra vacciner nos 0-11 ans. Ce que j’ai demandé aux établissements, c’est de maintenir les moteurs et les équipes mobilisées par rapport à ça », a-t-il confirmé en entrevue.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Daniel Paré, directeur de la campagne de vaccination au Québec, en juin

Daniel Paré explique vouloir que le réseau de la santé soit prêt à réagir aussitôt que le vaccin sera autorisé pour les enfants au Canada. « Je veux mobiliser mes équipes pour qu’une semaine après, on vaccine. »

On ignore quand ce moment viendra, mais le géant Pfizer espère soumettre le résultat de ses études cliniques à Santé Canada « avant la fin de l’année afin d’appuyer l’autorisation potentielle du vaccin chez les enfants de 5 à 11 ans, puis chez les enfants de 6 mois à 5 ans peu de temps après », a indiqué le fabricant dans un courriel.

En ce sens, M. Paré dit s’attendre davantage à un déploiement en deux phases, qui pourrait donc débuter avec les 5 à 11 ans.

« Je prépare mes équipes pour l’automne. Si c’est cet automne, je serai prêt, et si c’est en janvier, je serai prêt. Je ne veux pas faire le contraire : prévoir trop loin et, excusez l’expression, mais me faire prendre les culottes à terre », a lancé Daniel Paré.

Moderna Canada, qui mène les études « KidCove » aussi chez les enfants de 6 mois à 11 ans, n’a pas fourni d’échéancier à La Presse.

Vaccination dans les écoles

M. Paré estime que la vaccination des 5 à 11 ans pourrait être effectuée à l’école. « On a de l’expérience au niveau de la vaccination en milieu scolaire pour ces groupes d’âge. Ce sera certainement un moyen qui sera préconisé », a-t-il précisé.

Reste qu’il souhaite privilégier un modèle hybride avec les sites de vaccination. « Je pense qu’il va falloir garder les deux modalités parce que certains parents nous demandent d’accompagner leurs jeunes », explique M. Paré.

Selon le ministère de la Santé et des Services sociaux, il y a un peu plus de 1 million d’enfants de 0 à 11 ans, ce qui représente 12,7 % de la population. Plus particulièrement, la tranche des 5 à 11 ans compte 655 101 personnes au Québec.

En vaccinant les trois quarts des enfants de 0 à 11 ans, le Québec pourrait faire grimper la couverture vaccinale de l’ensemble de la population à près de 85 %. Présentement, 6,4 millions de Québécois ont reçu au moins une dose, soit 75 % de l’ensemble des Québécois.

Si Santé Canada donnait le feu vert cet automne, Daniel Paré assure qu’il n’y aurait pas d’enjeux d’approvisionnement avec quelque 2 millions de vaccins en réserve. Mais on ne sait toujours pas quel dosage sera indiqué pour les enfants. « Ça se peut que ce soit différent des adultes », nuance-t-il.

Pfizer a indiqué que la phase I de son étude a « permis de comprendre la dose optimale du vaccin à administrer aux enfants de 5 à 11 ans, de 2 à 5 ans et de 6 mois à 2 ans » sans la préciser publiquement.

Vers une diminution de la capacité de vaccination

Daniel Paré a aussi demandé aux établissements de lui fournir une stratégie « de réduction des sites de vaccination de masse » et de s’assurer de déployer un plan d’action pour accroître la vaccination des clientèles scolaires admissibles, comme dans les cégeps et les universités.

Pour l’automne, il veut maintenir l’accès au vaccin. « Je veux qu’à partir d’octobre, on maintienne une capacité de 100 000 doses administrées par semaine », a-t-il expliqué. Pour l’heure, la capacité est de 400 000 doses par semaine. Le défi sera de trouver l’équilibre entre réduire le rythme, demeurer prêt à réagir et conserver les équipes mobilisées, soutient M. Paré.

Avec Pierre-André Normandin, La Presse

Le DRichard Massé quitte ses fonctions

Le bras droit d’Horacio Arruda, le DRichard Massé, quitte ses fonctions après avoir connu des ennuis de santé. L’ex-directeur régional de santé publique de Montréal était sorti de sa retraite au début de la pandémie pour devenir conseiller médical stratégique à la Direction générale de santé publique. C’est sa conjointe, la Dre Marie-France Raynault, qui le remplace. Elle est professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal et cheffe du département de santé publique et de médecine préventive du Centre hospitalier de l’Université de Montréal. Le DMassé avait participé à quelques conférences de presse du gouvernement sur la pandémie. On se souvient qu’il s’était senti instrumentalisé par le cabinet de Jean-François Roberge, qui voulait laisser croire que la Santé publique avait validé les tests sur la qualité de l’air dans les écoles. « Là, c’est assez ! Je ne suis pas d’accord qu’on nous mette les mots dans la bouche. […] Je ne suis pas d’accord pour écrire que ‟le processus semble conforme” », avait-il écrit dans un courriel obtenu par Radio-Canada en mai.

Tommy Chouinard, La Presse