Québec impose la vaccination à tous les travailleurs de la santé qui sont en contact avec des patients, mesure qui sera débattue en commission parlementaire la semaine prochaine. Et le variant Delta brouille les plans du gouvernement Legault, qui revient sur sa décision d’abandonner le masque en classe dans les cégeps et les universités. Survol.

Mis à jour le 17 août 2021
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse
Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

(Québec) Vaccination obligatoire

Le gouvernement Legault rend la vaccination obligatoire dans le réseau de la santé. La mesure vise les travailleurs qui sont « en contact avec des patients ». On parle d’un contact direct d’au moins 15 minutes. La nouvelle règle s’appliquera aux employés des établissements publics, mais aussi au personnel des agences privées de placement, des ressources intermédiaires, des résidences privées pour personnes âgées ainsi qu’aux paramédicaux. Les médecins sont aussi « visés en termes d’approche », a précisé le DHoracio Arruda, directeur national de santé publique du Québec. Pour l’heure, quelque 90 % des travailleurs de la santé – les installations publiques exclusivement – ont reçu au moins une première dose de vaccin. « Les 10 % qui restent, il y a un risque réel, selon la Santé publique […], malgré le matériel [de protection], de transmettre le virus à un patient vulnérable », a affirmé le premier ministre. La date de l’entrée en vigueur de la mesure n’a pas encore été définie, mais M. Legault a évoqué la date limite du 1er septembre pour une première dose et du 1er octobre pour la deuxième. Les élus de la Coalition avenir Québec proposeront que les travailleurs qui refuseront de se conformer à la réglementation soient suspendus sans solde, mais la question sera débattue en commission parlementaire.

Commission parlementaire

Le gouvernement Legault tiendra une commission parlementaire avec les partis de l’opposition pour débattre des modalités de la vaccination obligatoire de façon plus large. « On souhaite […] être capables d’entendre différents groupes, différentes personnes. Donc, avoir une consultation, une discussion, un débat sur la vaccination obligatoire tant du […] personnel soignant que du côté des enseignants et des employés de l’État qui sont en contact avec des citoyens », a précisé M. Legault. Pour l’heure, Québec n’a pas l’intention d’imposer la vaccination aux enseignants ni aux fonctionnaires provinciaux. Le premier ministre a été fortement critiqué la semaine dernière devant son refus de tenir un débat sur le passeport vaccinal. Il a expliqué mardi que la vaccination obligatoire – contrairement au laissez-passer vaccinal – touchait l’« intégrité physique » des personnes et le droit du travail pour justifier sa décision. Le Parti québécois, le Parti libéral et Québec solidaire demandent maintenant au gouvernement d’élargir la commission parlementaire prévue la semaine prochaine au passeport vaccinal. Sur le fond, Québec solidaire et les libéraux sont d’accord avec la vaccination obligatoire en santé. Le Parti québécois préfère attendre la consultation et l’avis d’experts avant de se prononcer sur cet enjeu.

Pour les intervenantes en petite enfance aussi ?

Le gouvernement Legault a également sondé ces dernières semaines des services de garde éducatifs à l’enfance pour connaître leur point de vue concernant une possible vaccination obligatoire pour les intervenantes du réseau. François Legault n’a toutefois pas annoncé une telle mesure mardi. Le président de l’Association des garderies privées du Québec, Samir Alahmad, appuierait quant à lui cette hypothèse. Il affirme que « le variant Delta [les] inquiète », alors qu’un centre de la petite enfance (CPE) de Granby a dû fermer ses portes jusqu’au 23 août en raison d’une éclosion complète dans ses installations. L’Association québécoise des CPE a aussi été consultée par Québec sur l’hypothèse d’une vaccination obligatoire pour les employées du réseau. Elle n’a pas de position officielle à ce sujet. « Personne ne s’attendait à une quatrième vague aussi rapidement », a toutefois affirmé sa directrice générale, Geneviève Bélisle, qui espère recevoir rapidement une mise à jour des protocoles sanitaires dans les services de garde. Dans le réseau scolaire, les directions d’école et les syndicats d’enseignants n’ont pas été consultés par le gouvernement sur la question de la vaccination obligatoire.

Masque obligatoire sur les campus

Contrairement à ce qui avait été annoncé, les étudiants des cégeps et des universités – même ceux qui ont reçu deux doses de vaccin contre la COVID-19 – devront finalement porter un masque pour assister à leurs cours sur les campus à la rentrée d’automne. Cette mesure, que Québec souhaite « temporaire », s’impose dans la mesure où les établissements d’enseignement supérieur accueillent des élèves provenant de différentes régions, ayant des couvertures vaccinales variées, ainsi que des étudiants étrangers. Au primaire et au secondaire, où certains enfants ne sont même pas vaccinés (puisqu’ils ont moins de 12 ans), le masque pourrait aussi s’avérer obligatoire en classe. Une décision à ce sujet n’a toutefois pas été prise. « Si la Santé publique nous fait la recommandation d’avoir des masques dans les classes primaires, secondaires, dans les services de garde, on va le faire. Il n’est pas question, là, de prendre de risques », a prévenu François Legault mardi.

Cible « magique » au-dessus de 90 %

Devant la progression du variant Delta, réputé pour être beaucoup plus contagieux que les autres souches de la COVID-19, le DArruda a évoqué que son « chiffre magique » d’une couverture vaccinale au Québec serait « en haut de 90 % » et même « idéalement 95 % » pour « compenser » le fait que les enfants de 12 ans et moins ne sont pas vaccinés. La cible initiale du gouvernement Legault était que 75 % de la population soit pleinement vaccinée au 31 août – cible sur le point d’être atteinte (74 % en date du 16 août). Au cours des derniers jours, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a affirmé à de nombreuses reprises qu’il visait maintenant une couverture vaccinale au-delà de 80 % et 85 %. « Chaque point additionnel qu’on va aller chercher veut dire à peu près 75 000 personnes de plus pour nous à chaque 1 % additionnel. Puis chaque 75 000 personnes qu’on va chercher, ce sont des gens qui ont peu de [risques] d’aller à l’hôpital puis qui ont peu de [risques] d’être infectés », a fait valoir le ministre Dubé. Le DArruda a aussi dit que le Comité sur l’immunisation du Québec devrait prendre position « début septembre » sur l’administration d’une troisième dose de vaccin aux personnes plus vulnérables.

Tournée suspendue

À peine commencée, François Legault met un terme à sa tournée estivale des régions du Québec. À la veille d’une quatrième vague, le premier ministre a affirmé mardi que l’heure était plus que jamais à la prudence. « Il faut aussi tenir compte du fait que dans deux semaines, c’est très bientôt ça, il va y avoir le retour à l’école […]. On peut s’attendre qu’avec la rentrée scolaire, ça va augmenter le nombre de contacts, et donc augmenter le nombre de cas, le nombre d’hospitalisations », a prévenu M. Legault. « J’aurais souhaité continuer à faire ma tournée des régions, rencontrer les Québécois, mais la quatrième vague est là, elle est forte, le variant Delta est hypercontagieux, et il y a un risque réel, tant du côté des hospitalisations que du côté des décès », a-t-il poursuivi.

Vaccination en Ontario

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a décidé, après délibérations avec son cabinet, de ne pas rendre fermement obligatoire la vaccination auprès des travailleurs de la santé de la province. Mais ceux qui ne retrousseront pas leur manche pour se faire vacciner contre la COVID-19 devront en subir les conséquences, selon les nouvelles règles établies par la province, mardi. Le gouvernement ontarien obligera les milieux de travail à haut risque à mettre en place des politiques de vaccination contre la COVID-19 pour leur personnel, et ce, à compter du 7 septembre. Ces politiques devront exiger au minimum que les travailleurs fournissent une preuve de vaccination complète contre le coronavirus ou une raison médicale de ne pas se faire vacciner, ou assistent à une « séance éducative sur la vaccination contre la COVID-19 ».

Émilie Pelletier, Le Droit