L’optimisme affiché au début de l’été par les Québécois s’essouffle peu à peu. Au moment où une quatrième vague déferle sur la province, une sortie imminente de la crise sanitaire semble de moins en moins probable aux yeux de la population. C’est le constat qui se dégage d’un sondage réalisé par l’Institut national de santé publique du Québec (INPSQ).

Publié le 25 août 2021
Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

De moins en moins de personnes croient que la vie reprendra son cours normal lors de l’année 2021, après une année et demie marquée par la pandémie. À la fin du mois de juin, 58 % des Québécois croyaient que la pandémie serait résorbée d’ici la fin de l’année. En août, seulement 37 % de la population partageait cet optimisme.

L’humeur de la population varie selon la progression des vagues du virus, explique Ève Dubé, anthropologue médicale à l’INSPQ.

« On a vraiment vu que ç’a fluctué au fil des vagues. Dans chaque creux de vague, il y avait une augmentation de l’optimisme, puisqu’on pouvait croire que la fin [de la pandémie] était proche », comme ç’a été le cas au début de l’été 2021, selon elle.

« Depuis un an et demi, on est en continuelle adaptation. Il y a beaucoup d’espoir à plusieurs moments [où l’on prédit que la situation va s’améliorer] », évoque pour sa part Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue et professeure associée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « À la longue, ça nous use », ajoute-t-elle.

En juin dernier, 87 % des Québécois considéraient que le pire de la crise sanitaire était passé. Au début du mois d’août, 69 % de la population de la province approuvaient un tel énoncé.

La progression récente du variant Delta, la fermeture prolongée de la frontière américaine aux Canadiens ainsi que la remise en place de mesures de confinement dans certains pays ont fait changer la perception de la population quant à l’imminence de la sortie de la crise, indique Ève Dubé.

« Ces informations-là viennent carrément nous abattre, il y a vraiment un poids très fort, beaucoup plus que si on avait annoncé une même mesure un an auparavant », explique Geneviève Beaulieu-Pelletier.

Selon Ève Dubé, la tendance au pessimisme va s’accentuer au fil de la progression de la quatrième vague.

Fatigue pandémique

Selon Geneviève Beaulieu-Pelletier, il est évident que la fatigue pandémique joue sur l’humeur collective.

Il s’agit d’un syndrome causé par la peur de la pandémie, mais aussi par les contraintes sanitaires imposées par le coronavirus. La fatigue physique et psychologique, des troubles du sommeil, la démotivation, l’indécision et des difficultés de concentration sont tous des symptômes qui peuvent être liés à la fatigue pandémique, explique la spécialiste.

Le retour au bureau et la rentrée scolaire qui approchent sont susceptibles d’accroître l’anxiété de la population et, du même coup, le sentiment de lassitude face à la pandémie. La fatigue pandémique qui se prolonge dans le temps influe aussi sur l’adhésion aux mesures sanitaires, précise la psychologue.

Moins d’hospitalisations qu’en août 2020

Dans l’intervalle, Québec a rapporté mardi 345 nouveaux cas de COVID-19 et 3 décès supplémentaires. Le nombre d’hospitalisations était légèrement en hausse, puisque trois personnes de plus avaient été hospitalisées en raison du virus.

Le nombre de patients aux soins intensifs se chiffrait à 29, soit 2 personnes de moins que lundi. Au total, 102 personnes étaient hospitalisées en lien avec la COVID-19 dans la province.

Comparativement au mois d’août 2020, le nombre d’hospitalisations et de personnes aux soins intensifs est moindre pour la même période cette année, a souligné le ministre de la Santé, Christian Dubé, en conférence de presse mardi.

Il s’est toutefois dit « préoccupé » par la hausse du nombre de cas au mois d’août 2021.

L’an dernier, on avait 2000 cas [à pareille date]. Cette année, comparativement à l’an dernier, on a 7000 cas.

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

La moyenne quotidienne des nouveaux cas calculée sur sept jours est stable depuis trois jours, à 450. Ce nombre demeure 19 % plus élevé qu’au même moment la semaine dernière.

La majorité des nouveaux cas recensés touchent des personnes non vaccinées ou qui ont reçu leur première dose depuis moins de 14 jours : 235 des 345 nouveaux cas sont survenus au sein de cette catégorie.

L’objectif de 75 % dépassé

En ce qui concerne la vaccination, la Santé publique indique que 32 597 doses de vaccin supplémentaires ont été administrées lundi. Québec a surpassé son objectif visant à ce que 75 % de la population admissible soit vaccinée. Mardi, 75,5 % des Québécois de 12 ans et plus avaient reçu au moins une dose de vaccin. La proportion grimpe à 78,5 % si on inclut les gens ayant eu la COVID-19 et reçu une dose de vaccin.

Globalement, 85 % des personnes de 12 ans et plus ont retroussé leur manche au moins une fois à ce jour.

Avec Pierre-André Normandin, La Presse

« Nous allons devoir vivre avec » le virus, dit le PDG de Moderna

La pandémie se poursuivra jusqu’à la fin de 2022, a affirmé le président-directeur général de Moderna, Stéphane Bancel, mardi, sur les ondes de LCN. « Moi, j’ai assez peur pour le Delta parce qu’il est extrêmement propagé à travers le monde, il a beaucoup d’opportunités de muter », a-t-il indiqué en entrevue. « La COVID ne va pas disparaître, a précisé Stéphane Bancel. C’est un virus avec lequel nous allons devoir vivre. » Les rappels de vaccins adaptés aux variants permettront toutefois d’éviter les hospitalisations, selon lui. Ce dernier a aussi évoqué la nécessité d’une troisième dose pour les personnes vulnérables. Plus de 8 millions de Canadiens ont reçu un vaccin contre la COVID-19 de la société de biotechnologie Moderna.

Florence Morin-Martel, La Presse