(Québec) L’opposition déplore que le gouvernement Legault propose que la commission parlementaire sur la vaccination obligatoire des travailleurs de la santé ne dure qu’une seule journée. Le Parti québécois s’est par ailleurs adressé au Comité d’éthique de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) pour réclamer une mise à jour de son avis sur le sujet.

Fanny Lévesque, Tommy Chouinard et Hugo Pilon-Larose La Presse

Les pourparlers entre les partis de l’opposition et le gouvernement Legault se sont amorcés mercredi pour définir les paramètres de la commission parlementaire sur la vaccination obligatoire des travailleurs de la santé. Les élus doivent s’entendre sur les experts et groupes qui seront invités et la durée des travaux.

Selon nos informations, les élus caquistes ont proposé dans un premier temps que les consultations se tiennent sur une seule journée. Il s’agit d’un délai beaucoup trop court, a-t-on indiqué en coulisses, alors que l’enjeu de la vaccination obligatoire n’est « pas banal », pour reprendre les mots du premier ministre.

Les partis de l’opposition ont soumis mercredi leur liste d’intervenants qu’ils souhaitent entendre lors de la commission. Une fois cette liste arrêtée, il sera plus facile d’estimer le temps requis pour les travaux. Il a aussi été demandé d’entendre le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a-t-on appris.

Le mandat de la Commission de la santé et des services sociaux doit d’ailleurs être élargi pour qu’elle se penche aussi sur la vaccination obligatoire des autres employés de l’État et des enseignants. Une journée de consultation dans ce contexte paraît bien mince, aux yeux de l’opposition.

Mardi, le Parti québécois, Québec solidaire et le Parti libéral ont demandé au gouvernement Legault d’élargir le débat parlementaire au passeport vaccinal. La demande n’a pas été retenue, nous a-t-on confirmé.

François Legault a fait l’objet de vives critiques de la part des partis de l’opposition pour ne pas avoir accepté de débattre de l’utilisation d’un tel laissez-passer.

Pour justifier sa décision de débattre de la vaccination obligatoire, M. Legault a expliqué mardi que, contrairement au passeport vaccinal, cette nouvelle mesure touche « l’intégrité physique » des individus et le droit du travail.

Être « des modèles », dit Legault

En marge d’une réunion du Conseil des ministres à Québec, la première à se dérouler en personne depuis longtemps, François Legault a déclaré que les travailleurs de la santé « doivent être des modèles » en se faisant vacciner, « pour convaincre les 15 % des Québécois qui n’ont pas encore été chercher leur première dose ».

« Je pense que s’il y en a qui devraient bien comprendre l’importance d’être doublement vacciné, ce sont les employés de la santé », a-t-il affirmé. Il a rappelé que 90 % des travailleurs de ce secteur dans le réseau public sont déjà vaccinés.

PHOTO ERICK LABBÉ, LE SOLEIL

François Legault, premier ministre du Québec

M. Legault a déclaré que la consultation en commission parlementaire permettrait d’entendre les syndicats de la santé, qui ont accueilli avec surprise et appréhension l’annonce de la vaccination obligatoire. « On va les écouter », a-t-il dit, tout en les invitant à « comprendre qu’il faut faire passer la sécurité des Québécois avant toute chose ».

Le chef caquiste a aussi précisé que tous les élus de sa formation avaient reçu deux doses du vaccin. Les trois partis de l’opposition ont également confirmé à La Presse que 100 % de leurs députés sont pleinement vaccinés.

Et le personnel scolaire ?

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a expliqué que la vaccination obligatoire du personnel scolaire devait être abordée lors de la commission parlementaire, mais qu’une telle avenue était écartée « pour l’instant ». Il a indiqué mercredi qu’il « n’[avait] pas l’intention d’aller là ».

« Il y a quand même une différence entre le réseau scolaire et le réseau de la santé. […] Il y a un niveau de dangerosité qui est différent en santé qu’en éducation, quand on peut traiter des personnes qui sont vulnérables, qui sont, supposons, en oncologie. C’est une différence importante », a soutenu M. Roberge.

Le ministre ne sait pas non plus dans quelle proportion du personnel scolaire sera pleinement vacciné à la rentrée. Québec connaît cependant l’étendue de la couverture vaccinale du personnel de la santé.

« C’est une information qui peut être qualifiée de sensible. Il y a des enjeux légaux et des enjeux de confidentialité », a affirmé M. Roberge, à qui les syndicats du secteur scolaire ont dit que « les échos qu’ils ont est que le taux de vaccination est très élevé chez les enseignants ».

Alors que Québec a déjà sondé les CPE et les garderies privées au sujet de l’idée d’imposer la vaccination aux éducatrices, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a affirmé qu’aucune décision n’avait encore été prise. « C’est une discussion qu’il faut avoir au sein de la commission parlementaire qu’on a annoncée, parce que c’est un sujet délicat et sur lequel on veut consulter », a-t-il ajouté.

Le PQ s’adresse à l’INSPQ

Le député péquiste Joël Arseneau demande au Comité d’éthique de santé publique (CESP) de l’INSPQ de mettre à jour son avis sur la vaccination obligatoire des travailleurs de la santé. En janvier, le Comité indiquait qu’une telle mesure n’était pas « justifiable » alors qu’il « n’est pas toujours clair si les vaccins autorisés préviennent la transmission du virus vers les usagers […] ».

Le CESP indiquait qu’il pourrait « réviser sa position advenant une démonstration claire de la prévention de la transmission vers autrui ou advenant la soumission d’un plan de vaccination obligatoire des travailleurs de la santé par les autorités en place ».

Dans une lettre adressée au CESP, Joël Arseneau fait valoir qu’un « nouvel avis, déposé publiquement et contenant des recommandations quant à la nécessité d’imposer la vaccination au personnel soignant » et à d’autres catégories de travailleurs, comme les enseignants, « constituerait une base scientifique essentielle » au débat.

Manifestations : le ministre Charette « dégoûté » par le port de l’étoile jaune

Le ministre responsable de la Lutte contre le racisme, Benoit Charette, est « outré » et « dégoûté » de voir certains manifestants s’opposant aux mesures sanitaires et au passeport vaccinal porter l’étoile jaune. En marge d’une réunion du Conseil des ministres, il a soutenu que ce geste pouvait « être associé à de l’antisémitisme ». « Je crois que c’est très, très mal connaître notre histoire que de faire quelque lien que ce soit entre les assauts répétés et organisés qu’ont subis les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et les efforts de protection de la population que l’on met de l’avant depuis une année et demie, a-t-il affirmé. C’est non seulement mal connaître notre histoire, c’est un affront direct pour nos concitoyens et concitoyennes de confession juive. »

Tommy Chouinard, La Presse

97 % des paramédicaux d’Urgences-santé vaccinés à Montréal et à Laval

Les employés d’Urgences-santé ont massivement adhéré à la vaccination : 97 % des paramédicaux de l’organisation répondant aux appels d’urgence des régions de Montréal et de Laval ont reçu au moins une première dose de vaccin contre la COVID-19. De ce nombre, 90 % sont adéquatement vaccinés, c’est-à-dire qu’ils ont reçu deux injections ou qu’ils ont obtenu une dose de vaccin après avoir contracté le virus. Au sein de l’ensemble des employés d’Urgences-santé, 88 % des personnes sont adéquatement vaccinées. « On est pas mal fiers des chiffres atteints », a lancé le porte-parole d’Urgences-santé, Stéphane Smith. La communication et la transmission d’informations concernant la vaccination aux employés ont fait partie de la clé du succès. La société publique a aussi rendu la vaccination accessible aux employés.

Coralie Laplante, La Presse