Même si 75 % des 12 ans et plus sont maintenant pleinement vaccinés, le nombre des hospitalisations risque de monter très vite au cours des prochaines semaines au Québec, selon des projections de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) diffusées jeudi. Le variant Delta, plus contagieux, est en cause. Et le déclin de l’efficacité des vaccins observé en Israël inquiète aussi.

Publié le 20 août 2021
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

Québec a rapporté jeudi 436 nouveaux cas, mais aucun décès. Treize personnes ont été admises à l’hôpital, dont 85 % n’étaient pas adéquatement vaccinées, a indiqué le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé.

La situation n’est pas alarmante, mais la hausse des hospitalisations va se poursuivre, craint le ministre, qui a cité sur Twitter les plus récentes projections de l’INESSS. « Pour une cinquième semaine, les cas sont en hausse (+ 46 %), a-t-il écrit. Les hospitalisations anticipées sont aussi en hausse (+ 69 %). »

Selon l’INESSS, ces hausses risquent de s’observer en particulier dans le Grand Montréal. « Même si présentement le taux d’occupation des lits réguliers (4 %) et des soins intensifs (12 %) est relativement bas, celui-ci pourrait augmenter rapidement au courant des prochaines semaines, particulièrement aux soins intensifs », peut-on lire dans un rapport mis à jour jeudi.

Le variant Delta en cause

Cette hausse anticipée des hospitalisations risque d’être causée en partie par le variant Delta, beaucoup plus contagieux que la souche originale.

Le variant Delta, c’est certainement un enjeu. Même si on vaccine une grande proportion de la population, il est fort probable que la quatrième vague va progresser.

Nicholas Brousseau, président du Comité sur l’immunisation du Québec et médecin-conseil à l’Institut national de santé publique

En comparaison avec le variant Alpha, les infections liées au variant Delta seraient associées à environ 1,5 à 2,2 fois plus de risques d’hospitalisation ou d’admission aux soins intensifs et à environ 1,5 fois plus de risque de décès, indique l’Institut national de santé publique du Québec.

Jusqu’à maintenant, plus de 9263 cas de variants préoccupants ont été identifiés au Québec depuis le début de la pandémie, dont 7273 cas du variant Alpha et 943 du variant Delta.

Une efficacité qui diminue

L’inquiétante baisse de l’efficacité des vaccins au fil du temps pourrait aussi enfler la quatrième vague de la pandémie. « C’est connu que l’efficacité de tous les vaccins diminue avec le temps. La pente descendante varie d’un vaccin à l’autre. Il y en a pour lesquels l’immunité va persister longtemps et d’autres moins », explique Alain Lamarre, professeur-chercheur spécialisé en immunologie et virologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Une nouvelle étude de chercheurs de l’Université d’Oxford publiée jeudi montre que le vaccin de Pfizer-BioNTech est plus efficace pour lutter contre les infections liées au variant Delta du coronavirus que celui d’Oxford-AstraZeneca, mais que son efficacité décline plus rapidement.

Cette analyse a révélé que, pour les infections à charge virale élevée, un individu ayant reçu sa deuxième dose de vaccin Pfizer un mois auparavant était 90 % mieux protégé contre le variant Delta qu’une personne non vaccinée. Ce chiffre tombe à 85 % après deux mois, puis à 78 % après trois mois.

Les personnes ayant reçu les deux injections du vaccin AstraZeneca sont protégées à 67 % après un mois, 65 % après deux mois et 61 % après trois mois. Après quatre à cinq mois, le niveau de protection offert par les deux vaccins devient similaire, selon l’étude, qui n’a pas encore été validée par des pairs.

« Ce qu’on voit, c’est qu’un vaccin à vecteur viral [comme le vaccin d’AstraZeneca] semble induire une réponse un petit peu moins forte, mais qu’elle persiste un peu plus longtemps que pour les vaccins à ARN messager », résume M. Lamarre.

Selon le spécialiste, cette étude est primordiale pour évaluer l’opportunité d’administrer une troisième dose. « C’est le type d’étude qu’il faut continuer à faire, pas juste dans un pays, mais dans plusieurs pays, pour avoir plusieurs données représentatives de chaque région et de chaque population », résume-t-il.

Quand la quatrième vague frappe fort

Devant la propagation du variant Delta et une diminution de l’efficacité vaccinale, plusieurs pays ont enregistré de fortes hausses de cas, d’hospitalisations et de décès ces dernières semaines.

Considéré comme un modèle pour vaincre la COVID-19 à la suite d’une campagne de vaccination couronnée de succès le printemps dernier, Israël fait ainsi face à une flambée des cas depuis quelques semaines. Mardi, plus de 8700 nouveaux cas ont été recensés, le chiffre le plus élevé depuis le mois de janvier. En juin, seuls quelques cas par jour étaient détectés. Actuellement, 78 % des 12 ans et plus y sont pleinement vaccinés.

À la suite d’une analyse statistique préliminaire, des chercheurs israéliens ont estimé que le vaccin Pfizer n’avait été efficace qu’à 39 % pour prévenir une infection à la fin du mois de juin et au début juillet, contre 95 % de janvier à avril. Toutefois, le vaccin a continué de prévenir la forme grave de la COVID-19 dans plus de 90 % des cas, a rapporté le New York Times.

« Je crois que nous sommes en guerre », a déclaré mercredi le commissaire israélien chargé du coronavirus, le professeur Salman Zarka, devant une commission parlementaire, ajoute le quotidien américain.

Israël a déjà commencé à administrer une troisième dose de vaccin aux personnes âgées de 50 ans et plus la semaine dernière. Jeudi, le pays a décidé d’abaisser le seuil à 40 ans, afin de lutter contre une hausse des contaminations liée au variant Delta. Les États-Unis ont aussi annoncé cette semaine le début d’une campagne de rappel avec une troisième dose de vaccin dès la fin septembre.

Une troisième dose est-elle efficace ?

L’efficacité d’un tel rappel vaccinal reste contestée. « Il y a très peu de données sur l’impact d’une troisième dose sur la population en général », indique le DBrousseau, de Comité sur l’immunisation du Québec et médecin-conseil à l’Institut national de santé publique.

Des données préliminaires des essais de Pfizer-BioNTech montrent qu’une dose de rappel administrée six mois après la seconde dose entraîne des niveaux d’anticorps neutralisants de cinq à dix fois supérieurs à ceux observés après les deux doses initiales. Mais on ne connaît pas l’impact de cette augmentation des niveaux d’anticorps sur la protection contre le virus.

C’est pour ça qu’il ne faut pas se lancer tout de suite pour donner une troisième dose à tout le monde. Ça pourrait ne pas être une bonne utilisation des vaccins, sachant que de nombreuses personnes dans le monde n’ont toujours pas été vaccinées.

Alain Lamarre, professeur-chercheur spécialisé en immunologie et virologie à l’Institut national de la recherche scientifique

Avant de prendre une décision, les pays doivent bien évaluer les bénéfices d’une troisième dose, indique-t-il. « Priver de ces doses-là le reste de la planète, ça pourrait venir nous hanter plus tard, s’il y a des variants qui se développent dans les pays moins vaccinés. »

Le Québec avantagé ?

« On espère fortement que l’on n’en arrivera pas là », affirme la Dre Maryse Guay, médecin-conseil à la Direction de santé publique de la Montérégie et à l’Institut national de santé publique du Québec, en parlant de la situation en Israël. Afin d’éviter un tel scénario, le maintien des mesures sanitaires, comme le port du masque, est primordial, estime la spécialiste.

Le Québec pourrait aussi être en meilleure posture que les autres pays, grâce au long délai entre les deux doses, estiment des experts. « Le Québec, par rapport à d’autres pays, a allongé l’intervalle entre les doses. C’est possible que notre intervalle allongé nous aide à avoir une protection un peu plus durable », explique le DBrousseau.

« Pour l’instant, on n’a pas de preuves qu’au Québec, la durée de protection est en diminution, d’autant que l’intervalle entre la première et la deuxième dose était élargi, donc on pense que notre immunité est meilleure », ajoute la Dre Guay.

Jusqu’à présent, 11 943 853 doses de vaccin ont été administrées au Québec. Jeudi, 75 % des jeunes âgés de 18 à 24 ans avaient reçu leur première dose, a indiqué sur Twitter le ministre Dubé.

Avec l’Agence France-Presse